Prothèse totale de hanche : quelles recommandations de rééducation ?
La rééducation après une prothèse totale de hanche (PTH) doit permettre au patient de retrouver une marche sûre, de récupérer sa force et de reprendre ses activités sans exposer inutilement
La rééducation après une prothèse totale de hanche (PTH) doit permettre au patient de retrouver une marche sûre, de récupérer sa force et de reprendre ses activités sans exposer inutilement l’articulation opérée. Elle commence généralement dès les premières heures ou le lendemain de l’intervention. Le protocole dépend toutefois de la voie d’abord, de la qualité osseuse, du type de fixation, des gestes associés et des consignes du chirurgien.
La prise en charge moderne privilégie une mobilisation précoce et progressive. Les anciennes interdictions systématiques pendant plusieurs mois ne s’appliquent pas à tous les patients. Les précautions doivent être individualisées, comprises et limitées à ce qui est réellement nécessaire.
Quels sont les objectifs de la rééducation après une PTH ?
La rééducation poursuit plusieurs objectifs complémentaires :
- prévenir les complications postopératoires ;
- contrôler la douleur et l’œdème ;
- rendre les transferts et la marche autonomes ;
- restaurer la mobilité utile de la hanche ;
- renforcer les abducteurs, extenseurs et muscles du membre inférieur ;
- réduire la boiterie ;
- préparer la reprise du domicile, du travail et des loisirs.
Une PTH ne nécessite pas obligatoirement des mois de soins intensifs. Certains patients autonomes progressent rapidement avec un programme d’exercices et des contrôles espacés. D’autres ont besoin d’un suivi plus rapproché en raison d’une fragilité, d’une faiblesse marquée, d’une peur de tomber ou de contraintes sociales.
Quel bilan réaliser après l’opération ?
Connaître le contexte chirurgical
Avant de choisir les exercices, le kinésithérapeute vérifie :
- la voie d’abord : postérieure, antérieure ou latérale ;
- le caractère cimenté ou non de la prothèse ;
- l’autorisation d’appui ;
- les précautions prescrites ;
- les gestes associés ou complications peropératoires ;
- l’état de la cicatrice ;
- les antécédents et comorbidités du patient.
Les recommandations du chirurgien priment sur un protocole générique. Une fracture peropératoire, une réparation tendineuse ou une reprise de prothèse modifient fortement la progression.
Mesurer les capacités fonctionnelles
Le bilan peut inclure :
- douleur au repos, à la marche et la nuit ;
- transferts au lit et assis-debout ;
- vitesse, distance et qualité de marche ;
- utilisation d’un déambulateur ou de cannes ;
- équilibre et risque de chute ;
- force fonctionnelle des abducteurs et extenseurs ;
- mobilité nécessaire aux activités quotidiennes ;
- capacité à monter un escalier ;
- autonomie pour s’habiller et se chausser.
Le Timed Up and Go, le 30-second Chair Stand, un test de marche et le HOOS-JR permettent de suivre l’évolution sans dépendre uniquement de l’impression clinique.
Quelles complications faut-il dépister ?
Une douleur postopératoire et une fatigue sont attendues, mais certains signes imposent un avis médical :
- douleur ou gonflement brutal du mollet ;
- essoufflement, douleur thoracique ou malaise ;
- fièvre, écoulement, rougeur croissante ou désunion de la cicatrice ;
- raccourcissement apparent, déformation ou douleur brutale après un mouvement ;
- craquement suivi d’une incapacité d’appui ;
- déficit neurologique nouveau ;
- douleur croissante qui ne correspond pas à la charge réalisée.
Une luxation, une infection, une thrombose ou une fracture ne doivent pas être interprétées comme une simple poussée douloureuse.
Faut-il respecter des précautions après une prothèse de hanche ?
Les précautions dépendent de la voie d’abord
Après une voie postérieure, les consignes historiques évitent la combinaison de flexion importante, adduction et rotation interne. Après une voie antérieure, l’extension et la rotation externe extrêmes peuvent être limitées. Une voie latérale peut conduire à protéger temporairement les abducteurs.
Cependant, les données récentes ne soutiennent pas toujours des restrictions universelles chez tous les patients après une PTH primaire non compliquée. Certains chirurgiens utilisent des précautions réduites ou aucune restriction formelle.
Le bon message n’est donc ni « tout est interdit », ni « il n’existe aucun risque ». Il faut expliquer :
- les mouvements spécifiquement déconseillés par le chirurgien ;
- la durée prévue de ces consignes ;
- la manière de se relever, dormir ou s’habiller ;
- les positions à éviter en combinaison ;
- la progression possible sans peur excessive.
