Névralgie cervico-brachiale : quels tests réaliser ?

Devant une douleur cervicale irradiant dans le bras, aucun test isolé ne permet de confirmer une névralgie cervico-brachiale.

Publié le 29 juillet 2026Mis à jour le 30 août 2026 9 min de lecture

Devant une douleur cervicale irradiant dans le bras, aucun test isolé ne permet de confirmer une névralgie cervico-brachiale. Le bilan repose sur l’histoire clinique, l’examen neurologique, les mouvements cervicaux, les tests de provocation et de soulagement, ainsi que les tests neurodynamiques. La concordance de plusieurs résultats est plus utile que la recherche d’un test « parfait ».

Le terme névralgie cervico-brachiale décrit un symptôme. Lorsque la douleur et les signes neurologiques proviennent d’une atteinte d’une racine cervicale, on parle plus précisément de radiculopathie cervicale. Le kinésithérapeute doit reconnaître ce tableau, évaluer sa gravité et identifier les situations nécessitant une orientation médicale.

Qu’est-ce qu’une névralgie cervico-brachiale ?

La douleur part généralement du cou ou de la région scapulaire et irradie dans le membre supérieur. Elle peut s’accompagner de fourmillements, d’engourdissements, d’une faiblesse ou d’une modification des réflexes.

Une irritation radiculaire peut être liée à une hernie discale, à un rétrécissement foraminal dégénératif ou à plusieurs facteurs associés. La présence d’anomalies à l’imagerie n’établit pas à elle seule la cause : les constatations doivent correspondre au côté, au niveau et au tableau clinique.

Toutes les irradiations ne sont pas radiculaires. Une douleur référée cervicale, une atteinte d’épaule, une neuropathie du nerf médian ou ulnaire et certaines pathologies centrales peuvent produire des symptômes proches.

Quels éléments rechercher à l’interrogatoire ?

L’entretien précise :

  • début brutal ou progressif ;
  • localisation cervicale, scapulaire et brachiale ;
  • trajet de l’irradiation ;
  • paresthésies ;
  • perte de force ou de dextérité ;
  • positions aggravantes ;
  • effet des mouvements du cou ;
  • soulagement par la main posée sur la tête ;
  • toux ou efforts de poussée ;
  • troubles du sommeil ;
  • traumatisme récent ;
  • évolution depuis le début.

Il faut aussi rechercher les antécédents de cancer, infection, immunodépression, chirurgie cervicale, maladie inflammatoire et atteinte neurologique.

Quels drapeaux rouges rechercher ?

Avant les tests provocateurs, le kinésithérapeute recherche :

  • déficit moteur rapidement progressif ;
  • troubles de la marche ;
  • maladresse bilatérale des mains ;
  • hyperréflexie ou signes pyramidaux ;
  • troubles sphinctériens ;
  • douleur nocturne non mécanique ;
  • fièvre ou altération générale ;
  • traumatisme important ;
  • céphalée cervicale inhabituelle avec signes neurologiques ;
  • symptômes bilatéraux ou atteinte de plusieurs territoires.

Une suspicion de myélopathie cervicale nécessite un avis médical rapide. Une douleur thoracique, un essoufflement ou des signes cardiovasculaires doivent également faire interrompre le bilan musculosquelettique.

Comment réaliser l’examen neurologique ?

L’examen neurologique constitue le socle du bilan. Il compare les deux côtés et suit l’évolution.

Tester les myotomes

On peut notamment évaluer :

  • C5 : abduction d’épaule et flexion du coude ;
  • C6 : extension du poignet ;
  • C7 : extension du coude ;
  • C8 : flexion des doigts ;
  • T1 : abduction des doigts.

Une faiblesse doit être distinguée d’une inhibition par la douleur. La répétition, la dynamométrie et la comparaison aux tâches fonctionnelles peuvent aider.

