Douleur au genou : traitement et exercices en kinésithérapie

La douleur au genou est un motif fréquent de consultation en kinésithérapie. Elle peut apparaître après un traumatisme, une hausse de la charge sportive ou une période d’inactivité.

Publié le 28 juillet 2026Mis à jour le 30 août 2026 15 min de lecture

La douleur au genou est un motif fréquent de consultation en kinésithérapie. Elle peut apparaître après un traumatisme, une hausse de la charge sportive ou une période d’inactivité. Elle peut aussi s’installer sans cause unique clairement identifiable.

Face à ce symptôme, le rôle du kinésithérapeute ne consiste pas seulement à localiser une structure douloureuse. Il faut rechercher les facteurs qui influencent la douleur, la fonction et la récupération. Le bilan doit donc intégrer les contraintes mécaniques, le contexte de vie, les objectifs et les croyances du patient.

Cet article propose une démarche concrète pour évaluer une douleur au genou, construire un programme d’exercices et accompagner la reprise des activités.

Comment définir une douleur au genou ?

La douleur au genou désigne une expérience douloureuse située autour de l’articulation fémoro-tibiale, de l’articulation fémoro-patellaire ou des tissus voisins. Elle peut être antérieure, médiale, latérale ou postérieure.

Cette localisation apporte des informations utiles. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, d’établir un diagnostic.

Une douleur antérieure peut évoquer une douleur fémoro-patellaire. Une douleur médiale peut être associée au compartiment fémoro-tibial interne, au ligament collatéral ou à certains tendons. Une douleur postérieure peut provenir de plusieurs tissus. Le contexte clinique reste donc essentiel.

La douleur n’est pas une mesure directe de l’état des tissus. Elle dépend aussi de nombreux facteurs :

  • la charge récente imposée au genou ;
  • la sensibilité du système nerveux ;
  • le sommeil et la fatigue ;
  • les expériences antérieures ;
  • la peur du mouvement ;
  • le stress ;
  • les attentes du patient ;
  • le contexte professionnel et sportif.

Cette lecture évite de réduire chaque douleur à une lésion isolée.

Quelles sont les causes fréquentes de douleur au genou ?

Une douleur au genou peut avoir plusieurs origines. Chez de nombreux patients, plusieurs facteurs sont présents en même temps.

La douleur fémoro-patellaire

La douleur fémoro-patellaire se situe le plus souvent autour ou derrière la patella. Elle est souvent aggravée par le squat, la course, les escaliers ou une position assise prolongée.

Son diagnostic est surtout clinique. La douleur reproduite lors d’une tâche qui charge l’articulation fémoro-patellaire constitue un élément important.

La prise en charge repose en général sur l’éducation, la gestion de la charge et les exercices. Un travail ciblant le genou et la hanche peut être proposé selon le bilan.

La gonarthrose

La gonarthrose correspond à une affection articulaire fréquente. Elle associe des changements structurels et des symptômes variables. La douleur, la raideur et la baisse de fonction sont les plaintes les plus courantes.

L’intensité des symptômes n’est pas toujours proportionnelle aux changements visibles sur une radiographie. Certains patients présentent des signes radiographiques marqués avec peu de douleur. D’autres sont très gênés malgré des changements plus limités.

L’exercice et l’activité physique occupent une place centrale dans la prise en charge. Le programme doit être progressif et compatible avec les préférences du patient.

Les symptômes méniscaux

Une douleur située sur l’interligne articulaire peut évoquer une atteinte méniscale. Cependant, les changements méniscaux sont fréquents chez les adultes sans douleur.

Un résultat d’imagerie ne suffit donc pas à expliquer les symptômes. Il doit être interprété avec l’histoire du patient, le mécanisme éventuel, les signes cliniques et les limitations fonctionnelles.

La présence d’un véritable blocage mécanique nécessite une attention particulière. Elle ne doit pas être confondue avec une simple raideur ou une appréhension.

La tendinopathie patellaire

La tendinopathie patellaire concerne surtout les sportifs exposés aux sauts, aux accélérations et aux changements de direction. La douleur est souvent localisée au pôle inférieur de la patella.

Elle apparaît en général lors des efforts qui sollicitent fortement l’appareil extenseur. Le traitement repose principalement sur une adaptation de la charge et un renforcement progressif.

Les lésions ligamentaires

Une douleur au genou peut aussi survenir après une entorse. Le mécanisme du traumatisme, la sensation d’instabilité, le gonflement et la capacité à poursuivre l’activité orientent le bilan.

Les tests ligamentaires apportent des informations utiles. Ils doivent être associés à l’anamnèse et au reste de l’examen.

