Tendinopathie de la coiffe des rotateurs : ce que recommandent les nouvelles guidelines de 2025
La tendinopathie de la coiffe des rotateurs est une cause fréquente de douleur d’épaule.
La tendinopathie de la coiffe des rotateurs est une cause fréquente de douleur d’épaule. En 2025, une nouvelle recommandation de pratique clinique publiée dans le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy a synthétisé les données disponibles sur son diagnostic, son pronostic et sa prise en charge non chirurgicale.
Le message principal est clair : le traitement doit reposer sur une évaluation clinique structurée, l’éducation et un programme actif individualisé. L’imagerie, les techniques passives et les infiltrations ne doivent pas remplacer la rééducation.
À quels patients ces recommandations s’appliquent-elles ?
La guideline concerne les adultes présentant :
- une tendinopathie de la coiffe avec ou sans calcification ;
- une douleur liée à la coiffe des rotateurs ;
- une rupture partielle de la coiffe.
Elle ne concerne pas directement les ruptures transfixiantes, les fractures, les luxations, l’instabilité gléno-humérale ou les pathologies neurologiques.
Cette distinction est importante : le terme « douleur d’épaule » regroupe des présentations différentes. Avant de suivre un protocole, le kinésithérapeute doit vérifier que le tableau clinique correspond bien au champ de la recommandation.
Le diagnostic doit-il reposer sur un test spécial ?
Non. Aucun test clinique isolé ne permet de confirmer ou d’exclure avec certitude une tendinopathie de la coiffe.
Le diagnostic repose sur un ensemble d’éléments :
- l’histoire des symptômes ;
- le mécanisme d’apparition ;
- la localisation de la douleur ;
- les mouvements et charges provocateurs ;
- l’amplitude active et passive ;
- la force ;
- la fonction ;
- la recherche de signes d’alerte ;
- l’exclusion d’autres causes possibles.
Les tests dits « spécifiques » peuvent contribuer au raisonnement, mais leur résultat doit être interprété avec le reste du bilan. Une douleur lors d’un test de Jobe, par exemple, ne suffit pas à identifier précisément le tendon responsable.
Pour approfondir la démarche, consultez notre article sur le bilan kiné d’une douleur à l’épaule.
Quelles mesures utiliser pendant le bilan ?
La guideline recommande d’utiliser des mesures reproductibles pour objectiver l’évolution :
- une échelle de douleur ;
- un questionnaire fonctionnel validé ;
- la mesure des amplitudes ;
- une mesure de la force lorsque cela est possible ;
- une tâche importante pour le patient.
Le QuickDASH, le SPADI ou le Patient-Specific Functional Scale peuvent notamment être utilisés. La mesure instrumentée de la force avec un dynamomètre est préférable à une simple appréciation manuelle lorsqu’elle est disponible.
Le suivi ne doit pas se limiter à la douleur au repos. Il doit intégrer la capacité à travailler, dormir, porter, atteindre une étagère, pratiquer un sport ou répéter un geste au-dessus de la tête.
Faut-il demander une imagerie dès le début ?
La guideline déconseille l’imagerie systématique lors de la prise en charge initiale d’une présentation typique, en l’absence de traumatisme important ou de signe d’alerte.
Plusieurs raisons expliquent cette prudence :
- des anomalies de la coiffe sont fréquentes chez des personnes sans douleur ;
- l’imagerie ne permet pas toujours d’identifier la structure réellement symptomatique ;
- elle peut renforcer des croyances inquiétantes ;
- son résultat ne modifie souvent pas le traitement initial.
Une imagerie peut devenir pertinente devant :
- un traumatisme avec perte majeure de fonction ;
- une suspicion de rupture importante ;
- une faiblesse marquée inexpliquée ;
- une suspicion de fracture ;
- une évolution atypique ;
- des signes systémiques ;
- l’absence d’amélioration après une prise en charge adaptée ;
- une situation dans laquelle le résultat modifierait réellement la conduite à tenir.
Quel est le traitement de première intention ?
La rééducation active constitue le traitement central.
Le programme d’exercices peut comprendre :
- un travail de la coiffe des rotateurs ;
- un renforcement des muscles scapulaires ;
- des exercices de contrôle moteur ;
- une exposition progressive aux gestes douloureux ;
- un travail d’endurance ;
- des exercices fonctionnels ou sportifs ;
- une progression des charges au-dessus de la tête.
La guideline ne désigne pas un exercice unique ni un protocole universel. Le contenu, la résistance, le volume et la progression doivent être adaptés aux déficits, aux objectifs et à l’irritabilité.
Les exercices à domicile peuvent être efficaces, mais ils doivent être expliqués, dosés et réévalués. Remettre une fiche standard sans progression individualisée ne correspond pas à une prise en charge complète.
La supervision du kiné est-elle toujours indispensable ?
La supervision doit être proportionnée aux besoins du patient.
Elle est particulièrement utile pour :
- établir le diagnostic clinique ;
- choisir les exercices ;
- ajuster la charge ;
- corriger une difficulté d’exécution ;
- améliorer l’adhésion ;
- gérer les croyances et l’appréhension ;
- préparer une reprise professionnelle ou sportive complexe.
Le nombre de séances ne devrait pas être fixé uniquement selon une habitude. Certains patients deviennent rapidement autonomes, tandis que d’autres nécessitent un accompagnement plus rapproché.
Quelle place pour l’éducation ?
L’éducation doit aider le patient à comprendre que :
- la douleur n’indique pas automatiquement une lésion qui s’aggrave ;
- le repos complet prolongé est rarement la meilleure stratégie ;
- une adaptation temporaire de certaines charges peut être utile ;
- la récupération demande souvent plusieurs semaines ;
- l’exercice doit être progressif ;
- le sommeil, le stress, le travail et les comorbidités peuvent influencer les symptômes.
