Bilan diagnostic kinésithérapique (BDK) : comment le réaliser et le rédiger ?
Le bilan diagnostic kinésithérapique, généralement appelé BDK, est l’évaluation qui permet au masseur-kinésithérapeute de comprendre la situation du patient, d’identifier ses déficiences et ses
Le bilan diagnostic kinésithérapique, généralement appelé BDK, est l’évaluation qui permet au masseur-kinésithérapeute de comprendre la situation du patient, d’identifier ses déficiences et ses limitations fonctionnelles, puis de construire un plan de soins individualisé. Il ne se résume ni à une succession de tests ni à un formulaire administratif : il relie les symptômes, les capacités, le contexte de vie, les objectifs du patient et les résultats de l’examen clinique.
En pratique, un BDK de qualité doit permettre de répondre à quelques questions simples : quel est le principal problème fonctionnel du patient ? Quels éléments l’expliquent ou l’entretiennent ? Quels signes imposent une réorientation ? Quels objectifs sont prioritaires ? Comment mesurer l’évolution ?
Ce guide présente les étapes du bilan, une méthode de rédaction, un exemple de synthèse et les erreurs les plus fréquentes. Les informations réglementaires et tarifaires sont actualisées au 30 juillet 2026.
Qu’est-ce qu’un bilan diagnostic kinésithérapique ?
Le BDK est une démarche de raisonnement clinique comprenant :
- le recueil des informations utiles ;
- l’identification des attentes et des activités limitées ;
- la recherche des signes de gravité et des précautions ;
- l’examen des fonctions et structures pertinentes ;
- la formulation d’un diagnostic kinésithérapique ;
- la définition d’objectifs partagés ;
- le choix des interventions et des indicateurs de suivi ;
- la réévaluation de la réponse au traitement.
Le diagnostic kinésithérapique n’est pas une copie du diagnostic médical. Le diagnostic médical peut identifier une affection, comme une gonarthrose ou une rupture du ligament croisé antérieur. Le diagnostic kinésithérapique décrit surtout les conséquences modifiables et fonctionnelles observées chez cette personne : douleur à la charge, perte de force, déficit d’amplitude, difficulté à monter les escaliers, appréhension du mouvement ou diminution de la participation sportive.
Deux patients présentant le même diagnostic médical peuvent donc avoir des BDK et des programmes de rééducation très différents.
Le BDK est-il obligatoire ?
Selon l’Assurance Maladie, le BDK est obligatoire pour tout traitement thérapeutique. Dans le cadre d’une prescription, le Code de la santé publique prévoit que le masseur-kinésithérapeute établit un bilan comprenant le diagnostic kinésithérapique, les objectifs de soins ainsi que le choix des actes et techniques qui lui paraissent les plus appropriés.
Le bilan doit être tenu à la disposition du médecin prescripteur. Le traitement mis en œuvre est retracé dans une fiche de synthèse. Celle-ci doit notamment être adressée au médecin à la fin du traitement lorsque la prise en charge a comporté au moins dix séances. Une transmission est également nécessaire lorsque le traitement initial doit être modifié ou lorsqu’une complication apparaît.
Le BDK répond ainsi à trois objectifs :
- Sécuriser la prise en charge, en repérant les situations qui nécessitent un avis médical.
- Personnaliser le traitement, en faisant découler les interventions de problèmes mesurés.
- Assurer la traçabilité et la coordination, grâce à une synthèse compréhensible par les autres professionnels.
Comment réaliser un BDK étape par étape ?
Il n’existe pas un bilan identique pour toutes les pathologies. La structure peut rester stable, mais son contenu doit être adapté au motif de consultation, à l’âge, au contexte postopératoire éventuel et aux objectifs du patient.
1. Recueillir les informations administratives et médicales utiles
Le dossier doit permettre d’identifier le patient, le professionnel, la date du bilan, le prescripteur lorsqu’il existe et le contexte de la demande.
Les données médicales pertinentes peuvent comprendre :
- le motif de consultation ;
- le diagnostic médical et la prescription ;
- la date de début et le mécanisme d’apparition des symptômes ;
- les antécédents médicaux et chirurgicaux utiles ;
- les traitements médicamenteux ;
- les examens complémentaires disponibles ;
- les contre-indications ou précautions ;
- les prises en charge déjà réalisées et leur effet.
Le but n’est pas de recopier l’intégralité du dossier médical. Il faut sélectionner ce qui peut modifier l’examen, le pronostic ou le traitement.
