Comment réaliser un bilan kiné après une entorse de cheville ?
L’entorse latérale de cheville est une blessure fréquente chez le sportif comme dans la population générale. Pourtant, son bilan ne doit pas se limiter à rechercher une douleur ligamentaire ou à
L’entorse latérale de cheville est une blessure fréquente chez le sportif comme dans la population générale. Pourtant, son bilan ne doit pas se limiter à rechercher une douleur ligamentaire ou à mesurer l’œdème.
Une évaluation complète permet d’écarter une fracture ou une lésion associée, d’estimer les limitations fonctionnelles et de construire une rééducation adaptée. Elle aide également à réduire le risque de récidive et d’instabilité chronique.
Depuis 2025, la Haute Autorité de santé recommande une prise en charge précoce, active et individualisée de l’entorse du ligament collatéral latéral. Voici comment structurer concrètement le bilan kiné d’une entorse de cheville.
Quels sont les objectifs du bilan d’une entorse de cheville ?
Le bilan initial doit permettre de répondre à plusieurs questions :
- le patient peut-il bénéficier d’une prise en charge kinésithérapique ?
- existe-t-il une suspicion de fracture ou de lésion associée ?
- quels ligaments et mouvements semblent concernés ?
- quelle est l’importance de la douleur et de l’œdème ?
- quelles activités sont actuellement limitées ?
- le patient peut-il marcher et prendre appui ?
- quelles capacités devront être restaurées ?
- quels critères permettront de suivre la progression ?
- quelles sont les exigences professionnelles ou sportives du patient ?
L’objectif n’est pas uniquement de donner un grade à l’entorse. Il faut comprendre ses conséquences sur la personne et déterminer les facteurs modifiables.
Le bilan doit ensuite être répété. Une évaluation réalisée seulement lors de la première séance ne permet pas d’ajuster précisément la progression.
Commencer par l’histoire du traumatisme
L’anamnèse oriente une grande partie de l’examen clinique. Le kinésithérapeute doit demander au patient de décrire précisément les circonstances de la blessure.
Les informations importantes comprennent :
- la date et l’heure du traumatisme ;
- le mécanisme de torsion ;
- la position du pied au moment de l’accident ;
- la présence d’un contact avec un adversaire ;
- la perception d’un craquement ;
- la possibilité de poursuivre immédiatement l’activité ;
- la capacité à marcher après le traumatisme ;
- la vitesse d’apparition du gonflement ;
- la localisation initiale de la douleur ;
- les soins déjà réalisés ;
- les résultats d’une éventuelle imagerie ;
- les antécédents d’entorse ;
- l’existence d’une instabilité antérieure.
Un traumatisme en inversion et flexion plantaire évoque fréquemment une atteinte du ligament collatéral latéral. Cependant, le mécanisme seul ne permet pas de confirmer le diagnostic.
Une rotation externe, une douleur plus haute entre le tibia et la fibula ou une difficulté importante lors de la propulsion peuvent orienter vers une atteinte de la syndesmose.
Le contexte doit également être pris en compte. Les contraintes ne sont pas identiques pour un coureur, un footballeur, un travailleur en hauteur ou une personne peu active.
Rechercher une fracture avec les règles d’Ottawa
Après une torsion de cheville, la première priorité est de ne pas méconnaître une fracture.
Les règles d’Ottawa constituent un outil d’aide à la décision. Elles peuvent orienter vers la nécessité d’une radiographie après un traumatisme aigu.
Une radiographie de cheville est notamment à envisager lorsque le patient présente une douleur dans la zone malléolaire associée à au moins l’un des éléments suivants :
- douleur à la palpation du bord postérieur ou de la pointe de la malléole latérale ;
- douleur à la palpation du bord postérieur ou de la pointe de la malléole médiale ;
- incapacité à réaliser quatre pas immédiatement après le traumatisme et lors de l’évaluation.
Pour le médio-pied, l’évaluation recherche notamment :
- une douleur à la base du cinquième métatarsien ;
- une douleur sur l’os naviculaire ;
- une incapacité à réaliser quatre pas.
