Comment réaliser un bilan kiné pour une douleur à l’épaule ?
La douleur à l’épaule constitue un motif fréquent de consultation en kinésithérapie.
La douleur à l’épaule constitue un motif fréquent de consultation en kinésithérapie. Elle peut apparaître progressivement, après une augmentation des contraintes, à la suite d’un traumatisme ou dans un contexte postopératoire.
Le bilan ne doit pas chercher uniquement à identifier un tendon ou une structure douloureuse. Il doit permettre de comprendre la présentation clinique, d’écarter les situations nécessitant une orientation médicale et d’identifier les capacités que le patient doit retrouver.
Un bilan kiné de l’épaule complet associe ainsi l’entretien, l’examen de la mobilité, la mesure de la force, l’observation de tâches fonctionnelles et l’utilisation raisonnée des tests cliniques.
Quels sont les objectifs du bilan de l’épaule ?
L’évaluation doit permettre de répondre à plusieurs questions :
- la douleur provient-elle principalement de l’épaule ?
- existe-t-il un traumatisme récent ?
- certains signes nécessitent-ils un avis médical ?
- les amplitudes actives et passives sont-elles limitées ?
- existe-t-il une faiblesse importante ou une perte brutale de fonction ?
- quelles activités reproduisent les symptômes ?
- quelles capacités physiques sont déficitaires ?
- quelle est l’influence des contraintes professionnelles ou sportives ?
- le patient présente-t-il de l’appréhension ou une perte de confiance ?
- quels indicateurs permettront de suivre les progrès ?
- quelles fonctions devront être restaurées ?
L’objectif n’est pas de réaliser systématiquement tous les tests de l’épaule. Chaque mesure doit répondre à une hypothèse ou servir de référence pour la réévaluation.
Commencer par un entretien précis
L’entretien constitue une partie essentielle du bilan.
Le kinésithérapeute recherche notamment :
- la date d’apparition des symptômes ;
- leur mode d’installation ;
- l’existence d’un traumatisme ;
- la localisation de la douleur ;
- son intensité ;
- son évolution ;
- les mouvements aggravants ;
- les positions soulageantes ;
- la présence de douleurs nocturnes ;
- la capacité à dormir sur le côté atteint ;
- la présence d’une raideur ;
- une sensation d’instabilité ;
- une perte de force ;
- des paresthésies ;
- les traitements déjà essayés ;
- les antécédents à l’épaule ;
- les maladies générales ;
- les examens d’imagerie disponibles ;
- les attentes du patient.
Il faut également préciser les activités limitées :
- s’habiller ;
- se coiffer ;
- porter un objet ;
- lever le bras ;
- travailler au-dessus de la tête ;
- dormir ;
- conduire ;
- pratiquer un sport ;
- effectuer des gestes professionnels répétitifs ;
- lancer ou frapper un ballon.
L’histoire aide à distinguer une douleur apparue brutalement après une chute d’une douleur installée progressivement après une augmentation de la charge d’entraînement.
Analyser le mécanisme d’un traumatisme
Lorsqu’un traumatisme est rapporté, ses circonstances doivent être précisées.
Le kinésithérapeute peut demander :
- le patient est-il tombé sur la main ou directement sur l’épaule ?
- le bras a-t-il été forcé en abduction ou en rotation ?
- une traction importante a-t-elle eu lieu ?
- l’épaule s’est-elle déboîtée ?
- une déformation était-elle visible ?
- le patient a-t-il entendu un craquement ?
- a-t-il pu continuer son activité ?
- pouvait-il lever le bras immédiatement après le traumatisme ?
- une ecchymose est-elle apparue ?
- la force a-t-elle brutalement diminué ?
- existe-t-il des fourmillements ou une perte de sensibilité ?
Une chute suivie d’une incapacité importante à lever le bras peut faire suspecter une fracture, une luxation ou une rupture traumatique de la coiffe des rotateurs.
Une sensation de déboîtement avec réduction spontanée peut correspondre à un épisode d’instabilité. L’absence de déformation au moment du bilan n’exclut donc pas une luxation spontanément réduite.
Rechercher les signes nécessitant une orientation
Avant de poursuivre l’examen, le kinésithérapeute doit rechercher les situations nécessitant un avis médical rapide.