2. Clarifier la plainte et les objectifs du patient
Une douleur chiffrée ne décrit pas à elle seule la situation. Il est souvent plus utile de demander : « Qu’est-ce que ce problème vous empêche de faire aujourd’hui ? »
L’entretien précise notamment :
- la localisation et le comportement des symptômes ;
- les activités aggravantes ou soulageantes ;
- l’évolution au cours de la journée ;
- l’irritabilité et la récupération après l’effort ;
- l’impact sur le sommeil, le travail, le sport et la vie sociale ;
- les croyances, inquiétudes et attentes ;
- le niveau d’activité antérieur ;
- les objectifs jugés importants par le patient.
Un objectif comme « avoir moins mal » peut être reformulé en une activité observable : marcher trente minutes, reprendre la course, porter son enfant ou travailler une journée avec des pauses maîtrisées.
3. Rechercher les drapeaux rouges et les précautions
Avant de multiplier les tests orthopédiques, le kinésithérapeute vérifie que la situation reste compatible avec une prise en charge dans son champ de compétences.
Les éléments recherchés dépendent de la région et du tableau clinique. Ils peuvent inclure :
- un traumatisme important ou un risque de fracture ;
- une altération rapidement progressive de la force ou de la sensibilité ;
- des troubles sphinctériens associés à des signes neurologiques ;
- une douleur thoracique, une dyspnée ou un malaise ;
- une fièvre, une altération de l’état général ou un contexte infectieux ;
- un antécédent de cancer avec signes cliniques préoccupants ;
- des signes évoquant une atteinte vasculaire ;
- une douleur postopératoire anormale ou une suspicion de complication.
Un drapeau rouge n’est pas automatiquement un diagnostic grave. Il modifie le niveau de vigilance et peut justifier un avis médical urgent ou programmé. La conduite adoptée doit être tracée dans le dossier.
4. Examiner les activités et la participation
Cette étape s’appuie sur la logique de la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’Organisation mondiale de la santé, qui distingue déficiences, limitations d’activité et restrictions de participation.
L’examen commence idéalement par les fonctions qui comptent pour le patient. Selon la situation, il peut s’agir de :
- marcher, courir ou changer de direction ;
- se relever d’une chaise ;
- monter et descendre les escaliers ;
- s’habiller ou se coiffer ;
- soulever et porter une charge ;
- rester assis ou debout ;
- effectuer une tâche professionnelle ;
- reprendre un geste sportif.
Un test fonctionnel standardisé est souvent plus informatif qu’une longue liste de mesures isolées. Il fournit aussi un point de comparaison lors de la réévaluation.
5. Sélectionner l’examen clinique pertinent
Le choix des tests doit découler d’hypothèses formulées pendant l’entretien. Un BDK n’est pas meilleur parce qu’il comporte trente tests.
L’examen peut évaluer :
- les amplitudes actives et passives ;
- la force et l’endurance ;
- la puissance ou le contrôle moteur ;
- la sensibilité et les fonctions neurologiques ;
- l’équilibre et les capacités vestibulaires ;
- la tolérance aux contraintes mécaniques ;
- la fonction respiratoire ;
- la douleur provoquée et sa réponse aux mouvements répétés ;
- les gestes fonctionnels spécifiques.
Les tests spéciaux ne doivent pas être interprétés seuls. Leur valeur dépend de leur fiabilité, de leur précision diagnostique, de la population étudiée et de la probabilité clinique avant le test. Un résultat positif ne prouve pas nécessairement qu’une structure est la source unique de la douleur.
6. Utiliser des mesures reproductibles
Pour savoir si le patient progresse, il faut mesurer ce qui est susceptible de changer. Les indicateurs peuvent comprendre :
- une échelle numérique de douleur ;
- une amplitude mesurée au goniomètre ;
- un test de force ou un nombre de répétitions ;
- le Five Times Sit-to-Stand ;
- le Timed Up and Go ;
- un test de marche ;
- un questionnaire spécifique, comme le QuickDASH, le KOOS, le LEFS ou l’Oswestry Disability Index ;
- une échelle fonctionnelle personnalisée, comme la Patient-Specific Functional Scale.
Il est préférable de retenir quelques mesures directement liées aux objectifs plutôt que de recueillir de nombreuses données qui ne seront jamais réévaluées. Les conditions de passation doivent être suffisamment similaires pour permettre une comparaison.
7. Formuler le diagnostic kinésithérapique
Le diagnostic kinésithérapique synthétise les informations significatives et hiérarchise les problèmes. Une formulation utile peut suivre cette logique :
Patient présentant [problème fonctionnel principal], associé à [déficiences ou facteurs modifiables], dans un contexte de [éléments personnels ou environnementaux], entraînant [limitations d’activité et restrictions de participation]. Aucun signe actuel ne justifie une réorientation urgente / présence de [signe] ayant motivé [conduite].