Ces règles sont principalement conçues pour limiter le risque de méconnaître une fracture. Elles ne permettent pas de diagnostiquer une entorse, ni d’exclure toutes les autres lésions.
Leur interprétation dépend également de la population, du délai après le traumatisme et du contexte clinique. Une étude systématique récente confirme surtout leur intérêt pour exclure une fracture lorsqu’elles sont correctement appliquées.
Identifier les signes nécessitant une orientation médicale
Même si les critères d’Ottawa sont négatifs, le kinésithérapeute doit rechercher d’autres éléments inhabituels.
Un avis médical peut être nécessaire en présence de :
- déformation de la cheville ou du pied ;
- douleur osseuse très localisée ;
- impossibilité persistante de prendre appui ;
- douleur disproportionnée ;
- perte de sensibilité ou de motricité ;
- pied froid, pâle ou cyanosé ;
- gonflement rapidement croissant ;
- douleur importante au niveau de la syndesmose ;
- douleur postérieure avec suspicion de lésion du tendon d’Achille ;
- douleur à la base du cinquième métatarsien ;
- douleur du médio-pied évoquant une lésion de Lisfranc ;
- douleur ou gonflement inhabituel du mollet ;
- aggravation malgré une évolution initialement favorable ;
- absence d’amélioration fonctionnelle ;
- fièvre, rougeur ou chaleur inexpliquée.
Une entorse peut masquer une autre lésion. Le diagnostic différentiel doit notamment considérer les fractures, les lésions ostéochondrales, les atteintes tendineuses et les entorses de la syndesmose.
Observer la cheville et mesurer l’œdème
L’inspection apporte des informations utiles sur la phase d’évolution.
Le kinésithérapeute observe :
- la localisation de l’œdème ;
- la présence d’un hématome ;
- la couleur et l’état de la peau ;
- la position spontanée du pied ;
- la capacité à charger le membre ;
- les éventuelles déformations ;
- les différences avec le côté opposé.
L’importance visuelle de l’œdème ne suffit pas à estimer la gravité de la lésion. Il peut toutefois limiter la mobilité, la marche et la tolérance à l’appui.
La mesure en huit autour de la cheville peut être utilisée pour objectiver son évolution. Le protocole doit rester identique à chaque évaluation.
La périmétrie ou la volumétrie sont également possibles. L’essentiel est de choisir une mesure suffisamment reproductible.
Palper les structures pertinentes
La palpation doit être guidée par l’histoire et par la localisation des symptômes. Elle ne consiste pas à rechercher une douleur sur toutes les structures de la cheville.
Pour une entorse latérale, le kinésithérapeute peut notamment examiner :
- le ligament talo-fibulaire antérieur ;
- le ligament calcanéo-fibulaire ;
- le ligament talo-fibulaire postérieur ;
- les malléoles ;
- la base du cinquième métatarsien ;
- l’os naviculaire ;
- la syndesmose tibio-fibulaire ;
- les tendons fibulaires ;
- le tendon d’Achille ;
- les structures médiales de la cheville.
Le ligament talo-fibulaire antérieur est fréquemment atteint lors d’une entorse latérale. Une douleur à sa palpation soutient l’hypothèse clinique, mais ne permet pas à elle seule de déterminer la gravité de l’entorse.
La palpation doit aussi rechercher une douleur située en dehors de la zone ligamentaire habituelle. Une localisation atypique peut conduire à approfondir l’examen ou à réorienter le patient.
Évaluer la douleur et son comportement
L’intensité de la douleur peut être mesurée avec une échelle numérique. Il faut cependant aller au-delà d’une simple note sur dix.
L’évaluation peut préciser :
- la douleur au repos ;
- la douleur à la marche ;
- la douleur dans les escaliers ;
- la douleur pendant les exercices ;
- la durée des symptômes après l’activité ;
- les variations au cours de la journée ;
- les douleurs nocturnes ;
- le retentissement sur le sommeil ;
- la confiance lors de la mise en charge ;
- la peur d’une nouvelle entorse.
