Quels tests faire pour une douleur à l’épaule ?

Face à une douleur à l’épaule, le kinésithérapeute ne cherche pas seulement à obtenir un nom de structure.

Publié le 29 juillet 2026Mis à jour le 30 août 2026 7 min de lecture

Face à une douleur à l’épaule, le kinésithérapeute ne cherche pas seulement à obtenir un nom de structure. Il doit vérifier l’absence de situation grave, comprendre le comportement des symptômes, mesurer les déficits et déterminer quelles fonctions devront être restaurées.

Les tests dits « spécifiques » peuvent contribuer au raisonnement, mais aucun test isolé ne permet généralement d’identifier avec certitude la cause d’une douleur. Leur résultat prend du sens lorsqu’il concorde avec l’entretien, les amplitudes, la force, la fonction et l’évolution.

Que faut-il rechercher avant les tests orthopédiques ?

L’entretien précise :

  • le début brutal, progressif ou traumatique ;
  • la localisation et l’irradiation ;
  • les gestes douloureux, notamment l’élévation, la rotation et le port de charge ;
  • la douleur nocturne et la possibilité de dormir sur le côté ;
  • une perte de force brutale ou une incapacité à lever le bras ;
  • les paresthésies, la cervicalgie ou les symptômes sous le coude ;
  • la fièvre, l’altération générale, les antécédents de cancer ou d’infection ;
  • les exigences professionnelles, sportives et les objectifs du patient.

Après un traumatisme, une déformation, une impotence majeure, une douleur osseuse importante ou une suspicion de luxation ou de fracture imposent une orientation adaptée. Une douleur thoracique, une dyspnée, des signes neurologiques progressifs ou des symptômes systémiques doivent aussi modifier immédiatement la conduite à tenir.

Quels tests constituent l’examen de base ?

Observation

Observer une amyotrophie, un gonflement, une déformation, une attitude antalgique et la manière dont le patient utilise son membre supérieur. La position de l’omoplate ne doit pas être transformée automatiquement en diagnostic.

Mobilité active

Tester la flexion, l’abduction, les rotations et les gestes main-nuque ou main-dos. Noter :

  • l’amplitude ;
  • la douleur ;
  • l’appréhension ;
  • la qualité du mouvement ;
  • la différence entre mouvement actif et passif ;
  • la réaction après plusieurs répétitions.

Un arc douloureux pendant l’élévation peut augmenter la probabilité d’une douleur liée à la coiffe, sans identifier à lui seul le tendon responsable.

Mobilité passive

Comparer les rotations, l’élévation et l’abduction. Une limitation passive nette et multidirectionnelle, particulièrement en rotation externe, oriente davantage vers une raideur gléno-humérale ou une capsulite que vers une simple faiblesse de la coiffe.

Force

Évaluer les rotations externe et interne, l’abduction ou l’élévation dans des positions reproductibles. Un dynamomètre améliore le suivi. Il faut distinguer :

  • une faiblesse liée à la douleur ;
  • un déficit réellement important ;
  • une inhibition ;
  • une rupture suspectée après traumatisme ;
  • une asymétrie compatible avec les exigences sportives.

Quels tests utiliser pour une douleur liée à la coiffe ?

La guideline 2025 sur la tendinopathie de la coiffe accorde une place prioritaire à l’histoire, aux amplitudes et à la force. Elle indique que certains tests peuvent contribuer à confirmer ou écarter l’hypothèse, mais leur valeur reste limitée lorsqu’ils sont utilisés seuls.

Arc douloureux

Le test recherche une douleur pendant l’élévation, souvent dans une zone intermédiaire. Il peut soutenir l’hypothèse d’une douleur liée à la coiffe lorsqu’il concorde avec le reste du tableau.

Hawkins-Kennedy

Ce test provoque les symptômes en flexion et rotation interne. Un résultat négatif peut participer à diminuer la probabilité d’une tendinopathie de la coiffe, mais un résultat positif est peu spécifique.

Jobe ou Empty Can

Il explore la douleur et la force en élévation dans le plan de la scapula. Il ne permet pas, seul, d’affirmer une lésion du supra-épineux.

Rotation externe résistée

Elle évalue la douleur et la force des rotateurs externes. La position, l’intensité de l’effort et la comparaison controlatérale doivent être standardisées.

External Rotation Lag Sign

Une incapacité à maintenir la rotation externe peut augmenter la suspicion d’une atteinte importante de la coiffe, particulièrement si elle s’accompagne d’un traumatisme, d’une faiblesse marquée et d’une élévation active déficitaire.