Une orientation peut notamment être indiquée en présence de :
- traumatisme important avec déformation ;
- suspicion de fracture ;
- luxation non réduite ;
- incapacité brutale à utiliser le membre supérieur ;
- perte importante de force après un traumatisme ;
- déficit neurologique récent ;
- disparition ou diminution du pouls ;
- membre froid, pâle ou cyanosé ;
- épaule rouge, chaude et très gonflée ;
- fièvre associée à une douleur articulaire ;
- douleur intense et rapidement progressive ;
- antécédent récent de chirurgie ou d’infection ;
- douleur thoracique associée ;
- essoufflement ou malaise ;
- douleur non mécanique constante ;
- altération de l’état général ;
- perte de poids inexpliquée ;
- antécédent de cancer ;
- aggravation malgré une prise en charge adaptée.
Une douleur de l’épaule gauche associée à une oppression thoracique, un essoufflement, des nausées ou un malaise doit faire envisager une origine cardiovasculaire et justifier une prise en charge urgente.
Une douleur située au sommet de l’épaule après une chute directe, accompagnée d’une déformation ou d’une incapacité importante, peut correspondre à une lésion acromio-claviculaire ou à une fracture.
Vérifier que la douleur provient bien de l’épaule
Toutes les douleurs ressenties autour de l’épaule ne proviennent pas nécessairement de l’articulation gléno-humérale ou de la coiffe des rotateurs.
Une douleur peut être référée depuis :
- le rachis cervical ;
- une racine nerveuse ;
- le plexus brachial ;
- l’articulation acromio-claviculaire ;
- les structures thoraciques ;
- certains organes viscéraux ;
- le système cardiovasculaire.
L’examen cervical devient particulièrement important lorsque le patient présente :
- une douleur irradiant sous le coude ;
- des paresthésies ;
- une perte de sensibilité ;
- une faiblesse inhabituelle ;
- des symptômes modifiés par les mouvements du cou ;
- une douleur peu influencée par les mouvements de l’épaule.
Le bilan peut alors inclure les mouvements actifs du rachis cervical, un examen neurologique et, selon la situation, des tests de provocation ou de décharge.
Observer l’épaule et le membre supérieur
L’observation peut commencer dès l’entrée du patient dans le cabinet.
Le kinésithérapeute examine :
- la façon dont le bras est utilisé ;
- la présence d’une attitude antalgique ;
- les cicatrices ;
- les ecchymoses ;
- le gonflement ;
- une éventuelle déformation ;
- une amyotrophie ;
- les mouvements spontanés ;
- la capacité à retirer un vêtement ;
- les différences entre les deux côtés.
La position de la scapula peut être observée au repos et pendant le mouvement. Une asymétrie scapulaire n’est toutefois pas automatiquement pathologique.
Il existe une variabilité importante entre les individus. Une modification de la cinématique scapulaire peut représenter une adaptation, une conséquence de la douleur ou une caractéristique sans rapport direct avec les symptômes.
Mesurer les amplitudes actives
L’examen commence généralement par les mouvements actifs :
- flexion ;
- abduction ;
- élévation dans le plan de la scapula ;
- rotation externe ;
- rotation interne ;
- main derrière la tête ;
- main dans le dos ;
- adduction horizontale.
Pour chaque mouvement, il faut observer :
- l’amplitude disponible ;
- la localisation de la douleur ;
- le moment où elle apparaît ;
- la fluidité du mouvement ;
- la vitesse ;
- l’appréhension ;
- les compensations ;
- la réaction après plusieurs répétitions.
Un arc douloureux pendant l’élévation peut être observé dans différentes présentations de douleur liée à la coiffe des rotateurs. Il ne permet pas, à lui seul, d’identifier précisément une structure lésée.
La comparaison entre les côtés est utile, mais le membre opposé ne constitue pas toujours une référence parfaite, notamment chez les sportifs asymétriques ou les patients présentant des symptômes bilatéraux.
Comparer les amplitudes actives et passives
La comparaison entre mobilité active et passive apporte des informations importantes.
Une mobilité active très limitée avec une mobilité passive relativement préservée peut être associée à :
- une douleur importante ;
- une inhibition musculaire ;
- une atteinte de la coiffe des rotateurs ;
- une atteinte neurologique ;
- une appréhension ;
- une perte de contrôle moteur.
Une limitation importante des amplitudes actives et passives peut orienter vers :
- une capsulite rétractile ;
- une arthrose gléno-humérale ;
- une raideur postopératoire ;
- une immobilisation prolongée ;
- une douleur très irritable ;
- une atteinte articulaire importante.