Repérer les situations qui nécessitent un avis médical

La majorité des douleurs du genou peuvent bénéficier d’une prise en charge conservatrice. Certaines situations nécessitent toutefois un avis médical rapide.

Le kinésithérapeute doit être attentif à plusieurs signes :

  • traumatisme important avec incapacité à prendre appui ;
  • déformation visible ;
  • gonflement rapide et majeur après un traumatisme ;
  • genou réellement bloqué ;
  • douleur nocturne inhabituelle et non mécanique ;
  • fièvre, rougeur et chaleur articulaire ;
  • altération inexpliquée de l’état général ;
  • douleur ou gonflement du mollet avec suspicion vasculaire ;
  • perte neurologique récente ;
  • symptômes qui s’aggravent malgré une prise en charge adaptée.

Ces signes ne prouvent pas toujours la présence d’une pathologie grave. Ils modifient toutefois le niveau de prudence et la conduite à tenir.

Réaliser le bilan d’une douleur au genou

Le bilan doit permettre de répondre à trois questions : que peut faire le patient, qu’est-ce qui limite cette capacité et quels facteurs sont modifiables ?

Commencer par une anamnèse précise

L’entretien clinique oriente la suite de l’évaluation. Il aide aussi à comprendre ce que le patient attend de la rééducation.

Les questions peuvent porter sur :

  • le début et l’évolution des symptômes ;
  • un éventuel traumatisme ;
  • la localisation de la douleur ;
  • les activités aggravantes ;
  • les facteurs qui soulagent ;
  • les variations sur une journée ;
  • le gonflement ou l’instabilité ;
  • le niveau d’activité habituel ;
  • les changements récents d’entraînement ;
  • le travail et les contraintes quotidiennes ;
  • le sommeil et la récupération ;
  • les traitements déjà essayés ;
  • les objectifs du patient.

Il est aussi utile d’explorer les interprétations de la douleur. Un patient persuadé que son genou est « usé » peut réduire fortement son activité. Cette stratégie peut ensuite diminuer ses capacités physiques.

Observer les tâches importantes

Un test devient plus pertinent lorsqu’il reproduit une activité utile pour le patient. Selon son profil, le kinésithérapeute peut observer :

  • la marche ;
  • la montée et la descente des escaliers ;
  • le passage assis-debout ;
  • le squat ;
  • la fente ;
  • l’équilibre sur un membre ;
  • la course ;
  • le saut ;
  • la réception ;
  • le changement de direction.

L’objectif n’est pas de rechercher un mouvement parfaitement standardisé. Il est de comprendre la réponse du patient à la tâche.

Une variation du mouvement peut servir de test. Modifier la profondeur du squat, la vitesse ou l’inclinaison du tronc peut parfois réduire les symptômes. Cette réponse aide à adapter l’exercice.

Mesurer la fonction

Des mesures simples facilitent le suivi. Elles rendent aussi les progrès plus visibles pour le patient.

Le bilan peut inclure :

  • l’intensité de la douleur ;
  • l’amplitude articulaire ;
  • la force des extenseurs du genou ;
  • la force de la hanche ;
  • l’endurance musculaire ;
  • le nombre de levers de chaise ;
  • la tolérance aux escaliers ;
  • un test de saut chez le sportif ;
  • une échelle fonctionnelle spécifique au patient.

Une seule mesure ne résume jamais la situation. L’évolution de plusieurs indicateurs offre une lecture plus solide.

Pour structurer cette démarche, le bilan diagnostic kinésithérapique permet de relier les déficiences, les activités et les objectifs du patient.

L’imagerie est-elle toujours nécessaire ?

Une radiographie ou une IRM n’est pas systématiquement nécessaire devant une douleur au genou.

L’imagerie peut être pertinente lorsque le résultat est susceptible de modifier la conduite thérapeutique. Elle peut aussi être indiquée en cas de traumatisme important, de suspicion de fracture, de blocage mécanique ou d’évolution atypique.

À l’inverse, une imagerie réalisée sans indication claire peut compliquer la prise en charge. Elle révèle souvent des changements qui existent aussi chez des personnes sans douleur.

Le compte rendu doit donc être replacé dans le contexte clinique. Une anomalie structurelle n’est pas forcément la cause principale des symptômes. Elle ne définit pas non plus, à elle seule, le pronostic.

Le kinésithérapeute peut expliquer cette nuance sans nier la réalité de la douleur. Le message peut être simple : l’image décrit une partie de la situation, mais la fonction et la réponse à la charge apportent d’autres informations essentielles.

Pourquoi l’exercice est central dans le traitement de la douleur au genou

L’exercice thérapeutique vise à améliorer la capacité du patient à tolérer les contraintes de sa vie quotidienne, de son travail ou de son sport.