Cette formulation doit rester prudente. Elle distingue :
- les faits observés ;
- les hypothèses cliniques ;
- les facteurs probablement modifiables ;
- les éléments nécessitant une surveillance.
8. Fixer des objectifs partagés
Les objectifs doivent être compréhensibles, mesurables et associés à un délai raisonnable. Ils peuvent être organisés en court, moyen et long terme.
Exemples :
- passer de 5 à 10 levers de chaise sans appui en quatre semaines ;
- récupérer une flexion de genou compatible avec le vélo ;
- marcher quarante-cinq minutes avec des symptômes tolérables ;
- reprendre progressivement deux entraînements de course par semaine ;
- retrouver une capacité de travail au-dessus de la tête.
Le délai ne doit pas être présenté comme une promesse. Il dépend de l’évolution, de l’adhésion, des comorbidités et de la réponse à la charge.
9. Construire le plan de traitement
Le plan de soins précise les moyens retenus en lien avec les problèmes identifiés :
- éducation et explications ;
- gestion et progression de la charge ;
- exercices de mobilité, de force ou d’endurance ;
- exposition graduée aux activités redoutées ;
- travail fonctionnel ou spécifique au sport ;
- techniques manuelles lorsqu’elles apportent un bénéfice pertinent ;
- programme à domicile ;
- coordination avec le médecin ou d’autres professionnels.
Il est utile de préciser la fréquence envisagée, les critères de progression, les indicateurs de réponse et les critères de fin de prise en charge. Le nombre de séances ne doit pas être choisi automatiquement à partir du seul diagnostic.
Comment rédiger un BDK clair et utile ?
Un bon BDK doit pouvoir être relu rapidement plusieurs semaines plus tard. Une structure pratique comporte :
- Motif et contexte : demande, histoire, antécédents pertinents.
- Problèmes prioritaires du patient : activités et participation.
- Sécurité : drapeaux rouges, précautions, orientation éventuelle.
- Résultats significatifs : tests et mesures utiles.
- Diagnostic kinésithérapique : synthèse raisonnée.
- Objectifs partagés : résultats attendus et critères.
- Plan de soins : interventions, dosage et progression.
- Réévaluation : date ou étape prévue, indicateurs comparés.
La rédaction doit être factuelle. Des formulations comme « patient peu motivé » sont vagues et potentiellement stigmatisantes. Il vaut mieux écrire : « programme réalisé une fois au cours des sept derniers jours ; le patient rapporte un manque de temps et une augmentation des symptômes après la deuxième série ».
Exemple de BDK simplifié pour une douleur de genou
Motif : douleur antérieure du genou droit apparue progressivement depuis huit semaines après une augmentation du volume de course.
Activités limitées : descente des escaliers, course au-delà de vingt minutes et position assise prolongée. Objectif prioritaire : reprendre deux sorties de quarante-cinq minutes par semaine.
Sécurité : absence de traumatisme majeur, de blocage vrai, de fièvre, de gonflement important ou de déficit neurologique. Pas d’indication actuelle à une orientation urgente.
Examen : douleur reproduite au squat unipodal et à la descente d’une marche ; diminution de la tolérance du quadriceps droit ; mobilité de cheville légèrement réduite ; course récemment passée de 15 à 30 km par semaine. Pas d’épanchement clinique notable.
Mesures initiales : douleur maximale à la course 6/10 ; 8 squats unipodaux contrôlés à droite contre 15 à gauche ; score fonctionnel personnalisé de 3/10 pour courir quarante-cinq minutes.
Diagnostic kinésithérapique : limitation de la course et de la descente des escaliers associée à une faible tolérance du genou aux charges en flexion, dans un contexte d’augmentation rapide du volume d’entraînement. Les résultats actuels sont compatibles avec une douleur fémoro-patellaire, sans signe d’alerte identifié.
Objectifs : descendre deux étages avec une douleur inférieure ou égale à 2/10 ; réaliser 15 squats unipodaux contrôlés ; reprendre progressivement quarante-cinq minutes de course avec une réponse acceptable dans les vingt-quatre heures.
Plan : adaptation temporaire du volume de course, renforcement progressif du quadriceps et de la hanche, exposition graduée aux escaliers et à la course, programme à domicile court, réévaluation des mesures après trois à quatre semaines.
Cet exemple montre que la synthèse ne cherche pas à tout raconter. Elle fait ressortir les informations qui justifient les décisions.
Quand faut-il réévaluer le BDK ?
Le BDK est un document évolutif. Une réévaluation est pertinente :
- à une échéance planifiée ;
- après un nombre de séances correspondant aux règles de facturation ;
- lorsque l’évolution est différente de celle attendue ;
- lorsque de nouveaux symptômes apparaissent ;
- avant une reprise sportive ou professionnelle importante ;
- à la fin de la prise en charge.