L’interprétation dépend également de la direction limitée, de la sensation de fin de course et du contexte.
Reconnaître un profil compatible avec une capsulite
La capsulite rétractile se caractérise généralement par une douleur et une perte progressive des amplitudes actives et passives.
Le tableau peut associer :
- une installation progressive ;
- des douleurs nocturnes ;
- une difficulté à dormir sur l’épaule ;
- une limitation pour s’habiller ;
- une difficulté à atteindre le dos ;
- une réduction de la rotation externe ;
- une limitation de l’élévation ;
- une raideur globale ;
- une évolution prolongée.
La rotation externe passive est souvent particulièrement limitée. Toutefois, le diagnostic ne doit pas reposer sur une seule amplitude.
Le bilan doit également rechercher les facteurs associés, notamment :
- le diabète ;
- les pathologies thyroïdiennes ;
- une immobilisation ;
- une intervention chirurgicale ;
- un traumatisme récent.
Une épaule douloureuse et raide n’est pas systématiquement une capsulite. L’arthrose, une fracture, une raideur postopératoire ou une pathologie inflammatoire doivent aussi être considérées.
Mesurer la rotation interne avec prudence
La rotation interne est souvent évaluée en demandant au patient de placer la main dans le dos.
Cette tâche dépend cependant de plusieurs mouvements :
- rotation interne gléno-humérale ;
- extension de l’épaule ;
- adduction ;
- mobilité scapulaire ;
- mobilité du coude et du poignet.
La hauteur atteinte par la main ne mesure donc pas uniquement la rotation interne de l’épaule.
Pour obtenir une mesure plus spécifique, la rotation interne peut être évaluée dans une position standardisée, avec contrôle de la scapula lorsque cela est pertinent.
Évaluer la force de l’épaule
La force peut être examinée dans plusieurs directions :
- abduction ;
- rotation externe ;
- rotation interne ;
- flexion ;
- extension ;
- adduction ;
- élévation dans le plan scapulaire.
Le testing musculaire manuel peut être utile lorsque les capacités sont fortement réduites. Il manque toutefois de précision pour détecter des déficits modérés.
Lorsque du matériel est disponible, un dynamomètre permet une mesure plus objective. Le protocole doit rester reproductible :
- position du patient ;
- position du bras ;
- angle articulaire ;
- durée de contraction ;
- nombre d’essais ;
- temps de récupération ;
- présence de douleur ;
- valeur retenue.
Une baisse de force ne signifie pas nécessairement qu’un tendon est rompu. La performance peut être influencée par :
- la douleur ;
- l’appréhension ;
- le manque d’effort ;
- une atteinte neurologique ;
- une diminution d’activité ;
- une mauvaise compréhension du test.
Une perte brutale et importante de force après un traumatisme doit néanmoins conduire à envisager une atteinte structurelle nécessitant une évaluation médicale.
Examiner la coiffe des rotateurs
La coiffe des rotateurs comprend :
- le supra-épineux ;
- l’infra-épineux ;
- le petit rond ;
- le subscapulaire.
Les tests fréquemment utilisés comprennent :
- le test de Jobe ou empty can ;
- le full can test ;
- la rotation externe résistée ;
- l’external rotation lag sign ;
- le drop arm test ;
- le belly-press test ;
- le bear-hug test ;
- le lift-off test.
Ces tests peuvent participer au raisonnement, mais aucun ne doit être interprété isolément.
La douleur pendant un test résisté ne démontre pas nécessairement une lésion du tendon sollicité. De même, une faiblesse peut être causée par la douleur ou l’appréhension.
Certains tests, comme l’external rotation lag sign ou le drop arm test, peuvent être plus utiles lorsqu’une rupture importante est suspectée. Leur absence ne permet cependant pas d’écarter toutes les atteintes de la coiffe.
Les données disponibles confirment que la précision diagnostique des tests varie fortement selon la population, la taille de la lésion et les conditions d’évaluation. Consulter l’étude sur les tests de la coiffe.
Quelle place donner aux tests de conflit ?
Les tests de Neer et de Hawkins-Kennedy ont longtemps été présentés comme des tests permettant de diagnostiquer un « conflit sous-acromial ».
Cette interprétation est aujourd’hui considérée comme trop simplificatrice.