Il peut agir sur plusieurs dimensions :

  • la force ;
  • l’endurance ;
  • la mobilité ;
  • la coordination ;
  • la confiance dans le mouvement ;
  • la tolérance à la charge ;
  • la participation aux activités.

Dans la gonarthrose, les données soutiennent l’exercice pour réduire la douleur et améliorer la fonction. Les effets moyens restent variables. Le programme doit donc être ajusté à chaque patient.

Pour la douleur fémoro-patellaire, les recommandations cliniques soutiennent notamment les exercices ciblant le genou, seuls ou associés à un travail de hanche.

Le choix d’un exercice dépend moins de son nom que de sa fonction. Il faut savoir pourquoi il est utilisé, comment il est dosé et comment il évoluera.

Choisir les exercices en fonction du patient

Il n’existe pas un programme unique valable pour toutes les douleurs du genou. Une prescription pertinente tient compte des capacités initiales, des objectifs et de l’irritabilité des symptômes.

Restaurer la force du quadriceps

Le quadriceps contribue à de nombreuses activités. Sa force peut diminuer après une période douloureuse, un traumatisme ou une réduction de l’activité.

Les exercices possibles comprennent :

  • l’extension du genou contre résistance ;
  • le squat adapté ;
  • la presse à cuisses ;
  • le lever de chaise ;
  • la fente ;
  • la montée sur marche.

Les exercices en chaîne ouverte et en chaîne fermée peuvent tous être utiles. Le choix dépend de la tolérance, du matériel et de l’objectif.

Renforcer la hanche lorsque cela est pertinent

Un travail de la hanche peut compléter les exercices du genou. Il peut inclure les abducteurs, les extenseurs et les rotateurs.

Ces exercices ne doivent pas être justifiés par l’idée simpliste qu’une hanche « faible » serait toujours la cause de la douleur. Ils représentent un moyen d’augmenter les capacités du membre inférieur.

Le programme peut inclure :

  • un pont unilatéral ;
  • une abduction de hanche ;
  • une marche latérale avec résistance ;
  • un soulevé de terre adapté ;
  • une fente multidirectionnelle.

Développer la tolérance aux tâches fonctionnelles

Le renforcement isolé ne suffit pas toujours. Le patient doit aussi pratiquer les activités qu’il souhaite retrouver.

La progression peut aller :

  • du squat partiel au squat plus profond ;
  • de la marche à la course ;
  • d’une montée de marche basse à une marche haute ;
  • d’un saut bilatéral à un saut unilatéral ;
  • d’un déplacement linéaire à un changement de direction.

Cette approche améliore le transfert vers la vie réelle.

Comment doser les exercices ?

Le dosage doit produire une stimulation suffisante sans provoquer une aggravation durable.

Pour débuter, le kinésithérapeute peut choisir quelques exercices simples. Une séance peut comporter deux à quatre mouvements. La charge est ensuite adaptée selon la réponse clinique.

Plusieurs variables peuvent être modifiées :

  • le nombre de répétitions ;
  • le nombre de séries ;
  • la résistance ;
  • l’amplitude ;
  • la vitesse ;
  • la fréquence ;
  • le temps de repos ;
  • la complexité de la tâche.

Une progression ne signifie pas toujours ajouter du poids. Il est aussi possible d’augmenter l’amplitude, la durée ou la précision.

La régularité compte beaucoup. Un programme parfait sur le papier reste peu utile s’il n’est pas réalisé. Il vaut donc mieux construire une stratégie compatible avec le quotidien du patient.

Pour approfondir ces principes, consultez notre guide sur l’exercice thérapeutique en kinésithérapie.

Peut-on faire des exercices avec une douleur au genou ?

Une douleur légère pendant un exercice n’indique pas forcément que le mouvement est dangereux. Une absence totale de douleur n’est donc pas toujours nécessaire.

La réponse doit être interprétée selon plusieurs critères :

  • l’intensité reste-t-elle acceptable pour le patient ?
  • la technique reste-t-elle contrôlée ?
  • la douleur diminue-t-elle après l’exercice ?
  • les symptômes reviennent-ils au niveau habituel ?
  • la fonction est-elle stable le lendemain ?
  • la confiance du patient progresse-t-elle ?

Si la douleur augmente fortement ou persiste, le programme doit être ajusté. Le kinésithérapeute peut réduire la charge, l’amplitude, le volume ou la fréquence.

Un modèle de suivi simple consiste à observer la réponse pendant la séance, quelques heures après et le lendemain. Il ne s’agit pas d’une règle universelle. C’est un outil de décision partagé.