L’Assurance Maladie précise que la facturation d’un nouveau BDK intervient à partir de la 30e séance, puis toutes les 20 séances supplémentaires pour la rééducation et la réadaptation fonctionnelle. Pour les conséquences des affections neurologiques et musculaires concernées, un nouveau bilan peut être facturé à partir de la 60e séance, puis toutes les 50 séances supplémentaires. Ces seuils de facturation ne remplacent pas les réévaluations cliniques nécessaires entre-temps.
Au 30 juillet 2026, le BDK est facturé :
- 10,7 AMK, soit 23,65 €, pour la rééducation et la réadaptation fonctionnelle ;
- 10,8 AMK, soit 23,87 €, pour la rééducation des conséquences de certaines affections neurologiques et musculaires.
Les règles conventionnelles pouvant évoluer, leur vérification sur Ameli reste nécessaire avant publication ou facturation.
Quelles sont les erreurs fréquentes dans un BDK ?
Faire une liste de tests sans synthèse
Des amplitudes, des tests spéciaux et des scores ne constituent pas un diagnostic. Le lecteur doit comprendre les liens entre les résultats, les limitations et le plan de soins.
Confondre diagnostic médical et diagnostic kinésithérapique
Écrire uniquement « lombalgie » ou « tendinopathie » ne précise ni le problème fonctionnel ni les facteurs ciblés par la rééducation.
Oublier les objectifs du patient
Un traitement centré uniquement sur une amplitude ou une douleur risque de manquer ce qui compte réellement : reprendre le travail, dormir, courir ou s’occuper de ses enfants.
Choisir trop d’indicateurs
Les données inutilisées alourdissent le dossier. Chaque mesure devrait aider à décider, suivre l’évolution ou communiquer.
Utiliser un modèle identique pour tous
Un canevas facilite la traçabilité, mais le bilan doit rester adapté au tableau clinique. Tous les patients lombalgiques n’ont pas besoin des mêmes tests.
Ne pas planifier la réévaluation
Sans date ni critère, il devient difficile de savoir si le traitement produit un changement significatif ou s’il faut modifier l’hypothèse.
Employer un langage trop affirmatif
Les tests cliniques produisent rarement une certitude absolue sur la structure douloureuse. Il est plus rigoureux de parler de résultats « compatibles avec » une hypothèse et de surveiller leur évolution.
Modèle de trame pour rédiger un BDK
Voici une trame concise à adapter :
Informations générales
- identité et date ;
- prescripteur et motif ;
- antécédents, traitements et examens pertinents.
Entretien
- histoire et comportement des symptômes ;
- activités limitées ;
- contexte personnel, professionnel et sportif ;
- attentes et objectifs.
Sécurité
- drapeaux rouges recherchés ;
- précautions et contre-indications ;
- orientation ou échange interprofessionnel.
Examen
- observations fonctionnelles ;
- déficiences pertinentes ;
- tests et mesures standardisés ;
- réponse aux mouvements ou à la charge.
Synthèse
- diagnostic kinésithérapique ;
- problèmes prioritaires ;
- facteurs favorables et obstacles ;
- pronostic fonctionnel prudent.
Projet de soins
- objectifs partagés ;
- interventions choisies ;
- programme à domicile ;
- critères de progression ;
- modalités et date de réévaluation.
À retenir
Un BDK utile ne se juge pas au nombre de cases remplies. Il doit rendre visible le raisonnement clinique : situation initiale, sécurité, problème fonctionnel, facteurs modifiables, objectifs, traitement et évolution.
La meilleure structure est celle qui permet au kinésithérapeute de prendre une décision, au patient de comprendre le projet et aux autres professionnels d’identifier rapidement les informations importantes. Un canevas standardisé peut faire gagner du temps, à condition de conserver une évaluation réellement individualisée.
Ressources associées
- Assurance Maladie. Le bilan diagnostic kinésithérapique au service de la pratique du masseur-kinésithérapeute — mise à jour du 1er octobre 2025.
- blank" rel="noopener noreferrer">Code de la santé publique, article R4321-2 — bilan, diagnostic kinésithérapique, objectifs et fiche de synthèse.
- Code de la santé publique, article L4321-1 — définition de la pratique de la masso-kinésithérapie.
- Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes. Quel document transmettre au médecin dans le cadre d’une prescription ?
- blank" rel="noopener noreferrer">Haute Autorité de santé. Le dossier du patient en masso-kinésithérapie
- blank" rel="noopener noreferrer">Haute Autorité de santé. Recommandations : dossier du patient en masso-kinésithérapie
- Organisation mondiale de la Santé. Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF)
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