Ces tests compriment ou chargent plusieurs structures et peuvent reproduire une douleur dans différentes présentations cliniques. Un résultat positif ne permet pas d’affirmer qu’un tendon est mécaniquement coincé sous l’acromion.
Une méta-analyse a notamment retrouvé une précision limitée pour les tests de Neer et de Hawkins-Kennedy lorsqu’ils sont utilisés seuls. Consulter la revue systématique.
Ils peuvent être utilisés comme tests de provocation, mais leur résultat doit être interprété avec :
- l’histoire du patient ;
- les activités douloureuses ;
- les amplitudes ;
- la force ;
- la fonction ;
- les autres hypothèses diagnostiques.
Reconnaître une douleur liée à la coiffe des rotateurs
Une présentation compatible avec une douleur liée à la coiffe peut associer :
- une douleur sur la face antérieure ou latérale de l’épaule ;
- une douleur lors de l’élévation du bras ;
- une douleur pendant les activités au-dessus de la tête ;
- une douleur lors du port d’une charge ;
- une douleur au décubitus latéral ;
- une douleur lors des tests résistés ;
- une diminution de la force ;
- des amplitudes passives relativement préservées.
La terminologie de douleur liée à la coiffe des rotateurs permet de reconnaître qu’il est souvent difficile d’identifier précisément le tendon ou le mécanisme anatomique responsable.
Les recommandations cliniques de 2025 insistent sur une évaluation associant l’entretien, les amplitudes, la force, la fonction et les facteurs psychosociaux. Elles déconseillent de dépendre d’un test spécial ou d’une imagerie précoce pour établir le plan de prise en charge. Consulter les recommandations du JOSPT.
Rechercher une rupture de la coiffe
Une rupture de la coiffe peut être traumatique ou dégénérative.
Les éléments augmentant la suspicion comprennent :
- un traumatisme chez un patient précédemment fonctionnel ;
- une incapacité brutale à lever le bras ;
- une faiblesse marquée ;
- une différence importante entre mobilité active et passive ;
- un drop arm test positif ;
- un lag sign positif ;
- une amyotrophie ;
- une absence d’amélioration malgré une prise en charge adaptée.
Les ruptures dégénératives deviennent plus fréquentes avec l’âge et peuvent être asymptomatiques. La présence d’une rupture à l’imagerie ne signifie donc pas automatiquement qu’elle explique toute la douleur.
Le contexte, la force, les activités et l’évolution fonctionnelle doivent être considérés avant de conclure à la responsabilité de la lésion.
Examiner l’articulation acromio-claviculaire
Une atteinte acromio-claviculaire peut être suspectée en présence de :
- douleur localisée au sommet de l’épaule ;
- douleur à la palpation ;
- traumatisme direct ;
- douleur lors de l’adduction horizontale ;
- douleur pendant le port de charges ;
- déformation après une chute.
Le cross-body adduction test peut reproduire la douleur. Sa positivité isolée ne confirme toutefois pas le diagnostic.
Après un traumatisme, il faut également examiner la présence d’une déformation, l’état cutané et la fonction globale du membre supérieur.
Évaluer l’instabilité gléno-humérale
Une instabilité peut être traumatique, récidivante ou liée à une hyperlaxité constitutionnelle.
Le patient peut rapporter :
- un épisode de luxation ;
- une sensation de déboîtement ;
- une appréhension dans certaines positions ;
- des épisodes de subluxation ;
- une perte de confiance ;
- un évitement des gestes rapides ;
- des symptômes pendant les sports de lancer ou de contact.
Le bilan peut utiliser :
- le test d’appréhension antérieure ;
- le relocation test ;
- le release test ;
- le load-and-shift test ;
- le sulcus sign ;
- l’évaluation de l’hyperlaxité générale.
L’appréhension doit être distinguée de la douleur. Un véritable test d’appréhension positif reproduit principalement une peur de luxation ou une sensation d’instabilité.
Une laxité n’est pas automatiquement pathologique. Elle devient cliniquement pertinente lorsqu’elle s’accompagne de symptômes, d’épisodes d’instabilité ou d’une limitation des activités.
Examiner le tendon du long biceps
Le tendon du long biceps peut être considéré en présence d’une douleur antérieure de l’épaule.
Les tests fréquemment utilisés comprennent :
- le Speed test ;
- le Yergason test ;
- la palpation de la gouttière bicipitale ;
- les contractions résistées du coude et de l’épaule.
