Syndrome fémoro-patellaire : quels exercices prescrire en kinésithérapie ?

Le syndrome fémoro-patellaire, aujourd’hui souvent appelé douleur fémoro-patellaire, se manifeste généralement par une douleur autour ou derrière la patella lors du squat, des escaliers, de la course

Publié le 29 juillet 2026Mis à jour le 19 septembre 2026 6 min de lecture

Le syndrome fémoro-patellaire, aujourd’hui souvent appelé douleur fémoro-patellaire, se manifeste généralement par une douleur autour ou derrière la patella lors du squat, des escaliers, de la course, des sauts ou d’une position assise prolongée. La prise en charge ne repose pas sur la correction d’un défaut unique : elle associe éducation, adaptation temporaire des charges et exercices progressifs ciblant principalement le genou, complétés selon le bilan par un travail de hanche.

Comment confirmer l’hypothèse clinique ?

Le diagnostic est avant tout clinique. Une douleur rétropatellaire ou péripatellaire reproduite par une activité chargeant l’articulation en flexion est compatible avec une douleur fémoro-patellaire. Le squat constitue une tâche de provocation utile, mais aucun test isolé ne confirme à lui seul le diagnostic.

Le bilan doit préciser :

  • l’évolution et l’irritabilité des symptômes ;
  • une éventuelle augmentation récente de course, de sauts ou de dénivelé ;
  • la douleur au squat, aux escaliers et à la course ;
  • la force et la capacité du quadriceps ;
  • la force et le contrôle de la hanche ;
  • la mobilité de cheville et du pied lorsque cela semble pertinent ;
  • les objectifs du patient.

Il faut rechercher une autre origine devant un traumatisme important, un épanchement marqué, un blocage mécanique, une instabilité franche, une douleur nocturne inhabituelle, de la fièvre ou une incapacité à prendre appui.

Quels sont les principes du traitement ?

Le guide de bonnes pratiques publié dans le British Journal of Sports Medicine en 2024 place l’éducation et les exercices ciblant le genou au cœur du traitement. Des exercices de hanche, des orthèses plantaires préfabriquées, un taping, une rééducation de la course ou une thérapie manuelle peuvent compléter cette base lorsque le bilan le justifie.

La prescription doit donc :

  1. partir d’une charge tolérable ;
  2. entraîner le quadriceps dans plusieurs amplitudes ;
  3. développer la capacité de la hanche si elle est déficitaire ;
  4. progresser vers les activités réellement douloureuses ;
  5. intégrer la gestion du volume sportif.

Exercice 1 : extension du genou en chaîne ouverte

L’extension du genou assise permet de charger directement le quadriceps avec une résistance facilement mesurable.

Comment la doser ?

  • commencer dans une amplitude confortable ;
  • réaliser 3 à 4 séries de 6 à 15 répétitions ;
  • augmenter progressivement la résistance ;
  • ralentir le mouvement si le matériel disponible est limité.

Une douleur légère peut être acceptable si elle reste stable et ne provoque pas d’aggravation durable. Il n’est pas nécessaire d’exclure systématiquement la chaîne ouverte : l’amplitude et la charge doivent simplement être adaptées.

Exercice 2 : squat ou presse

Le squat, la presse et leurs variantes chargent le quadriceps en chaîne fermée et préparent aux tâches quotidiennes.

Progression possible

  1. assis-debout depuis une chaise haute ;
  2. squat partiel ;
  3. squat plus profond ;
  4. squat chargé ;
  5. presse unilatérale ;
  6. variantes plus rapides.

Lorsque la flexion profonde est très symptomatique, réduire temporairement l’amplitude permet souvent de maintenir une dose d’entraînement utile. L’amplitude est ensuite réintroduite progressivement.

Exercice 3 : step-up et step-down

Le step-up puis le step-down rapprochent la rééducation des escaliers. Ils permettent d’observer la stratégie du membre inférieur sans rechercher une « technique parfaite » identique pour tous.