Éviter les consignes anxiogènes
Une longue liste d’interdictions peut augmenter la peur du mouvement et ralentir l’autonomie. On privilégie des formulations concrètes : « pendant cette phase, évitez de croiser fortement les jambes en vous penchant » plutôt que « votre hanche peut se déboîter à tout moment ».
Phase 1 : que faire les premiers jours ?
Se lever et marcher précocement
La mobilisation précoce comprend :
- retournements et passage au bord du lit ;
- assis-debout depuis une hauteur adaptée ;
- transfert vers les toilettes ;
- marche avec une aide technique ;
- apprentissage des escaliers avant le retour à domicile ;
- mouvements de cheville et changements de position réguliers.
L’appui est souvent autorisé selon tolérance, mais il faut respecter la prescription. Le choix de l’aide technique dépend de la sécurité, pas du souhait d’aller vite.
Exercices initiaux
Les exercices simples peuvent inclure :
- contractions des fessiers et du quadriceps ;
- flexions-extensions de cheville ;
- glissements du talon dans l’amplitude autorisée ;
- extension de genou assise ;
- abduction de hanche dans une amplitude courte si elle est permise ;
- transfert de poids debout ;
- assis-debout avec contrôle.
Le volume doit rester tolérable. Une fatigue musculaire légère est acceptable ; une douleur brutale, profonde ou accompagnée d’une perte de fonction ne l’est pas.
Phase 2 : comment récupérer une marche normale ?
Corriger la boiterie sans surcorriger
Une boiterie de Trendelenburg peut refléter une faiblesse des abducteurs, une douleur, une habitude préopératoire ou une différence de longueur perçue. Le travail associe :
- marche lente avec pas réguliers ;
- transfert de poids sur le membre opéré ;
- stabilisation du bassin ;
- réduction progressive de l’appui des bras ;
- renforcement des abducteurs ;
- augmentation graduelle de la distance.
Le patient ne doit pas abandonner sa canne tant qu’il incline fortement le tronc ou manque de stabilité. Lorsqu’une seule canne est utilisée, elle est généralement tenue du côté opposé à la hanche opérée.
Comment sevrer les aides techniques ?
Le passage du déambulateur aux deux cannes, puis à une canne et à la marche libre dépend de critères :
- absence d’instabilité ;
- capacité à charger le membre ;
- douleur contrôlée ;
- marche sans compensation majeure ;
- endurance suffisante pour le domicile et l’extérieur.
Le délai varie de quelques jours à plusieurs semaines. Il n’y a pas de mérite à supprimer précocement une aide encore utile.
Quels exercices de renforcement proposer ?
Renforcement précoce
Selon les restrictions, on peut utiliser :
- assis-debout ;
- pont ;
- abduction isométrique ;
- extension de hanche debout ;
- mini-squat ;
- élévations sur la pointe des pieds ;
- marche latérale avec appui ;
- step-up sur marche basse.
Progression intermédiaire
Lorsque la cicatrisation et le contrôle le permettent :
- abduction contre résistance ;
- pont unipodal assisté ;
- presse à jambes légère puis modérée ;
- fentes courtes ;
- step-up plus haut ;
- step-down ;
- équilibre unipodal ;
- port de charges ;
- vélo ou elliptique.
La résistance doit progressivement devenir stimulante. Des séries toujours très faciles entretiennent le mouvement mais récupèrent moins efficacement la force.
Renforcement avancé
Le programme se rapproche ensuite des objectifs :
- monter plusieurs étages ;
- marcher vite ou longtemps ;
- se relever du sol ;
- jardiner ;
- reprendre un emploi physique ;
- randonner ;
- pratiquer un sport à faible impact.
La progression combine charge, amplitude, vitesse et complexité. Un seul paramètre est augmenté à la fois lorsque la tolérance est incertaine.
Comment doser les exercices ?
Un schéma fréquent comprend :
- mobilité douce : quotidiennement si nécessaire ;
- marche : plusieurs expositions courtes puis plus longues ;
- renforcement : deux à trois fois par semaine ;
- équilibre : plusieurs fois par semaine ;
- endurance : augmentation progressive de la durée.
Une douleur légère pendant l’exercice peut être acceptable si elle ne s’accompagne pas d’une boiterie croissante et revient au niveau habituel en moins de 24 heures. En cas de réaction importante le lendemain, on réduit la charge, le volume ou l’amplitude.
Faut-il étirer la hanche après une PTH ?