Ces tests manquent de spécificité lorsqu’ils sont utilisés seuls. La région antérieure contient plusieurs structures susceptibles de produire une douleur.
Une douleur au Speed test ne permet donc pas d’affirmer que le tendon du long biceps constitue l’unique origine des symptômes.
Faut-il rechercher une lésion du labrum ?
Une lésion labrale peut être envisagée après :
- une traction importante ;
- une luxation ;
- un mouvement forcé ;
- des gestes répétés de lancer ;
- un traumatisme avec bras en élévation ;
- des symptômes mécaniques associés à une instabilité.
Différents tests sont proposés :
- O’Brien active compression test ;
- crank test ;
- biceps load test ;
- anterior slide test.
Leur précision diagnostique est variable. Aucun test isolé ne permet de confirmer une lésion du labrum.
Les anomalies labrales visibles à l’imagerie peuvent également être présentes chez des personnes asymptomatiques. L’indication d’imagerie ou d’un avis spécialisé dépend donc de la fonction, du contexte traumatique et de l’évolution.
Évaluer la scapula sans surinterpréter
Le bilan peut observer la scapula pendant :
- l’élévation du bras ;
- l’abaissement ;
- un mouvement répété ;
- une poussée contre un mur ;
- le port d’une charge ;
- un geste sportif.
Le kinésithérapeute peut rechercher :
- une saillie inhabituelle du bord médial ;
- une diminution du contrôle ;
- une fatigabilité ;
- une asymétrie importante ;
- une atteinte neurologique ;
- une modification des symptômes lorsqu’une assistance est apportée.
Le scapular assistance test et le scapular retraction test peuvent aider à examiner si une modification temporaire de la scapula influence la douleur ou la force.
Ils ne démontrent pas que la position scapulaire habituelle constitue la cause de la douleur. Leur intérêt est principalement clinique : tester si une stratégie différente améliore immédiatement une tâche.
Examiner les structures neurologiques
Un examen neurologique peut être indiqué en présence de :
- paresthésies ;
- douleur irradiée ;
- faiblesse importante ;
- amyotrophie ;
- traumatisme avec traction ;
- dyskinésie scapulaire marquée ;
- symptômes peu influencés par l’épaule ;
- perte de sensibilité.
Le bilan peut examiner :
- les réflexes ;
- les myotomes ;
- les dermatomes ;
- la sensibilité ;
- la force de plusieurs groupes musculaires ;
- la mobilité neurodynamique ;
- le rachis cervical.
Une scapula alata importante peut notamment faire évoquer une atteinte du nerf thoracique long, du nerf spinal accessoire ou d’autres structures neurologiques.
Une suspicion de déficit neurologique récent ou progressif nécessite une orientation médicale.
Utiliser la palpation avec prudence
La palpation peut concerner :
- l’articulation acromio-claviculaire ;
- la gouttière bicipitale ;
- les insertions de la coiffe ;
- les muscles péri-scapulaires ;
- le deltoïde ;
- les reliefs osseux ;
- les tissus présentant un gonflement ou une ecchymose.
Une sensibilité à la palpation ne permet pas nécessairement d’identifier la structure responsable.
De nombreux tissus sont proches les uns des autres, et une zone douloureuse peut refléter une hypersensibilité locale plutôt qu’une lésion spécifique.
La palpation doit donc compléter l’entretien, la mobilité, la force et la fonction.
Évaluer les activités fonctionnelles
Le bilan doit intégrer les tâches importantes pour le patient.
Il peut examiner :
- porter un sac ;
- placer un objet sur une étagère ;
- soulever une charge ;
- pousser ;
- tirer ;
- se relever en prenant appui sur les bras ;
- enfiler une veste ;
- attacher un soutien-gorge ;
- se coiffer ;
- lancer ;
- nager ;
- réaliser une pompe ;
- travailler bras élevés.
Pendant ces tâches, le kinésithérapeute observe :
- la douleur ;
- l’amplitude utilisée ;
- la charge tolérée ;
- la vitesse ;
- la coordination ;
- la confiance ;
- la fatigabilité ;
- la réaction après plusieurs répétitions.
Une modification immédiate peut être testée :
- réduire la charge ;
- changer l’amplitude ;
- modifier la vitesse ;
- rapprocher l’objet du corps ;
- assister temporairement la scapula ;
- modifier la prise ;
- diminuer le nombre de répétitions.
