Épicondylalgie latérale : quels tests et quels exercices utiliser ?

L’épicondylalgie latérale correspond à une douleur de la face externe du coude, fréquemment provoquée par la préhension, le port de charge et l’extension résistée du poignet.

Publié le 29 juillet 2026Mis à jour le 30 août 2026 6 min de lecture

L’épicondylalgie latérale correspond à une douleur de la face externe du coude, fréquemment provoquée par la préhension, le port de charge et l’extension résistée du poignet. Le terme est préférable à « épicondylite », car une inflammation aiguë isolée n’explique pas l’ensemble du tableau. Le traitement associe éducation, adaptation des charges et renforcement progressif des extenseurs du poignet.

Quels éléments rechercher à l’interrogatoire ?

  • localisation précise de la douleur ;
  • début progressif ou traumatique ;
  • travail manuel, sport de raquette ou geste répétitif ;
  • modification récente du volume de préhension ;
  • douleur au port d’objet ou au serrage ;
  • symptômes cervicaux ou neurologiques ;
  • durée d’évolution ;
  • attentes et contraintes professionnelles.

Une douleur persistante n’implique pas nécessairement une lésion qui continue de s’aggraver. Elle reflète souvent une capacité insuffisante par rapport aux charges demandées.

Quelles autres causes faut-il écarter ?

Penser notamment à :

  • radiculopathie cervicale ;
  • douleur référée de l’épaule ;
  • syndrome du tunnel radial ;
  • arthropathie radio-capitellaire ;
  • instabilité ligamentaire ;
  • fracture après traumatisme ;
  • atteinte neurologique périphérique ;
  • pathologie inflammatoire ou systémique.

Une faiblesse neurologique, des paresthésies, un traumatisme important, un blocage, un gonflement inhabituel ou une douleur non mécanique nécessitent une investigation adaptée.

Test 1 : palpation de l’épicondyle latéral

La palpation de l’origine commune des extenseurs peut reproduire la douleur familière. Elle est utile dans un faisceau d’arguments, mais sa positivité seule reste peu spécifique.

Test 2 : extension résistée du poignet

Le test de Cozen associe généralement coude fléchi, avant-bras en pronation et extension radiale du poignet contre résistance. La reproduction de la douleur latérale familière est compatible avec une épicondylalgie.

La résistance doit être progressive. Une contraction maximale brutale n’est pas nécessaire pour obtenir une information clinique.

Test 3 : extension résistée du majeur

Le test de Maudsley charge l’extension du troisième doigt. Il peut reproduire une douleur latérale, mais ne permet pas à lui seul de distinguer avec certitude une tendinopathie d’un syndrome du tunnel radial.

Test 4 : mise en tension des extenseurs

Le test de Mill combine généralement extension du coude, pronation et flexion du poignet. Une douleur latérale familière soutient l’hypothèse, tout en restant non spécifique.

Mesure clé : force de préhension

La force de préhension sans douleur ou tolérée est particulièrement utile pour quantifier l’irritabilité et suivre l’évolution.

Pour améliorer la comparabilité :

  • garder la même position ;
  • utiliser le même dynamomètre ;
  • préciser si la mesure est maximale ou limitée par la douleur ;
  • comparer au côté opposé avec prudence ;
  • répéter à intervalles réguliers.

Exercice 1 : extension isométrique du poignet

Avant-bras soutenu, maintenir le poignet contre une résistance sans mouvement.

Exemple de départ

  • 4 à 5 contractions ;
  • 20 à 45 secondes ;
  • effort modéré ;
  • récupération d’une minute.

L’isométrie n’a pas un effet antalgique garanti. Elle constitue surtout une manière simple d’introduire une charge contrôlée.

Exercice 2 : extension concentrique-excentrique

Avec un haltère ou un élastique :

  1. relever le poignet ;
  2. contrôler la descente ;
  3. conserver l’avant-bras posé ;
  4. augmenter progressivement la charge.

