Comment réaliser un bilan kiné pour une douleur au genou ?
Une douleur du genou peut apparaître après une torsion, un choc, une augmentation de course, des sauts répétés ou sans mécanisme net.
Une douleur du genou peut apparaître après une torsion, un choc, une augmentation de course, des sauts répétés ou sans mécanisme net. La localisation antérieure, médiale, latérale ou postérieure apporte des indices, mais ne permet pas à elle seule d’identifier la cause.
Le bilan doit d’abord différencier le traumatisme aigu, la surcharge progressive, la poussée inflammatoire et les douleurs projetées. Il associe l’histoire, le dépistage, la mobilité, la force, les tests ciblés et les tâches fonctionnelles.
Aucun test orthopédique isolé ne doit dicter le diagnostic. La valeur clinique augmente lorsque le mécanisme, les symptômes, plusieurs constatations concordantes et l’évolution sont analysés ensemble.
Pourquoi le bilan ou le traitement doit-il être individualisé ?
Une même localisation douloureuse peut correspondre à plusieurs présentations, et une même anomalie structurelle peut être symptomatique chez une personne mais non pertinente chez une autre. La décision clinique repose sur la concordance entre l’histoire, l’examen, la fonction, l’évolution et les objectifs.
Quels sont les objectifs ?
- Identifier les situations nécessitant une radiographie, une imagerie ou un avis médical.
- Décrire la localisation, l’irritabilité, le gonflement et les symptômes mécaniques.
- Évaluer mobilité, force, puissance, endurance et contrôle du membre inférieur.
- Tester les structures uniquement selon des hypothèses plausibles.
- Analyser la marche, l’escalier, l’accroupissement, la course et les sauts.
- Intégrer les contraintes sportives et la réaction dans les 24 heures.
- Choisir des critères de suivi et de retour à l’activité.
Commencer par un entretien clinique précis
Le kinésithérapeute précise notamment :
- Mécanisme : pivot, valgus, hyperextension, choc, réception ou surcharge;
- Craquement, gonflement immédiat ou retardé, blocage et dérobement;
- Localisation et comportement pendant l’escalier, l’accroupissement, la course ou l’assise prolongée;
- Capacité à marcher immédiatement et actuellement;
- Antécédents d’entorse, luxation, chirurgie ou arthrose;
- Fièvre, rougeur, chaleur et état général;
- Douleur de hanche, du dos ou symptômes neurologiques;
- Volume d’entraînement, surface, chaussures et changements récents;
- Objectifs professionnels ou sportifs;
- Peur, confiance et réaction après l’effort;
Il faut rechercher les changements récents de charge, de récupération, de matériel, de travail ou d’activité. Une augmentation des contraintes peut contribuer aux symptômes sans constituer, à elle seule, un diagnostic.
Préciser la localisation et le comportement des symptômes
Douleur antérieure
Considérer douleur fémoro-patellaire, tendon patellaire, graisse infrapatellaire, plica ou autre cause selon l’âge et la charge.
Douleur médiale
Explorer ligament collatéral médial, ménisque, patte d’oie, articulation et douleur projetée.
Douleur latérale
Considérer bandelette ilio-tibiale, ligament, ménisque, articulation tibio-fibulaire ou surcharge.
Douleur postérieure
Évaluer structures musculaires et tendineuses, kyste, articulation, origine vasculaire ou douleur projetée.
Douleur diffuse avec gonflement
Rechercher traumatisme intra-articulaire, poussée arthrosique ou inflammatoire, infection ou autre cause.
Rechercher les signes nécessitant une orientation médicale
Une orientation rapide ou urgente peut être nécessaire devant :
- Déformation, suspicion de fracture ou luxation;
- Incapacité majeure d’appui après traumatisme;
- Genou rouge, chaud, très douloureux avec fièvre ou altération générale;
- Blocage vrai empêchant l’extension;
- Déficit neurovasculaire;
- Gonflement important du mollet, dyspnée ou suspicion thromboembolique;
- Douleur osseuse localisée après augmentation de charge évoquant une lésion de stress;
- Douleur nocturne progressive, masse ou perte de poids inexpliquée;
La présence d’un élément isolé n’établit pas toujours une pathologie grave, mais elle doit modifier le niveau de vigilance, l’examen et, si nécessaire, conduire à une coordination médicale.
Construire l’examen clinique
Observer et mesurer le gonflement
Un épanchement important après traumatisme modifie les hypothèses et peut inhiber le quadriceps.
- Contours du genou;
- Choc rotulien si indiqué;
- Stroke test;
- Périmétrie standardisée;
- Température et rougeur;
Mesurer les amplitudes
La perte d’extension est particulièrement importante à documenter.
- Extension active et passive;
- Flexion;
- Douleur et fin de course;
- Comparaison pertinente avec l’autre côté;
- Mobilité de hanche et de cheville;
Évaluer la force
La douleur pendant le test doit être enregistrée pour ne pas confondre inhibition et faiblesse.
- Quadriceps;
- Ischio-jambiers;
- Fléchisseurs plantaires;
- Abducteurs et extenseurs de hanche;
- Dynamométrie ou tests fonctionnels;
Sélectionner les tests ligamentaires
Après un traumatisme aigu, limiter les tests à ceux qui apportent une information utile et tolérable.