Si la tâche devient mieux tolérée, cette information peut aider à construire le programme de rééducation.
Tester les capacités sportives
Chez un sportif, l’absence de douleur pendant les activités quotidiennes ne garantit pas une capacité suffisante pour reprendre l’entraînement.
Le bilan peut progressivement inclure :
- le port de charges au-dessus de la tête ;
- les pompes ;
- les tractions ;
- les lancers légers ;
- les lancers à vitesse croissante ;
- les appuis au sol ;
- les contacts ;
- les gestes explosifs ;
- les efforts répétés ;
- les tâches réalisées en situation de fatigue.
Pour les sports de lancer, il faut examiner :
- les amplitudes de rotation ;
- la force des rotateurs ;
- l’endurance ;
- la puissance ;
- la tolérance aux lancers ;
- la charge d’entraînement ;
- la récupération ;
- le contrôle de l’ensemble de la chaîne cinétique.
La décision de reprise ne doit pas dépendre uniquement d’un pourcentage de symétrie. Les valeurs absolues, la confiance, la répétition des efforts et les exigences du sport doivent aussi être considérées.
Utiliser des questionnaires validés
Les questionnaires permettent de mesurer les conséquences fonctionnelles de la douleur.
Le bilan peut utiliser :
- le Shoulder Pain and Disability Index ;
- le QuickDASH ;
- le Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand ;
- l’American Shoulder and Elbow Surgeons Score ;
- le Western Ontario Rotator Cuff Index ;
- une échelle fonctionnelle spécifique au patient.
Le SPADI explore notamment la douleur et l’incapacité associées à l’épaule.
Le QuickDASH évalue plus largement les limitations du membre supérieur.
Le choix dépend de la situation clinique et des objectifs du patient. Pour suivre l’évolution, il est préférable de conserver le même questionnaire au cours de la prise en charge.
Prendre en compte les facteurs psychosociaux
L’intensité de la douleur et l’incapacité ne dépendent pas uniquement de l’état des tissus.
Le bilan peut explorer :
- les inquiétudes ;
- la peur de provoquer une lésion ;
- les expériences antérieures ;
- les croyances liées à l’imagerie ;
- la confiance dans le mouvement ;
- le sommeil ;
- le stress ;
- la situation professionnelle ;
- les attentes concernant le traitement ;
- l’impression de fragilité de l’épaule.
Un patient à qui l’on a expliqué que son tendon était « usé » ou « coincé » peut éviter durablement certains mouvements.
Le rôle du kinésithérapeute consiste alors à fournir des explications rassurantes mais réalistes, sans nier la douleur ni promettre une guérison immédiate.
L’imagerie est-elle nécessaire ?
L’imagerie n’est pas systématiquement nécessaire devant une douleur non traumatique de l’épaule.
La Haute Autorité de santé rappelle que les anomalies dégénératives de la coiffe ne sont pas toujours symptomatiques et que l’examen clinique ainsi que le contexte du patient sont essentiels. blank" rel="noopener noreferrer">Consulter les recommandations de la HAS.
Selon le contexte, l’imagerie peut être envisagée en présence de :
- traumatisme important ;
- suspicion de fracture ;
- suspicion de luxation ;
- perte brutale de force ;
- suspicion de rupture traumatique ;
- déficit neurologique ;
- symptômes atypiques ;
- évolution défavorable ;
- absence d’amélioration malgré une prise en charge adaptée ;
- situation dans laquelle le résultat modifierait le traitement.
La radiographie permet notamment d’examiner les structures osseuses. L’échographie et l’IRM peuvent évaluer la coiffe, mais leurs résultats doivent être mis en relation avec la clinique.
La recommandation JOSPT de 2025 déconseille l’imagerie initiale systématique en cas de suspicion de tendinopathie de la coiffe et propose de l’envisager lorsque les symptômes ne s’améliorent pas après une prise en charge conservatrice appropriée. Consulter le guide clinique.
Choisir des indicateurs reproductibles
Un bilan utile doit pouvoir être répété.
Les indicateurs peuvent associer :
- une activité choisie par le patient ;
- l’intensité de la douleur ;
- la qualité du sommeil ;
- une amplitude active ;
- une amplitude passive ;
- la force en rotation externe ;
- la force en abduction ;
- une tâche de port de charge ;
- un test fonctionnel ;
- un questionnaire ;
- le nombre de répétitions tolérées ;
- la confiance du patient ;
- la participation professionnelle ou sportive.
