Arthrose de hanche : ce qui change dans les recommandations de 2025
Les recommandations de pratique clinique sur l’arthrose de hanche ont été actualisées en 2025 par l’APTA Orthopedics et publiées dans le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy.
Les recommandations de pratique clinique sur l’arthrose de hanche ont été actualisées en 2025 par l’APTA Orthopedics et publiées dans le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy. Cette révision précise l’évaluation, les outils de suivi et les interventions que le kinésithérapeute peut proposer.
Le changement le plus important n’est pas l’apparition d’un traitement révolutionnaire. Les nouvelles recommandations consolident une prise en charge active, mesurée et individualisée, associant exercice, éducation et interventions ciblées selon les déficits.
Comment reconnaître une présentation compatible avec une arthrose de hanche ?
Le diagnostic médical peut s’appuyer sur l’histoire, l’examen et, lorsque nécessaire, la radiographie. En kinésithérapie, plusieurs éléments orientent vers une arthrose :
- un âge généralement supérieur à 50 ans ;
- une douleur de l’aine ou de la région antérieure de hanche ;
- une raideur matinale généralement inférieure à une heure ;
- une limitation de la rotation interne et de la flexion ;
- une douleur lors des activités en charge ;
- une difficulté à marcher, monter les escaliers ou se chausser.
Ces critères ne doivent pas être utilisés mécaniquement. Une douleur de hanche peut aussi être d’origine lombaire, tendineuse, neurologique, inflammatoire ou traumatique.
Quels signes nécessitent une orientation ?
Le kinésithérapeute doit rechercher :
- une douleur intense après une chute ;
- une incapacité d’appui ;
- une fièvre ou une altération de l’état général ;
- une douleur nocturne inhabituelle ;
- une perte de poids inexpliquée ;
- une aggravation rapide ;
- une suspicion de fracture ;
- une douleur disproportionnée ;
- des signes neurologiques importants.
Une arthrose visible sur une radiographie ne doit pas conduire à attribuer automatiquement tous les symptômes à l’articulation.
Ce qui change dans l’évaluation
La recommandation 2025 insiste sur une évaluation multidimensionnelle. Le suivi devrait associer au minimum :
- une mesure rapportée par le patient ;
- une mesure de performance physique ;
- des mesures des déficits pertinents.
Les questionnaires possibles comprennent :
- le WOMAC ;
- le HOOS ;
- le PROMIS ;
- le Patient-Specific Functional Scale.
Les tests fonctionnels peuvent inclure :
- le test de marche de six minutes ;
- le 30-Second Chair Stand Test ;
- le Timed Up and Go ;
- un test chronométré dans les escaliers.
Les déficits à mesurer peuvent concerner les amplitudes, la force, la douleur, la marche, l’équilibre et l’irritabilité articulaire. Cette combinaison évite de résumer l’évolution à une simple note de douleur.
L’exercice reste-t-il le traitement principal ?
Oui. Les recommandations soutiennent fortement l’exercice thérapeutique pour diminuer la douleur et améliorer la fonction.
Le programme peut associer :
- renforcement des muscles de hanche ;
- renforcement des membres inférieurs ;
- travail de mobilité ;
- exercice aérobie ;
- équilibre ;
- entraînement fonctionnel ;
- progression de la marche ;
- préparation aux activités importantes.
Il n’existe pas un protocole universel. Le programme doit tenir compte du niveau initial, des comorbidités, des préférences et des objectifs.
Un patient qui veut pouvoir marcher 45 minutes n’a pas exactement les mêmes besoins qu’un patient qui cherche surtout à se relever du sol ou à reprendre le jardinage.
Comment doser les exercices ?
La prescription doit préciser :
- le type d’exercice ;
- l’intensité ;
- le nombre de séries et de répétitions ;
- la fréquence ;
- la progression ;
- les critères d’adaptation ;
- la réaction acceptable après la séance.
La charge doit être suffisante pour provoquer une adaptation, sans dépasser durablement les capacités du patient. Une augmentation temporaire et modérée des symptômes n’indique pas nécessairement une aggravation de l’arthrose.
Pour les patients très déconditionnés, le programme peut débuter avec des doses modestes puis progresser. L’adhésion à long terme est plus importante qu’une séance initiale excessivement ambitieuse.
Quelle place pour l’entraînement de la marche et de l’équilibre ?
La guideline recommande un entraînement fonctionnel, de la marche et de l’équilibre lorsque des déficits sont identifiés.
Le travail peut comprendre :
- variations de vitesse ;
- demi-tours ;
- obstacles ;
- escaliers ;
- appui unipodal sécurisé ;
- transfert assis-debout ;
- port de charge ;
- utilisation puis réduction éventuelle d’une aide de marche.
L’objectif n’est pas seulement d’obtenir plus de force sur une table d’examen, mais de transformer cette capacité en autonomie réelle.
La thérapie manuelle est-elle recommandée ?
La thérapie manuelle peut être proposée pour améliorer à court terme la douleur, la mobilité et la fonction.
Elle peut inclure :
- mobilisations articulaires ;
- techniques sur les tissus mous ;
- mobilisations avec mouvement ;
- travail des régions voisines lorsque le bilan le justifie.
Elle doit être associée à une stratégie active. Son intérêt principal est de créer une fenêtre permettant au patient de mieux bouger et de progresser dans les exercices.
Le dry needling constitue-t-il une nouveauté ?
La révision 2025 inclut une recommandation favorable au dry needling pour certains patients présentant une arthrose de hanche, principalement sur des résultats à court terme.