Une prescription possible est de 3 séries de 8 à 15 répétitions, deux à quatre fois par semaine selon l’intensité et la récupération.

Exercice 3 : pronation et supination

Tenir un marteau ou un haltère décentré et contrôler la rotation de l’avant-bras. Cet exercice prépare les gestes de vissage, de raquette et de manipulation d’outils.

Exercice 4 : préhension progressive

Utiliser :

  • balle ou pâte résistive ;
  • dynamomètre ;
  • port d’haltères ;
  • farmer carry ;
  • maintien d’un objet réel.

La préhension doit progresser en force, en durée et en spécificité.

Exercice 5 : épaule et chaîne supérieure

Lorsque le bilan montre un déficit ou que les exigences sont élevées, ajouter :

  • tirage horizontal ;
  • rotation externe d’épaule ;
  • élévations ;
  • pompes inclinées ;
  • port de charge ;
  • gestes sportifs gradués.

Le travail scapulaire n’est pas un remplacement du chargement local du poignet, mais un complément possible.

Comment doser la douleur ?

Une douleur faible à modérée peut être acceptable si :

  • elle n’augmente pas série après série ;
  • la fonction n’est pas détériorée après la séance ;
  • les symptômes reviennent au niveau habituel ;
  • la tendance sur plusieurs semaines est favorable.

En cas d’aggravation durable, réduire la charge, le volume, l’amplitude ou la fréquence. Éviter de tout modifier simultanément.

Faut-il arrêter le travail ou le sport ?

Pas systématiquement. Une adaptation temporaire est souvent préférable :

  • répartir les tâches de préhension ;
  • alterner les mains lorsque cela est possible ;
  • modifier le diamètre d’un manche ;
  • réduire temporairement le volume de frappes ;
  • éviter quelques jours les efforts maximaux répétés ;
  • maintenir les tâches tolérées.

Le retour à pleine charge doit être préparé par des exercices proches des contraintes réelles.

Quelle place pour la thérapie manuelle et les orthèses ?

Une mobilisation avec mouvement ou d’autres techniques manuelles peuvent améliorer la douleur et la force de préhension à court terme chez certains patients. Elles doivent faciliter l’activité et le renforcement.

Une sangle d’avant-bras ou une orthèse de poignet peut offrir un soulagement pendant une tâche spécifique. L’effet doit être testé et l’aide ne doit pas devenir la seule stratégie.

Exemple de progression

Phase 1 : irritabilité élevée

  • éducation ;
  • adaptation des pics de charge ;
  • isométriques ;
  • préhension légère ;
  • maintien des activités tolérées.

Phase 2 : reconstruction de la force

  • extension chargée ;
  • pronation-supination ;
  • préhension plus lourde ;
  • travail d’épaule si indiqué.

Phase 3 : endurance et vitesse

  • séries prolongées ;
  • port de charge ;
  • gestes rapides ;
  • reprise graduée du travail ou du sport.

Quels indicateurs suivre ?

  • Patient-Rated Tennis Elbow Evaluation ;
  • douleur au port d’objet ;
  • force de préhension ;
  • force d’extension du poignet ;
  • volume de travail ou de sport ;
  • tâche fonctionnelle choisie par le patient.

Les erreurs fréquentes

  • Utiliser un seul test comme preuve diagnostique.
  • Prescrire uniquement des étirements.
  • Rester sur des contractions très légères.
  • Interdire durablement tout geste douloureux.
  • Négliger le rachis cervical et les nerfs périphériques.
  • Multiplier les techniques passives sans progression de charge.

Ce qu’il faut retenir

L’épicondylalgie latérale se raisonne à partir d’un ensemble de signes cliniques. Le traitement actif doit charger progressivement l’extension du poignet et la préhension, puis reproduire les contraintes professionnelles ou sportives. Les techniques complémentaires servent surtout à faciliter cette progression.

Ressources associées

Continuez avec BIOPSYCHOSOCIAL

Formations cliniques, bibliothèque d'exercices et communauté pour kinésithérapeutes qui veulent progresser.