Les conditions de mesure doivent rester identiques entre les séances.
Une amélioration ne se limite pas à une baisse de la douleur. Elle peut également se traduire par :
- une augmentation de la charge portée ;
- une meilleure qualité de sommeil ;
- davantage de répétitions ;
- une reprise du travail ;
- une reprise sportive ;
- une diminution de l’appréhension ;
- une meilleure autonomie.
Transformer le bilan en programme de traitement
Le programme doit répondre aux problèmes identifiés.
Il peut associer :
- une explication adaptée de la situation ;
- une adaptation temporaire des contraintes ;
- la récupération progressive des amplitudes ;
- un renforcement de la coiffe ;
- un travail du deltoïde ;
- un renforcement péri-scapulaire ;
- des exercices de poussée et de tirage ;
- un travail au-dessus de la tête ;
- une reprise progressive des gestes professionnels ;
- une préparation spécifique au sport ;
- des stratégies pour améliorer le sommeil.
La HAS considère la prise en charge médico-fonctionnelle comme le traitement principal des tendinopathies de la coiffe et accorde une place importante à l’éducation, à l’activité et à la kinésithérapie. blank" rel="noopener noreferrer">Consulter la fiche de synthèse.
Il n’existe pas un programme unique pour toutes les douleurs d’épaule.
Un patient présentant une épaule douloureuse mais mobile après une augmentation des contraintes aura probablement besoin d’un renforcement progressif et d’une adaptation temporaire de sa charge.
Un patient présentant une capsulite aura davantage besoin d’une prise en charge respectant l’irritabilité, d’exercices de mobilité et d’une progression adaptée à l’évolution de la raideur.
Un sportif pratiquant un sport de lancer devra retrouver des niveaux élevés de force, de vitesse, d’endurance et de tolérance aux gestes répétés.
Peut-on renforcer une épaule douloureuse ?
Une douleur légère pendant l’exercice ne signifie pas automatiquement que l’épaule subit une nouvelle lésion.
La réaction doit être évaluée globalement :
- la douleur reste-t-elle acceptable ?
- le mouvement reste-t-il contrôlé ?
- les symptômes diminuent-ils après l’exercice ?
- la douleur nocturne augmente-t-elle ?
- la fonction est-elle réduite le lendemain ?
- le patient tolère-t-il mieux l’exercice au fil des séances ?
- la charge progresse-t-elle ?
En cas de réaction excessive, le kinésithérapeute peut modifier :
- la résistance ;
- l’amplitude ;
- le nombre de répétitions ;
- la vitesse ;
- la fréquence ;
- la position du bras ;
- le temps de récupération ;
- le type de contraction.
L’objectif est d’appliquer une charge suffisamment stimulante pour développer les capacités, sans provoquer d’aggravation persistante.
Exemple de bilan kiné de l’épaule
Un patient de 42 ans consulte pour une douleur latérale de l’épaule droite apparue progressivement après une augmentation de ses séances de musculation.
La douleur se manifeste lorsqu’il développe une charge au-dessus de la tête, enfile sa veste et dort sur le côté droit. Aucun traumatisme, aucune paresthésie et aucune perte brutale de force ne sont rapportés.
L’élévation active reproduit la douleur entre certaines amplitudes, mais reste complète. Les amplitudes passives sont conservées. La rotation externe contre résistance est douloureuse et légèrement moins performante que du côté opposé.
Le patient parvient à porter une charge légère au-dessus de la tête, mais la douleur augmente avec les répétitions. Une réduction temporaire de la charge et une légère modification de l’amplitude améliorent la tolérance.
L’ensemble est compatible avec une douleur liée à la coiffe des rotateurs. Le bilan met notamment en évidence :
- une augmentation récente de la charge ;
- une douleur lors de l’élévation ;
- une diminution de la tolérance aux efforts répétés ;
- un déficit relatif de force en rotation externe ;
- une appréhension concernant les exercices au-dessus de la tête.
Le programme initial peut comprendre :
- une adaptation temporaire des exercices douloureux ;
- un renforcement progressif des rotateurs ;
- des exercices d’élévation dans une amplitude tolérée ;
- des exercices de poussée et de tirage ;
- une réintroduction graduelle du développé au-dessus de la tête ;
- un suivi de la douleur nocturne et de la réaction sur 24 heures.