Tester les réflexes

Les réflexes bicipital, stylo-radial et tricipital apportent des informations sur différents niveaux. Une diminution asymétrique peut soutenir l’hypothèse radiculaire. Des réflexes très vifs, diffus ou associés à un signe de Hoffmann orientent vers une atteinte centrale possible.

Tester la sensibilité

Le tact léger est comparé dans les territoires du membre supérieur. Les cartes dermatomériques varient d’une personne à l’autre : une distribution imparfaite n’exclut pas une radiculopathie.

L’examen neurologique ne sert pas seulement à poser une hypothèse. Il fournit des mesures de référence permettant de détecter une aggravation.

Quels mouvements cervicaux évaluer ?

Le patient réalise flexion, extension, rotations et inclinaisons. Le kinésithérapeute note l’amplitude, la douleur locale et l’effet sur les symptômes distaux.

Une périphérisation, avec descente de la douleur plus loin dans le bras, est différente d’une simple augmentation cervicale. Une centralisation, avec recul des symptômes vers le cou, peut guider le choix des mouvements thérapeutiques.

Une rotation cervicale inférieure à environ 60° du côté symptomatique fait partie du cluster historique de Wainner, mais ce seuil ne doit pas être utilisé seul.

Comment réaliser le test de Spurling ?

Le test de Spurling combine généralement extension, inclinaison et rotation vers le côté symptomatique, avec une compression axiale prudente. Il est positif lorsqu’il reproduit les symptômes radiculaires familiers dans le bras.

Une douleur uniquement cervicale ne constitue pas un résultat positif pertinent. Le test possède généralement une meilleure spécificité que sensibilité : un résultat positif concordant aide à renforcer l’hypothèse, tandis qu’un résultat négatif ne suffit pas à l’écarter.

Le test n’est pas approprié en présence d’un traumatisme non évalué, d’une instabilité suspectée, d’une myélopathie ou de signes vasculaires.

Quel intérêt pour le test de distraction cervicale ?

Le patient est allongé ou assis et le thérapeute applique une traction cervicale douce. Le test est positif lorsque les symptômes dans le bras diminuent nettement.

Comme le Spurling, la distraction est plutôt utile pour renforcer l’hypothèse lorsqu’elle produit une réponse concordante. Une sensation générale de confort n’est pas suffisante.

Le test peut également fournir une information thérapeutique : un soulagement transitoire suggère que certaines positions ou techniques de décharge pourraient être intégrées, sans conclure que la racine est mécaniquement « décoincée ».

Quels tests neurodynamiques utiliser ?

Les tests de mise en tension du membre supérieur évaluent la mécanосensibilité du système nerveux. L’ULTT1, souvent orienté vers le nerf médian, est le plus fréquemment étudié dans la radiculopathie cervicale.

Un test pertinent associe :

  • reproduction des symptômes familiers ;
  • différence entre les côtés ;
  • modification des symptômes lors d’une manœuvre de différenciation structurelle, par exemple l’inclinaison cervicale ;
  • cohérence avec le reste du bilan.

Une sensation d’étirement dans l’avant-bras ou la main est normale chez de nombreuses personnes. Le test n’est pas positif simplement parce que l’amplitude est limitée.

L’ULTT possède une sensibilité relativement élevée dans plusieurs études. Un résultat négatif peut donc contribuer à diminuer la probabilité d’une radiculopathie, sans l’exclure absolument.

Qu’est-ce que le cluster de Wainner ?

Le cluster classique associe :

  • Spurling positif ;
  • distraction cervicale positive ;
  • ULTT1 positif ;
  • rotation cervicale inférieure à 60° du côté atteint.

Plus le nombre de critères concordants augmente, plus la probabilité d’une radiculopathie cervicale s’élève dans la population étudiée. Ce cluster ne remplace pas l’examen neurologique et ne doit pas être appliqué comme une règle automatique à tous les patients.

Les estimations historiques de rapports de vraisemblance proviennent d’un échantillon spécifique. Elles doivent être utilisées comme une aide au raisonnement, pas comme une certitude mathématique.