La réaction après une activité est particulièrement importante. Une douleur qui revient rapidement à son niveau habituel n’a pas la même signification qu’une aggravation durable accompagnée d’un nouvel œdème.
Le vécu du patient doit aussi être exploré. Une personne ayant connu plusieurs récidives peut manquer de confiance, même si ses capacités physiques sont satisfaisantes.
Tester la mobilité de la cheville
La mobilité peut être limitée par la douleur, l’œdème, la raideur ou l’appréhension.
Le bilan peut inclure :
- la flexion dorsale ;
- la flexion plantaire ;
- l’inversion ;
- l’éversion ;
- la mobilité des articulations du pied ;
- la mobilité de l’hallux lorsque la marche ou la course est évaluée.
Les amplitudes actives sont testées en premier lorsque la situation le permet. Elles renseignent sur la capacité du patient à contrôler le mouvement.
Les amplitudes passives complètent l’examen. Elles doivent être évaluées avec prudence pendant la phase aiguë afin de ne pas imposer une contrainte excessive aux tissus sensibilisés.
Le Weight-Bearing Lunge Test
Le Weight-Bearing Lunge Test permet d’évaluer la flexion dorsale de cheville en charge.
Le patient avance le genou vers le mur tout en gardant le talon au sol. La distance entre le pied et le mur, ou l’angle du tibia, peut être mesurée.
Ce test présente plusieurs intérêts :
- il est simple à reproduire ;
- il se rapproche d’une situation fonctionnelle ;
- il permet une comparaison entre les côtés ;
- il aide à suivre l’évolution ;
- il peut guider certains exercices de mobilité.
La différence entre les côtés ne doit pas être interprétée isolément. Elle doit être mise en relation avec la douleur, la fonction et les exigences du patient.
Examiner la stabilité ligamentaire
Les tests ligamentaires peuvent aider à évaluer la laxité et à préciser l’hypothèse clinique.
Les principaux tests comprennent :
- le tiroir antérieur de cheville ;
- le talar tilt ou test d’inclinaison du talus ;
- les tests de la syndesmose lorsque celle-ci est suspectée.
Le tiroir antérieur vise principalement à évaluer le ligament talo-fibulaire antérieur. Le talar tilt sollicite davantage le ligament calcanéo-fibulaire selon la position utilisée.
Le résultat dépend du délai depuis le traumatisme. Dans les premières heures, la douleur, la défense et l’œdème peuvent rendre l’interprétation difficile.
Une réévaluation différée peut être plus informative. Les recommandations françaises de 2025 soulignent ainsi l’importance d’évaluations répétées plutôt que d’une conclusion définitive immédiatement après le traumatisme.
Une laxité mécanique ne signifie pas automatiquement que le patient présentera une instabilité fonctionnelle. Inversement, une personne peut se sentir instable sans laxité majeure.
Mesurer la force musculaire
L’entorse peut entraîner une diminution de la force, de l’endurance ou de la capacité à produire rapidement une force.
Le bilan peut examiner :
- les fibulaires ;
- le triceps sural ;
- les inverseurs ;
- les fléchisseurs dorsaux ;
- les muscles proximaux du membre inférieur ;
- la force de la hanche lorsque cela est pertinent.
Une évaluation manuelle peut être utilisée en phase initiale. La dynamométrie apporte une mesure plus objective lorsque le matériel est disponible.
Le test d’élévation sur la pointe du pied
Le single-leg heel raise permet d’évaluer la force-endurance du triceps sural.
Le patient réalise des montées répétées sur la pointe d’un seul pied, avec une hauteur et un rythme aussi constants que possible.
Le kinésithérapeute peut relever :
- le nombre de répétitions ;
- la hauteur atteinte ;
- la qualité du contrôle ;
- l’apparition de la douleur ;
- la fatigue ;
- la différence entre les côtés.
Ce test devient particulièrement utile lorsque le patient souhaite reprendre la course ou un sport comportant des accélérations et des sauts.
La force maximale ne représente pas toute la fonction. La vitesse de production de force et l’endurance peuvent également devenir déterminantes.