L’objectif n’est pas de promettre une disparition immédiate de toute douleur, mais de restaurer progressivement la capacité de l’épaule.
Peut-on autoriser une douleur pendant les exercices ?
Une douleur légère ou modérée pendant un exercice n’est pas nécessairement dangereuse. Elle doit toutefois rester acceptable pour le patient et ne pas provoquer une aggravation durable.
Le kinésithérapeute peut surveiller :
- l’intensité pendant la séance ;
- la modification de la technique ;
- la réaction dans les heures suivantes ;
- le sommeil ;
- la douleur et la fonction le lendemain ;
- la tendance sur plusieurs séances.
Si la réaction dépasse la tolérance prévue, il est possible d’ajuster l’amplitude, la résistance, le nombre de répétitions, la vitesse ou la fréquence.
La thérapie manuelle est-elle recommandée ?
La thérapie manuelle peut être utilisée comme adjuvant à court terme, notamment pour diminuer la douleur ou faciliter le mouvement. Elle ne devrait pas constituer le traitement principal.
Elle peut inclure :
- des mobilisations articulaires ;
- des techniques sur les tissus mous ;
- des mobilisations du rachis cervical ou thoracique lorsque le bilan le justifie.
Le bénéfice attendu doit être fonctionnel : permettre au patient de mieux bouger ou de réaliser son programme actif. Une succession de soins passifs sans progression de charge est difficilement compatible avec les recommandations.
Le taping, le laser ou les ultrasons sont-ils utiles ?
Les preuves sont variables selon les modalités. Certaines interventions peuvent produire un effet à court terme, mais leur utilité clinique reste limitée ou incertaine.
La guideline ne soutient pas leur utilisation comme substitut à l’exercice. Avant d’ajouter une modalité, il faut se demander :
- quel objectif précis est recherché ?
- quel bénéfice supplémentaire est attendu ?
- l’intervention favorise-t-elle l’autonomie ?
- prend-elle du temps au détriment du programme actif ?
Que penser des infiltrations ?
Les corticostéroïdes peuvent diminuer la douleur à court terme chez certains patients, mais ils ne constituent pas une stratégie de première intention à long terme.
Une infiltration ne corrige ni la capacité musculaire ni la tolérance à la charge. Si elle est envisagée, la décision doit être partagée avec le médecin en tenant compte :
- de la sévérité des symptômes ;
- des traitements déjà réalisés ;
- des bénéfices transitoires attendus ;
- des risques ;
- du projet de rééducation.
La guideline appelle également à la prudence face aux interventions injectables dont l’efficacité reste incertaine.
Quand envisager un avis spécialisé ?
Une orientation médicale ou chirurgicale peut être nécessaire devant :
- une suspicion de rupture transfixiante traumatique ;
- une faiblesse soudaine importante ;
- une perte fonctionnelle majeure ;
- une douleur sévère non expliquée ;
- des signes neurologiques ;
- une raideur évoquant une autre pathologie ;
- une évolution défavorable malgré une prise en charge bien conduite.
L’échec d’un traitement doit être analysé avant de conclure à l’échec de l’exercice : diagnostic, adhésion, dosage, progression, facteurs professionnels, sommeil et comorbidités doivent être réévalués.
Comment organiser la reprise du sport ou du travail ?
La reprise doit se baser sur les exigences réelles de l’activité :
- amplitude nécessaire ;
- force ;
- endurance ;
- vitesse ;
- précision ;
- répétition ;
- gestes au-dessus de la tête ;
- appréhension ;
- réaction le lendemain.
Pour un sportif de lancer, une force correcte lors d’un test statique ne suffit pas. Il faut progressivement réintroduire les accélérations, les décélérations, les volumes de lancer et la fatigue spécifique.
Ce qui change réellement dans la pratique
La guideline 2025 ne propose pas une nouvelle technique miracle. Elle renforce surtout plusieurs principes :
- ne pas chercher un diagnostic à partir d’un seul test ;
- ne pas prescrire d’imagerie de routine au début ;
- mesurer la douleur, la force et la fonction ;
- placer l’exercice progressif au centre du traitement ;
- utiliser les techniques passives comme adjuvants éventuels ;
- individualiser la dose et la supervision ;
- préparer la reprise selon les contraintes réelles ;
- réévaluer avant d’escalader vers une intervention invasive.
Ce qu’il faut retenir
Pour une tendinopathie de la coiffe des rotateurs :
- l’évaluation clinique prime sur l’imagerie initiale ;
- aucun test spécial ne doit être interprété seul ;
- l’éducation et l’exercice actif constituent la base du traitement ;
- le programme doit être individualisé et progressif ;
- une douleur tolérable pendant l’exercice peut être acceptable ;
- la thérapie manuelle peut aider à court terme mais reste complémentaire ;
- les infiltrations ne remplacent pas la restauration des capacités ;
- le suivi doit intégrer la fonction, la force et les objectifs du patient.
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Ressources associées
- Desmeules F, et al. Rotator Cuff Tendinopathy Diagnosis, Nonsurgical Medical Care, and Rehabilitation: A Clinical Practice Guideline. J Orthop Sports Phys Ther. 2025;55(4):235-274. Consulter la guideline.
- Desmeules F, et al. Résumé indexé dans PubMed. Consulter PubMed.
- American Physical Therapy Association. Rotator Cuff Tendinopathy Clinical Practice Guideline. Consulter la présentation officielle.
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