Le signe d’abduction de l’épaule est-il utile ?

Le patient place la main du côté symptomatique sur sa tête. Une diminution de l’irradiation peut soutenir l’hypothèse radiculaire. Ce signe est souvent rapporté spontanément à l’interrogatoire.

Sa sensibilité est variable. Il complète le faisceau d’arguments, mais ne confirme pas le diagnostic.

Comment différencier une radiculopathie d’une douleur d’épaule ?

Une atteinte d’épaule provoque souvent une douleur lors des mouvements actifs ou résistés de l’articulation, avec une relation moins nette aux mouvements cervicaux. Cependant, les deux problèmes peuvent coexister.

L’examen compare :

  • amplitude active et passive d’épaule ;
  • tests résistés ;
  • effet des mouvements cervicaux ;
  • examen neurologique ;
  • trajet de la douleur ;
  • réponse aux tests de distraction et neurodynamiques.

L’arm squeeze test a été proposé pour différencier douleur cervicale et douleur d’épaule, mais il ne remplace pas un bilan complet. Pour approfondir l’évaluation locale, consulter quels tests faire pour une douleur à l’épaule.

Quels autres diagnostics différentiels envisager ?

Il faut considérer :

  • syndrome du canal carpien ;
  • neuropathie ulnaire ;
  • syndrome du défilé thoraco-brachial ;
  • plexopathie brachiale ;
  • tendinopathie de la coiffe ;
  • capsulite rétractile ;
  • douleur myofasciale ;
  • neuropathie périphérique ;
  • atteinte médullaire ;
  • pathologie cardiaque ou pulmonaire.

Une distribution des symptômes dans la main ne permet pas toujours de distinguer racine et nerf périphérique. La force, les réflexes, les tests spécifiques et l’évolution sont essentiels.

L’IRM est-elle nécessaire ?

L’imagerie n’est généralement pas indispensable lors d’un tableau non compliqué en début d’évolution. Elle devient pertinente devant un déficit progressif, des signes de myélopathie, un traumatisme, des drapeaux rouges, une évolution défavorable ou lorsqu’un traitement invasif est envisagé.

Les anomalies dégénératives cervicales sont fréquentes sans symptômes. L’IRM doit répondre à une question clinique et être interprétée avec l’examen.

Quelle prise en charge proposer après le bilan ?

La majorité des patients sans signe de gravité bénéficie d’une prise en charge conservatrice :

  • explications rassurantes mais précises ;
  • maintien des activités tolérées ;
  • adaptation temporaire des positions provocatrices ;
  • exercices cervicaux et scapulaires ;
  • renforcement progressif ;
  • mobilisations neurodynamiques dosées ;
  • thérapie manuelle en complément ;
  • exposition graduée aux tâches professionnelles et sportives.

Les mouvements sont choisis selon la réponse individuelle. Un exercice qui centralise les symptômes peut être utile, tandis qu’un mouvement qui augmente durablement les paresthésies doit être modifié.

Comment surveiller l’évolution ?

À chaque réévaluation, documenter :

  • intensité et étendue de la douleur ;
  • paresthésies ;
  • force myotomale ;
  • réflexes si nécessaire ;
  • sensibilité ;
  • sommeil ;
  • capacité de travail ;
  • tolérance aux exercices.

Une douleur encore présente n’est pas forcément inquiétante si la fonction et les signes neurologiques s’améliorent. À l’inverse, une faiblesse qui progresse exige une réorientation même si la douleur diminue.

À retenir

La névralgie cervico-brachiale se teste par un faisceau d’arguments. Le Spurling et la distraction aident surtout à renforcer l’hypothèse ; l’ULTT contribue davantage à la diminuer lorsqu’il est négatif. L’examen neurologique, les drapeaux rouges et la recherche d’une myélopathie restent prioritaires. Le cluster de Wainner est utile, mais ne remplace jamais le raisonnement clinique.

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