Évaluer l’équilibre et le contrôle postural
Une entorse latérale peut perturber le contrôle postural. Les déficits d’équilibre peuvent également participer au risque de récidive.
Le bilan progresse selon les capacités du patient :
- appui bipodal ;
- appui unipodal ;
- appui unipodal avec mouvements de tête ;
- appui sur une surface instable ;
- tâche avec perturbation extérieure ;
- exercice avec ballon ;
- réception et stabilisation après un saut.
Le maintien unipodal chronométré constitue une première mesure simple. Il peut être réalisé yeux ouverts, puis éventuellement yeux fermés.
Le Star Excursion Balance Test ou le Y-Balance Test permet une évaluation plus exigeante. Le patient doit maintenir son équilibre sur un membre tout en atteignant différentes directions avec l’autre pied.
Il faut observer la distance atteinte, mais aussi la stratégie employée, les pertes d’équilibre et la confiance.
Ces tests sont utiles pour construire la rééducation. Ils ne doivent pas devenir une recherche systématique de mouvements prétendument parfaits.
Analyser la marche
La capacité à marcher constitue un indicateur central pendant la phase initiale.
Le kinésithérapeute observe :
- la possibilité de prendre appui ;
- la longueur des pas ;
- la vitesse ;
- le déroulement du pied ;
- la propulsion ;
- le temps passé sur le membre blessé ;
- l’utilisation d’une aide technique ;
- la douleur pendant et après la marche.
Une boiterie peut être temporairement acceptable. Cependant, une stratégie très asymétrique qui persiste peut justifier une adaptation de la charge ou l’utilisation transitoire de béquilles.
Le retour à une marche fonctionnelle ne dépend pas uniquement de la disparition de la douleur. Il repose aussi sur la récupération de la mobilité, de la force et de la confiance.
Tester les capacités fonctionnelles
À mesure que l’état du patient le permet, le bilan doit se rapprocher des activités qu’il souhaite retrouver.
Les tests possibles comprennent :
- le squat ;
- la fente ;
- la descente d’une marche ;
- la montée sur la pointe du pied ;
- le saut bilatéral ;
- le saut unilatéral ;
- les sauts répétés ;
- les déplacements latéraux ;
- les accélérations ;
- les freinages ;
- les changements de direction.
Le choix dépend du niveau initial. Un test de saut n’est pas pertinent pour une personne qui ne peut pas encore marcher sans boiter.
La qualité du mouvement ne doit pas être la seule donnée observée. Il faut aussi relever :
- la douleur ;
- la performance ;
- la confiance ;
- la stabilité à la réception ;
- la réaction après le test ;
- la différence entre les membres ;
- la capacité à répéter l’effort.
Pour approfondir cette démarche, le bilan diagnostic kinésithérapique permet de relier les déficiences, les limitations d’activité et les objectifs du patient.
Utiliser des questionnaires adaptés
Les questionnaires complètent les mesures physiques. Ils permettent d’intégrer le point de vue du patient.
Plusieurs outils peuvent être utilisés :
- le Foot and Ankle Ability Measure ;
- le Foot and Ankle Disability Index ;
- le Cumberland Ankle Instability Tool ;
- une échelle fonctionnelle spécifique au patient ;
- une échelle de confiance dans la cheville.
Le Cumberland Ankle Instability Tool peut être pertinent lorsqu’une instabilité chronique est suspectée. Il explore notamment les sensations d’instabilité et les difficultés rencontrées pendant différentes activités.
Un questionnaire ne doit pas remplacer l’examen clinique. Il apporte une dimension supplémentaire au suivi.
Comment reconnaître une instabilité chronique de cheville ?
Certaines personnes conservent des symptômes après la phase aiguë ou présentent plusieurs récidives.
L’instabilité chronique peut associer :
- des épisodes répétés de cheville qui « lâche » ;
- un manque de confiance ;
- des entorses récidivantes ;
- une douleur persistante ;
- un déficit de mobilité ;
- une baisse de force ;
- une altération du contrôle postural ;
- des difficultés lors des sauts et changements de direction ;
- une réduction de la participation sportive.