Gérer la charge sans imposer un repos complet

Une hausse rapide de la charge précède souvent certains épisodes douloureux. Le patient a parfois augmenté la course, les sauts, les escaliers ou le volume d’entraînement.

La première étape consiste à identifier ce changement. La deuxième vise à trouver une dose temporairement mieux tolérée.

Cette adaptation peut prendre plusieurs formes :

  • réduire le volume pendant quelques jours ;
  • espacer les séances exigeantes ;
  • remplacer une partie de la course par du vélo ;
  • limiter provisoirement les sauts ;
  • conserver les activités bien tolérées ;
  • augmenter progressivement la charge.

Le repos complet est rarement la seule option. Il peut diminuer les symptômes à court terme, mais aussi réduire les capacités. L’objectif est plutôt de maintenir un niveau d’activité adapté.

Cette stratégie rejoint les principes de prise en charge de la douleur chronique en kinésithérapie, lorsque les symptômes persistent et influencent plusieurs dimensions de la vie.

Quelle place pour les techniques passives ?

Les mobilisations, le taping ou certaines techniques manuelles peuvent parfois soulager les symptômes à court terme. Elles peuvent faciliter la reprise du mouvement chez certains patients.

Leur effet doit être réévalué. Une technique est surtout utile si elle aide le patient à bouger, à réaliser ses exercices ou à reprendre une activité importante.

Elle ne devrait pas devenir le seul traitement. Une prise en charge exclusivement passive risque de limiter l’autonomie du patient.

Le discours associé compte également. Il vaut mieux présenter la technique comme une aide temporaire que comme une correction indispensable d’un défaut corporel.

Exemple de progression clinique

Un coureur consulte pour une douleur antérieure du genou apparue après une forte hausse de son kilométrage. Les escaliers et les squats sont douloureux. Aucun signe d’alerte n’est retrouvé.

Le bilan montre une baisse de tolérance au squat unilatéral et une force réduite du quadriceps. La course lente reste possible sur une courte durée.

La prise en charge peut débuter par :

  • une réduction temporaire du volume de course ;
  • le maintien de sorties courtes bien tolérées ;
  • un exercice d’extension du genou ;
  • un squat adapté ;
  • un exercice de hanche ;
  • une information sur la douleur et la charge.

La progression repose ensuite sur la réponse du patient. Le volume de course augmente peu à peu. Des exercices plus rapides sont ajoutés. Puis viennent les sauts et les changements d’allure.

La réussite ne dépend pas uniquement de la disparition immédiate de la douleur. Elle dépend aussi du retour de la fonction, de la confiance et de la capacité à gérer les futures variations de charge.

Les erreurs fréquentes dans la prise en charge

Plusieurs erreurs peuvent ralentir la récupération.

Chercher une structure responsable à tout prix

Une structure peut contribuer aux symptômes. Pourtant, la douleur ne se résume pas toujours à cette structure. Une conclusion trop précise, fondée sur un seul test, crée une fausse certitude.

Interdire durablement les mouvements douloureux

Une adaptation temporaire peut être utile. Une interdiction prolongée risque en revanche d’augmenter la peur et de réduire les capacités.

Prescrire trop d’exercices

Un programme long peut décourager le patient. Quelques exercices bien choisis sont souvent plus simples à intégrer et à faire progresser.

Modifier le programme à chaque séance

La variété peut être intéressante. Cependant, un changement permanent empêche parfois d’évaluer la réponse à une intervention. Il faut laisser le temps à la progression.

Se concentrer uniquement sur la douleur

La douleur fluctue. La force, la fonction, le sommeil, la confiance et la participation doivent aussi être suivis.

Promettre une correction parfaite

Le patient n’a pas besoin d’un mouvement identique à un modèle théorique. Il a surtout besoin de solutions efficaces, adaptables et compatibles avec ses objectifs.

Les points clés à retenir

La douleur au genou ne correspond pas automatiquement à une lésion grave. Son évaluation repose sur l’histoire clinique, la fonction, l’examen et la réponse à la charge.

Le kinésithérapeute doit retenir que :

  • la localisation seule ne suffit pas au diagnostic ;
  • l’imagerie n’est pas toujours nécessaire ;
  • les signes d’alerte doivent être recherchés ;
  • l’exercice constitue souvent une intervention centrale ;
  • la charge doit être adaptée, puis augmentée ;
  • une douleur légère pendant l’exercice peut parfois être acceptable ;
  • les techniques passives restent des aides complémentaires ;
  • les objectifs du patient guident la progression ;
  • les résultats doivent être évalués avec plusieurs indicateurs.

Une bonne prise en charge vise l’autonomie. Le patient doit comprendre ses symptômes, reprendre confiance et disposer d’outils pour gérer son activité.

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