Cette recommandation doit être interprétée avec prudence :
- l’intervention cible des symptômes et déficits associés, pas l’arthrose elle-même ;
- les bénéfices étudiés sont surtout de courte durée ;
- elle ne remplace ni l’exercice ni l’éducation ;
- elle suppose une formation et un cadre réglementaire adaptés.
Dans le contexte français, le professionnel doit également respecter les règles applicables à sa pratique.
Quel rôle pour l’éducation ?
L’éducation doit porter sur :
- la nature de l’arthrose ;
- la différence entre anomalie radiographique et douleur ;
- l’intérêt du mouvement ;
- la gestion des périodes plus douloureuses ;
- la progression des activités ;
- le sommeil et la récupération ;
- l’utilisation éventuelle d’une aide technique ;
- les bénéfices de l’activité physique générale.
Les messages catastrophistes comme « votre hanche est usée » peuvent augmenter la peur. Une information plus juste consiste à expliquer que l’articulation peut rester sensible tout en améliorant sa capacité avec un entraînement adapté.
Quel rôle pour le poids ?
Chez les personnes en surpoids ou en situation d’obésité qui souhaitent agir sur ce facteur, le kinésithérapeute peut :
- aborder le sujet avec permission et sans stigmatisation ;
- expliquer les bénéfices possibles ;
- soutenir l’activité physique ;
- collaborer avec le médecin et le diététicien ;
- fixer des objectifs fonctionnels.
La prise en charge ne doit pas conditionner l’accès à l’exercice à une perte de poids préalable.
Les aides techniques sont-elles utiles ?
Une canne ou une autre aide peut améliorer la sécurité et réduire temporairement les contraintes lors de la marche. Son utilisation doit être enseignée et réévaluée.
Le choix dépend :
- de la douleur ;
- de l’équilibre ;
- de la force ;
- de la distance de marche ;
- du risque de chute ;
- de l’environnement.
L’aide technique n’est ni un échec ni une obligation permanente. Elle peut permettre de maintenir l’activité pendant une période difficile.
Quelles interventions ne doivent pas dominer le traitement ?
Les modalités passives ne devraient pas prendre la place des interventions actives. L’absence de recommandation forte pour une modalité ne signifie pas toujours qu’elle est inefficace, mais souvent que les preuves sont insuffisantes ou que son bénéfice additionnel est faible.
Avant d’utiliser une intervention, le kinésithérapeute doit vérifier qu’elle :
- répond à un objectif identifié ;
- apporte une valeur ajoutée ;
- ne retarde pas le renforcement et l’activité ;
- favorise l’autonomie.
Quand discuter d’une chirurgie ?
Une arthroplastie peut être envisagée lorsque :
- la douleur et les limitations restent importantes ;
- les activités essentielles sont fortement affectées ;
- une prise en charge conservatrice adaptée n’apporte pas d’amélioration suffisante ;
- le patient comprend les bénéfices et les risques ;
- la décision est partagée avec l’équipe médicale.
L’âge ou l’aspect radiographique ne suffisent pas seuls. La sévérité fonctionnelle, les attentes, les comorbidités et la qualité de vie doivent être intégrées.
Exemple d’application en kinésithérapie
Une patiente de 67 ans consulte pour une douleur de l’aine et une difficulté à marcher plus de 15 minutes.
Le bilan initial peut retenir :
- le HOOS ;
- une échelle de douleur ;
- le test de marche de six minutes ;
- le test assis-debout de 30 secondes ;
- la rotation interne et la flexion ;
- la force des abducteurs et extenseurs ;
- une activité prioritaire choisie par la patiente.
Le programme peut associer deux à trois séances hebdomadaires de renforcement, de la marche fractionnée, un travail de mobilité, des exercices d’équilibre et une progression adaptée à la réponse sur 24 heures.
Après plusieurs semaines, la réévaluation doit reprendre les mêmes indicateurs.
Ce qui change réellement en 2025
La mise à jour renforce plusieurs orientations :
- associer questionnaire, performance et déficits physiques ;
- utiliser des outils standardisés au suivi ;
- soutenir fortement l’exercice ;
- intégrer la marche, l’équilibre et les tâches fonctionnelles ;
- utiliser la thérapie manuelle comme complément ;
- considérer certaines interventions, dont le dry needling, pour un bénéfice ciblé à court terme ;
- inclure éducation, activité physique et décision partagée ;
- individualiser la progression plutôt que suivre un protocole identique pour tous.
Ce qu’il faut retenir
Pour l’arthrose de hanche :
- l’exercice reste le socle du traitement ;
- l’évaluation doit être multidimensionnelle ;
- la progression dépend des capacités et objectifs ;
- la douleur n’interdit pas automatiquement le mouvement ;
- la thérapie manuelle peut compléter l’exercice ;
- le dry needling peut être envisagé comme adjuvant à court terme, sans remplacer le traitement actif ;
- la fonction et la qualité de vie guident les décisions ;
- la chirurgie se discute lorsque les limitations restent majeures malgré une prise en charge adaptée.
Découvrez également notre article sur la douleur à la hanche : traitement et exercices en kinésithérapie.
Ressources associées
- Koc TA Jr, et al. Hip Pain and Mobility Deficits—Hip Osteoarthritis: Revision 2025. J Orthop Sports Phys Ther. 2025. Consulter la guideline.
- Koc TA Jr, et al. Résumé indexé dans PubMed. Consulter PubMed.
- APTA Orthopedics. Hip Pain and Mobility Deficits—Hip Osteoarthritis: Revision 2025. Consulter la ressource officielle.
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