Elle ne correspond pas uniquement à une laxité ligamentaire. Des dimensions mécaniques, sensorimotrices, fonctionnelles et psychologiques peuvent intervenir.
Le bilan doit donc rester global. Renforcer uniquement les fibulaires ou proposer quelques exercices sur coussin instable ne suffit pas toujours.
Transformer le bilan en programme de rééducation
Les résultats de l’évaluation doivent conduire à un plan individualisé.
La prise en charge peut associer :
- une information sur la blessure et son évolution ;
- une protection adaptée pendant la phase initiale ;
- une remise en charge progressive ;
- des exercices de mobilité ;
- un renforcement musculaire ;
- un travail d’équilibre ;
- des tâches fonctionnelles ;
- des sauts et réceptions ;
- des changements de direction ;
- une préparation aux contraintes professionnelles ou sportives.
La Haute Autorité de santé recommande de commencer la rééducation précocement, idéalement pendant la première semaine, et de privilégier une prise en charge active. Elle recommande également d’associer les mobilisations de cheville à des exercices.
Le programme ne doit pas être organisé uniquement selon le nombre de jours écoulés. Deux patients évalués au même moment peuvent présenter des capacités très différentes.
La progression doit donc reposer sur des critères cliniques.
Exemple de progression après une entorse latérale
Un joueur de football consulte quatre jours après une entorse survenue lors d’un changement de direction. Les règles d’Ottawa ne suggèrent pas la nécessité d’une radiographie et aucun autre signe d’alerte n’est retrouvé.
Le patient marche avec une légère boiterie. Il présente un œdème latéral, une flexion dorsale limitée et une douleur lors de l’éversion résistée. L’appui unipodal reste difficile.
La première phase peut inclure :
- une adaptation temporaire de la marche ;
- une mobilisation active de la cheville ;
- une progression de la mise en charge ;
- des contractions musculaires adaptées ;
- un travail d’équilibre simple ;
- des conseils pour contrôler les réactions douloureuses.
Lorsque la marche devient plus confortable, le programme évolue vers :
- des élévations sur la pointe des pieds ;
- des exercices résistés ;
- des fentes ;
- un travail unipodal plus exigeant ;
- une reprise progressive de la course.
La dernière phase intègre ensuite :
- les accélérations ;
- les freinages ;
- les déplacements latéraux ;
- les sauts ;
- les réceptions ;
- les changements de direction ;
- les gestes spécifiques au football ;
- une exposition progressive à l’entraînement collectif.
Chaque étape dépend de la réponse du joueur, pas uniquement d’un calendrier théorique.
Quels critères utiliser pour la reprise du sport ?
La disparition de la douleur au repos ne suffit pas à autoriser une reprise complète.
Le cadre PAASS propose cinq domaines à considérer :
- Pain : douleur pendant le sport et au cours des dernières 24 heures ;
- Ankle impairments : mobilité, force, endurance et puissance ;
- Athlete perception : confiance, stabilité perçue et préparation psychologique ;
- Sensorimotor control : proprioception, équilibre et contrôle postural ;
- Sport and functional performance : sauts, agilité, gestes spécifiques et capacité à réaliser un entraînement complet.
Cette approche rappelle qu’aucun test isolé ne peut décider du retour au sport.
La reprise peut être progressive :
- course en ligne droite ;
- variations de vitesse ;
- freinages ;
- changements de direction planifiés ;
- gestes imprévus ;
- entraînement individuel ;
- entraînement collectif partiel ;
- séance complète ;
- reprise de la compétition.
Le patient doit être réévalué pendant cette progression. L’absence de réaction excessive dans les heures suivantes est aussi importante que la réussite immédiate du test.
Le score Ankle-GO peut-il aider ?
L’Ankle-GO est un score composite conçu pour aider à évaluer la fonction après une entorse latérale.
Il associe notamment :
- des tests d’équilibre ;
- des tests de saut ;
- des questionnaires sur la fonction ;
- la perception de stabilité ;
- la confiance du patient.
Son intérêt est de ne pas réduire la décision à une seule mesure. Des recherches récentes ont étudié son association avec le retour au sport et le risque d’évolution défavorable.