Quels tests pour les autres hypothèses ?

Capsulite rétractile

Il n’existe pas un test spécial unique. Le tableau associe surtout une douleur, une raideur active et passive et une restriction marquée de la rotation externe. L’âge, l’évolution et les facteurs associés, comme le diabète, complètent le raisonnement.

Instabilité

L’appréhension antérieure et le relocation test peuvent être utiles si l’histoire évoque une luxation, une subluxation ou une appréhension en armé. La sensation d’instabilité est plus informative qu’une simple douleur provoquée.

Articulation acromio-claviculaire

La palpation localisée et le cross-body adduction test contribuent à l’hypothèse si la douleur est supérieure et reproduite lors des gestes horizontaux ou de l’appui sur le côté.

Longue portion du biceps et labrum

Speed, Yergason, O’Brien et les tests labraux ont une précision imparfaite. Ils ne doivent pas servir à conclure seuls à une lésion du biceps ou du labrum.

Rachis cervical

Le dépistage cervical est indispensable si la douleur descend dans le bras, varie avec le cou ou s’accompagne de paresthésies. Tester les mouvements cervicaux et, si indiqué, myotomes, dermatomes, réflexes et tests neurodynamiques.

Faut-il utiliser des clusters de tests ?

Une combinaison cohérente vaut mieux qu’un test isolé, mais un cluster ne remplace pas le raisonnement. Il faut confronter :

  1. l’histoire ;
  2. la localisation et le comportement des symptômes ;
  3. les amplitudes actives et passives ;
  4. la force ;
  5. quelques tests sélectionnés ;
  6. la fonction ;
  7. la réponse à une modification de charge ou à une intervention.

Multiplier tous les tests disponibles augmente le risque de faux positifs et irrite inutilement l’épaule.

Quelles mesures fonctionnelles ajouter ?

Le bilan doit reproduire les activités importantes :

  • atteindre une étagère ;
  • enfiler un vêtement ;
  • porter une charge ;
  • pousser ou tirer ;
  • travailler bras élevés ;
  • lancer, servir ou nager ;
  • dormir sur le côté.

Des questionnaires comme le SPADI, le QuickDASH ou la Patient-Specific Functional Scale peuvent quantifier l’évolution. La douleur, l’amplitude et la force doivent être mesurées avec la même procédure lors des réévaluations.

Quand demander une imagerie ou un avis médical ?

L’imagerie n’est pas systématique au premier bilan d’une douleur non traumatique compatible avec une prise en charge conservatrice. Elle devient plus pertinente en cas de traumatisme, suspicion de rupture importante, déficit majeur, signes d’alerte, échec d’une prise en charge bien conduite ou résultat susceptible de modifier la décision.

Exemple clinique

Un joueur de tennis de 42 ans décrit une douleur latérale progressive lors du service. Il n’a ni traumatisme ni symptôme neurologique. L’élévation présente un arc douloureux, la rotation externe résistée reproduit la douleur et sa force est diminuée de 20 % au dynamomètre. Les amplitudes passives sont conservées. Le bilan retient une présentation compatible avec une douleur liée à la coiffe et un déficit de capacité aux charges rapides, sans prétendre identifier un tendon unique. La rééducation cible la charge de la coiffe, la reprise graduée du service et le suivi de la réaction à 24 heures.

Les erreurs fréquentes

  • Diagnostiquer une lésion précise à partir d’un seul test positif.
  • Réaliser une longue série de tests provocateurs sans hypothèse préalable.
  • Négliger la mobilité passive et le rachis cervical.
  • Confondre faiblesse douloureuse et rupture.
  • Se limiter à la douleur sans mesurer force et fonction.
  • Demander une imagerie sans vérifier si son résultat changera la conduite.

Ce qu’il faut retenir

Pour une douleur à l’épaule, commencez par le dépistage, les amplitudes actives et passives, la force et la fonction. Sélectionnez ensuite quelques tests selon les hypothèses. La concordance de plusieurs informations est plus utile que la recherche du “meilleur test”.

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Ressources associées

  • Desmeules F, et al. Rotator Cuff Tendinopathy Diagnosis, Nonsurgical Medical Care, and Rehabilitation: Clinical Practice Guideline. JOSPT. 2025. Consulter la source.
  • Lafrance S, et al. Diagnosing, Managing, and Supporting Return to Work of Adults With Rotator Cuff Disorders. JOSPT. 2022. Consulter la source.
  • American College of Radiology. Acute Shoulder Pain: Appropriateness Criteria. Consulter la source.

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