Les tests initiaux sont ensuite répétés pour vérifier l’amélioration de la force, de la fonction et de la tolérance à la charge.
Les erreurs fréquentes lors du bilan de l’épaule
Chercher immédiatement le tendon responsable
La douleur ne peut pas toujours être attribuée avec certitude à un tendon précis. Le bilan doit d’abord caractériser la présentation fonctionnelle.
Diagnostiquer un conflit avec un seul test
Un Hawkins-Kennedy ou un Neer positif ne démontre pas qu’un tendon est mécaniquement coincé.
Réaliser trop de tests spéciaux
Multiplier les tests ne garantit pas une meilleure précision. Ils doivent être sélectionnés selon l’histoire et les hypothèses.
Surinterpréter la posture
Une épaule enroulée ou une asymétrie scapulaire ne constitue pas nécessairement la cause des symptômes.
Négliger la mobilité passive
La comparaison entre amplitudes actives et passives aide à distinguer une faiblesse douloureuse d’une véritable raideur.
Confondre douleur et faiblesse
Un test résisté moins performant peut être limité par la douleur, l’appréhension ou l’inhibition.
Demander une imagerie trop rapidement
Une anomalie visible à l’échographie ou à l’IRM peut être asymptomatique et ne modifie pas toujours la prise en charge.
Interdire tous les mouvements douloureux
Une adaptation temporaire peut être nécessaire, mais l’évitement complet et prolongé risque de diminuer les capacités.
Se limiter à l’épaule
Le rachis cervical, le système neurologique et l’ensemble de la chaîne cinétique doivent être examinés lorsque la situation l’exige.
Autoriser le sport uniquement selon la douleur au repos
La reprise doit aussi considérer la force, l’endurance, la vitesse, la confiance et la tolérance aux gestes répétés.
Oublier la réévaluation
Une absence d’amélioration doit conduire à réexaminer les hypothèses, la dose d’exercice, les contraintes et l’indication d’un avis médical.
Ce qu’il faut retenir
Un bilan kiné pour une douleur à l’épaule ne repose pas sur un test miracle.
Les points essentiels sont les suivants :
- commencer par l’histoire et les objectifs du patient ;
- distinguer les présentations traumatiques et progressives ;
- rechercher les signes nécessitant une orientation ;
- vérifier les origines cervicales, neurologiques ou viscérales ;
- comparer les amplitudes actives et passives ;
- mesurer la force de manière reproductible ;
- interpréter prudemment les tests spéciaux ;
- évaluer les activités réellement limitées ;
- ne pas surinterpréter la posture ou la scapula ;
- utiliser l’imagerie uniquement lorsqu’elle peut modifier la prise en charge ;
- intégrer la confiance, les croyances et le sommeil ;
- rapprocher progressivement les tests des exigences professionnelles ou sportives ;
- réévaluer régulièrement les capacités.
Cette démarche permet de transformer l’examen en un programme individualisé, orienté vers les objectifs du patient plutôt que vers la correction systématique d’une structure supposée défectueuse.
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Ressources associées
- Haute Autorité de santé. Conduite diagnostique devant une épaule douloureuse non traumatique de l’adulte et prise en charge des tendinopathies de la coiffe des rotateurs, 2023. blank" rel="noopener noreferrer">Consulter les recommandations.
- Haute Autorité de santé. Prise en charge des tendinopathies de la coiffe des rotateurs, 2023. blank" rel="noopener noreferrer">Consulter la fiche de synthèse.
- Desmeules F, et al. Rotator Cuff Tendinopathy Diagnosis, Nonsurgical Medical Care, and Rehabilitation: A Clinical Practice Guideline. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2025. Consulter les recommandations.
- Lafrance S, et al. Diagnosing, Managing, and Supporting Return to Work of Adults With Rotator Cuff Disorders: A Clinical Practice Guideline. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2022. Consulter le guide clinique.
- Jain NB, et al. The Diagnostic Accuracy of Special Tests for Rotator Cuff Tear: The ROW Cohort Study. American Journal of Physical Medicine & Rehabilitation, 2017. Consulter l’étude.
- Hegedus EJ, et al. Physical examination tests of the shoulder: a systematic review with meta-analysis of individual tests. British Journal of Sports Medicine, 2008. Consulter la revue systématique.
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