Il peut soutenir le raisonnement clinique, mais il ne remplace ni l’examen individuel ni l’analyse des exigences sportives.
Faut-il utiliser une chevillière ?
Une chevillière ou un strapping peut être utile dans certaines situations, notamment lors de la reprise d’activités exposant à une nouvelle entorse.
Cette protection ne doit pas être présentée comme un signe de fragilité permanente. Elle peut constituer un outil temporaire pendant que le patient récupère ses capacités.
Son utilisation dépend :
- du niveau de risque ;
- des antécédents de récidive ;
- du sport pratiqué ;
- de la confiance du patient ;
- de la phase de récupération ;
- du confort et de la tolérance.
La protection externe ne remplace pas la rééducation. Elle s’intègre à une stratégie comprenant le renforcement, le contrôle sensorimoteur et la reprise progressive des contraintes.
Les erreurs fréquentes lors du bilan
Donner un grade définitif dès les premières heures
La douleur, l’œdème et la défense peuvent limiter la fiabilité de certains tests. Une réévaluation est souvent nécessaire.
Se limiter à la cheville
La reprise de la marche, de la course ou du sport sollicite l’ensemble du membre inférieur. Le genou, la hanche et les capacités globales doivent être examinés selon le contexte.
Tester les sauts trop tôt
Le bilan doit respecter une progression. Une tâche complexe apporte peu d’informations si le patient ne tolère pas encore l’appui simple.
Évaluer uniquement la laxité
La stabilité fonctionnelle dépend aussi de la force, du contrôle postural, de la perception et de la confiance.
Attendre la disparition complète de la douleur
Une douleur légère et contrôlée peut parfois être compatible avec la progression. La réaction ultérieure doit guider l’adaptation.
Autoriser le sport selon un délai fixe
Le nombre de jours depuis la blessure ne suffit pas. La décision doit reposer sur plusieurs critères physiques, fonctionnels et psychologiques.
Arrêter la rééducation dès que la marche est normale
Le retour à la marche ne garantit pas que la cheville tolère les sauts, la fatigue ou les changements de direction.
Ce qu’il faut retenir
Le bilan kiné après une entorse de cheville doit être progressif, reproductible et orienté vers la fonction.
Les points essentiels sont les suivants :
- comprendre précisément le mécanisme du traumatisme ;
- rechercher une fracture et les lésions associées ;
- utiliser les règles d’Ottawa dans leur contexte ;
- mesurer la douleur, l’œdème et la mobilité ;
- évaluer la force et l’endurance ;
- examiner l’équilibre et le contrôle sensorimoteur ;
- analyser la marche et les activités importantes ;
- intégrer la perception et la confiance du patient ;
- répéter le bilan au cours de la rééducation ;
- utiliser plusieurs critères avant la reprise sportive.
Une bonne prise en charge ne vise pas uniquement la disparition des symptômes. Elle doit permettre au patient de retrouver ses activités et de mieux résister aux futures contraintes.
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Ressources associées
- Haute Autorité de santé. Entorse du ligament collatéral latéral de cheville : diagnostic, rééducation et reprise de l’activité physique et de la pratique sportive, 2025. blank" rel="noopener noreferrer">Consulter les recommandations de la HAS.
- Martin RL, et al. Ankle Stability and Movement Coordination Impairments: Lateral Ankle Ligament Sprains Revision 2021. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2021. Consulter les recommandations cliniques.
- Smith MD, et al. Return to sport decisions after an acute lateral ankle sprain injury: introducing the PAASS framework. British Journal of Sports Medicine, 2021. Consulter le consensus PAASS.
- Gomes YE, et al. Diagnostic accuracy of the Ottawa Ankle Rule to exclude fractures in acute ankle injuries: a systematic review and meta-analysis. BMC Musculoskeletal Disorders, 2022. Consulter l’étude.
- Picot B, et al. Ankle-GO score is associated with the probability of becoming copers after lateral ankle sprain. British Journal of Sports Medicine, 2024. Consulter l’étude.
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