- Lachman et tiroir antérieur;
- Pivot shift lorsque approprié;
- Stress valgus et varus;
- Tiroir postérieur;
- Comparaison et sensation de fin de course;
Évaluer une hypothèse méniscale
Un test positif isolé ne confirme pas une lésion symptomatique.
- Mécanisme de torsion;
- Interligne douloureux;
- Limitation ou blocage;
- Thessaly ou McMurray selon tolérance;
- Symptômes mécaniques reproductibles;
Analyser les tâches
Observer la douleur, la stratégie, la vitesse, la répétabilité, la confiance et la réaction différée.
- Marche et escalier;
- Squat et step-down;
- Fente;
- Course;
- Sauts, réceptions et changements de direction;
Explorer la douleur fémoro-patellaire
Les recommandations privilégient une évaluation fonctionnelle et un traitement principalement fondé sur l’exercice du genou, complété selon les besoins.
- Douleur lors du squat, escalier, course ou assise prolongée;
- Tolérance à la charge du genou;
- Force du quadriceps et de la hanche;
- Mobilité pertinente;
- Charge d’entraînement;
Intégrer les facteurs psychosociaux
Le bilan explore les inquiétudes, les croyances sur la douleur, la peur du mouvement, l’évitement, la confiance, le sommeil, le stress, les contraintes professionnelles, les expériences antérieures et les attentes. Ces dimensions ne s’opposent pas aux facteurs physiques : elles participent ensemble à la tolérance, au comportement et à la récupération.
L’imagerie est-elle nécessaire ?
L’imagerie n’est pas systématique. Elle devient pertinente lorsqu’une fracture, une lésion grave, une infection, une atteinte neurologique progressive ou une autre pathologie spécifique est suspectée, ou lorsque le résultat est susceptible de modifier concrètement la prise en charge. Une anomalie visible ne prouve pas qu’elle explique les symptômes.
Choisir des indicateurs reproductibles
Quelques mesures fiables et directement liées aux objectifs sont plus utiles qu’une accumulation de tests :
- Échelle numérique de douleur;
- KOOS ou KOOS-12;
- Anterior Knee Pain Scale si douleur fémoro-patellaire;
- Patient-Specific Functional Scale;
- Amplitude d’extension et de flexion;
- Force quadriceps et ischio-jambiers;
- Sit-to-stand, step-down ou squat standardisé;
- Hop tests lorsque le niveau et la phase le permettent;
- Confiance et réaction à 24 heures;
Transformer les résultats en programme individualisé
Le programme relie chaque intervention à un déficit ou une activité identifiée. Il peut associer explications, maintien d’une activité tolérable, adaptation temporaire des contraintes, mobilité, renforcement, exposition graduée, travail sensorimoteur et retour progressif aux exigences professionnelles ou sportives.
Le dosage est ajusté à partir de la réponse pendant la séance, immédiatement après et dans les 24 heures suivantes. Une progression réussie augmente les capacités sans provoquer une aggravation durable.
Exemple clinique
Une coureuse de 29 ans présente une douleur antérieure du genou depuis deux mois après une hausse du volume et l’ajout de côtes. La douleur apparaît dans les escaliers, au squat et après les sorties longues. Il n’existe ni traumatisme, ni épanchement, ni blocage, ni signe d’alerte. La force du quadriceps et de la hanche est réduite, le squat reproduit la douleur et la charge hebdomadaire a augmenté rapidement. Le bilan est compatible avec une douleur fémoro-patellaire sensible à la charge. La prise en charge cible l’éducation, l’ajustement temporaire de la course, le renforcement progressif du genou et de la hanche et la reprise graduée des côtes.
Les erreurs fréquentes
Diagnostiquer uniquement à partir de la localisation.
Effectuer tous les tests spéciaux sans hypothèse.
Ignorer un épanchement important ou une perte d’extension.
Considérer tout bruit articulaire comme pathologique.
Attribuer la douleur à un valgus visuel sans analyser charge, force et symptômes.
Négliger la hanche, la cheville et le rachis.
Reprendre le sport sur la seule disparition de la douleur au repos.
Comparer uniquement la symétrie sans considérer le niveau de performance attendu.
Ce qu’il faut retenir
Une démarche de qualité ne repose pas sur un test ou un exercice unique. Elle commence par l’histoire et le dépistage, sélectionne les tests selon les hypothèses, mesure la fonction, intègre le contexte biopsychosocial et utilise des indicateurs stables pour faire évoluer le programme.
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Ressources associées
- Willy RW, et al. Patellofemoral Pain: Clinical Practice Guidelines. JOSPT, 2019. Consulter la source.
- Neal BS, et al. Best practice guide for patellofemoral pain. BJSM, 2024. Consulter la source.
- American College of Radiology. Acute Trauma to the Knee. Consulter la source.
- American College of Radiology. Chronic Knee Pain. Consulter la source.
- Logerstedt DS, et al. Knee Stability and Movement Coordination Impairments. JOSPT, 2017. Consulter la source.
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