Les étirements ne sont pas une priorité immédiate. Une mobilité fonctionnelle se récupère souvent avec la marche et les exercices actifs. Les amplitudes extrêmes peuvent être contre-indiquées pendant la phase de précautions.
Plus tard, un travail de mobilité peut être utile si une limitation gêne une tâche précise. Il doit respecter la voie d’abord, la cicatrisation et les instructions médicales. Chercher une souplesse maximale n’est pas un objectif en soi après une arthroplastie.
Quelle place pour les techniques manuelles ?
Les mobilisations, le travail des tissus mous ou les techniques antalgiques peuvent soulager temporairement et faciliter l’exercice. Leur indication doit répondre à un déficit précis.
Le traitement principal reste actif :
- marcher ;
- renforcer ;
- travailler l’équilibre ;
- retrouver les tâches de la vie réelle ;
- progresser vers les objectifs personnels.
Une séance majoritairement passive sans progression fonctionnelle risque de ne pas corriger les déficits qui limitent réellement le patient.
Quand reprendre la conduite et le travail ?
La conduite dépend :
- du côté opéré ;
- du type de véhicule ;
- de l’arrêt des médicaments sédatifs ;
- de la capacité à entrer et sortir du véhicule ;
- de la possibilité d’effectuer un freinage d’urgence ;
- de l’autorisation du chirurgien et de l’assureur.
Le retour au travail peut être rapide pour un poste aménageable et plus tardif pour un métier avec port de charges, marche prolongée, agenouillement ou risque de chute. Une reprise progressive est parfois pertinente.
Quel sport pratiquer avec une prothèse de hanche ?
Les activités à faible impact sont le plus souvent encouragées :
- marche et randonnée progressive ;
- vélo ;
- natation après cicatrisation ;
- renforcement musculaire ;
- golf ;
- danse adaptée ;
- ski de fond chez un pratiquant expérimenté, après discussion médicale.
La course, les sports de contact et les activités avec chutes ou pivots répétés nécessitent une décision partagée. Elle tient compte de l’expérience préalable, de la qualité osseuse, de la stabilité, de la force et des préférences du chirurgien.
Exemple de programme progressif après PTH
Programme de départ
- 5 à 10 assis-debout depuis une chaise haute ;
- contractions des fessiers ;
- extension de genou ;
- transfert de poids ;
- marche courte avec l’aide adaptée ;
- mouvements de cheville.
Programme intermédiaire
- 2 à 3 séries d’assis-debout ;
- ponts ;
- abduction résistée ;
- step-up ;
- équilibre assisté ;
- vélo à faible résistance ;
- augmentation graduelle de la marche.
Programme avancé
- presse à jambes ;
- fentes ;
- step-down ;
- port de charge ;
- marche rapide ;
- escaliers répétés ;
- exercices propres au travail ou au loisir.
Les exercices sont sélectionnés en fonction des déficits. Le patient n’a pas besoin de réaliser tous les mouvements à chaque séance.
Comment organiser le retour à domicile ?
Avant la sortie, il faut anticiper :
- hauteur du lit et des sièges ;
- accès aux toilettes et à la douche ;
- présence d’escaliers ;
- tapis et obstacles augmentant le risque de chute ;
- aide disponible pour les courses et le ménage ;
- chaussures faciles à enfiler ;
- stratégie pour mettre les chaussettes si la flexion est limitée.
Cette préparation peut réduire l’anxiété et faciliter une récupération active. Les aides matérielles doivent être utiles, mais pas maintenues indéfiniment sans réévaluation.
À retenir
Après une PTH, la meilleure rééducation associe mobilisation précoce, marche, renforcement et récupération fonctionnelle. Les précautions ne doivent pas être copiées automatiquement : elles dépendent de la voie d’abord et du chirurgien. Le calendrier donne des repères, mais la progression repose sur la sécurité, la qualité du mouvement et la réaction dans les 24 heures.
Ressources associées
- Sara LK et al. Rehabilitation Phases, Precautions, and Mobility Goals Following Total Hip Arthroplasty. HSS Journal, 2023.
- Coulter CL et al. Physiotherapist-directed rehabilitation exercises in the outpatient or home setting improve strength, gait speed and cadence after elective total hip replacement. Journal of Physiotherapy, 2013.
- Smith TO et al. Do hip precautions after posterior-approach total hip arthroplasty affect dislocation rates?. Acta Orthopaedica, 2020.
- Wainwright TW et al. Consensus statement for perioperative care in total hip replacement and total knee replacement surgery. Acta Orthopaedica, 2020.
- Massachusetts General Brigham. Rehabilitation Protocol for Total Hip Arthroplasty.
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