On peut modifier :

  • la hauteur de marche ;
  • l’aide des mains ;
  • la vitesse ;
  • la charge externe ;
  • le nombre de répétitions ;
  • l’orientation du tronc.

L’objectif est une tâche contrôlée, suffisamment stimulante et acceptable sur le plan symptomatique.

Exercice 4 : fente et split squat

Le split squat offre une progression intermédiaire entre le squat bilatéral et les tâches unipodales. La longueur du pas, l’inclinaison du tronc et l’amplitude permettent de répartir différemment les contraintes.

Commencer avec un appui, puis progresser vers :

  • une amplitude plus importante ;
  • des haltères ;
  • une fente arrière ;
  • une fente marchée ;
  • des changements de direction.

Exercice 5 : renforcement de la hanche

Le travail de hanche complète celui du genou, notamment lorsque la force posterolatérale est limitée ou que les premières charges du genou sont mal tolérées.

Exemples :

  • abduction de hanche avec élastique ;
  • hip thrust ;
  • marche latérale avec bande ;
  • soulevé de terre unipodal ;
  • squat unipodal assisté.

Les recommandations privilégient généralement une combinaison d’exercices de hanche et de genou plutôt qu’un travail exclusif de hanche.

Comment adapter la charge à la douleur ?

Une règle simple consiste à suivre :

  • la douleur pendant l’exercice ;
  • son retour au niveau habituel après la séance ;
  • la réaction le lendemain ;
  • la qualité du mouvement ;
  • la capacité à progresser d’une semaine à l’autre.

Si la douleur augmente durablement, réduire une seule variable : charge, amplitude, volume, vitesse ou fréquence. Le repos complet risque au contraire de diminuer la capacité physique.

Quelle place pour la course ?

Chez le coureur, analyser les changements récents de volume, de vitesse, de côtes et de récupération. Une diminution temporaire de la distance ou du dénivelé peut permettre de continuer à courir.

Selon le profil, une augmentation modérée de la cadence ou une réduction de la longueur de pas peut diminuer les symptômes. Cette modification doit être testée individuellement, pas prescrite automatiquement.

Exemple de progression clinique

Phase 1 : calmer sans déconditionner

  • extension du genou dans une amplitude tolérée ;
  • assis-debout ;
  • travail de hanche ;
  • activité cardio peu symptomatique ;
  • réduction temporaire des pics de charge.

Phase 2 : restaurer la force

  • squat ou presse plus lourde ;
  • split squat ;
  • step-up et step-down ;
  • renforcement de hanche progressif.

Phase 3 : développer la capacité fonctionnelle

  • tâches unipodales ;
  • séries plus longues ;
  • course graduée ;
  • sauts bilatéraux puis unilatéraux.

Phase 4 : préparer le sport

  • décélérations ;
  • changements de direction ;
  • sauts spécifiques ;
  • reprise progressive du volume d’entraînement.

Les phases se chevauchent et ne correspondent pas à des délais fixes.

Quels indicateurs suivre ?

  • douleur habituelle et douleur à l’effort ;
  • score AKPS/Kujala ou KOOS-PF ;
  • qualité et tolérance du squat ;
  • force du quadriceps ;
  • step-down ;
  • volume de course ou de sport ;
  • objectif fonctionnel choisi avec le patient.

Les erreurs fréquentes

  • Rechercher uniquement un « mauvais alignement ».
  • Prescrire seulement des exercices de hanche.
  • Éviter indéfiniment la flexion du genou.
  • Augmenter simultanément volume, charge et difficulté.
  • Promettre qu’une correction biomécanique supprimera nécessairement la douleur.
  • Arrêter la progression dès que la douleur diminue.

Ce qu’il faut retenir

La meilleure base est une rééducation active ciblant le genou, enrichie par des exercices de hanche et des interventions complémentaires choisies selon le bilan. Le contenu précis importe, mais la dose, la progression et l’adhésion du patient comptent tout autant.

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