Accès direct aux kinésithérapeutes : où en est-on en 2026 ?

L’accès direct au kinésithérapeute permet à un patient de consulter sans prescription médicale préalable. En France, cette possibilité existe désormais, mais elle n’est pas encore généralisée à tous

Publié le 28 juillet 2026Mis à jour le 23 août 2026 6 min de lecture

L’accès direct au kinésithérapeute permet à un patient de consulter sans prescription médicale préalable. En France, cette possibilité existe désormais, mais elle n’est pas encore généralisée à tous les cabinets.

En 2026, plusieurs dispositifs coexistent : un accès direct de droit commun dans certaines structures et une expérimentation ouverte aux kinésithérapeutes membres d’une CPTS dans 20 départements. Pour les professionnels comme pour les patients, il est essentiel de distinguer ces cadres.

L’accès direct est-il généralisé en France en 2026 ?

Non. Un patient ne peut pas encore consulter sans ordonnance n’importe quel kinésithérapeute libéral.

La loi du 19 mai 2023, souvent appelée loi Rist, a ouvert l’accès direct aux kinésithérapeutes exerçant dans certains environnements coordonnés. Elle a aussi prévu une expérimentation spécifique pour des professionnels membres d’une communauté professionnelle territoriale de santé, ou CPTS.

L’accès direct est donc une réalité, mais une réalité encadrée et territorialisée.

Dans quelles structures l’accès direct est-il possible ?

Le dispositif pérenne concerne notamment les kinésithérapeutes exerçant dans :

  • des établissements de santé ;
  • des établissements et services sociaux ou médico-sociaux ;
  • des maisons de santé pluriprofessionnelles ;
  • des centres de santé ;
  • des équipes de soins primaires ;
  • des équipes de soins spécialisés.

Le professionnel doit bien exercer dans la structure ou l’équipe concernée. Le simple fait d’être installé à proximité ne suffit pas.

Les conditions détaillées sont présentées par l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes.

Que change l’expérimentation menée dans les CPTS ?

Le décret du 27 juin 2024 a précisé une expérimentation de cinq ans permettant à certains kinésithérapeutes regroupés au sein d’une CPTS de recevoir des patients sans prescription. Son déploiement opérationnel a été lancé en 2025.

L’expérimentation concerne 20 départements :

  • Aisne ;
  • Allier ;
  • Cantal ;
  • Cher ;
  • Corrèze ;
  • Côte-d’Or ;
  • Creuse ;
  • Eure-et-Loir ;
  • Isère ;
  • Loiret ;
  • Meuse ;
  • Nièvre ;
  • Bas-Rhin ;
  • Haut-Rhin ;
  • Rhône ;
  • Haute-Saône ;
  • Saône-et-Loire ;
  • Sarthe ;
  • Var ;
  • Vendée.

La présence du cabinet dans l’un de ces départements ne suffit pas : le kinésithérapeute doit notamment être membre d’une CPTS, participer au dispositif et respecter son protocole.

L’arrêté du 6 juin 2025 fixe le cadre territorial de l’expérimentation.

Combien de séances peuvent être réalisées sans ordonnance ?

Lorsque le patient ne dispose pas d’un diagnostic médical préalable, la prise en charge en accès direct est limitée à huit séances par épisode de soins.

Si un diagnostic médical a déjà été posé, le nombre de séances n’est pas automatiquement limité à huit. La prise en charge doit toutefois rester cohérente avec le diagnostic, les recommandations de bonne pratique et les référentiels applicables.

L’accès direct ne signifie donc pas « prise en charge sans limite ni coordination ». Il modifie la porte d’entrée dans le parcours de soins, pas les exigences de qualité et de sécurité.

Quelles obligations pour le kinésithérapeute ?

Le professionnel doit :

  • réaliser un bilan initial ;
  • rechercher les signes nécessitant un avis médical ;
  • orienter le patient lorsqu’un diagnostic ou une prise en charge médicale est nécessaire ;
  • transmettre le bilan et le compte rendu au patient ;
  • informer le médecin traitant selon le cadre prévu ;
  • verser les informations utiles dans le dossier médical partagé lorsque cela est requis ;
  • assurer la traçabilité de ses décisions.

Le raisonnement clinique est central. Le kinésithérapeute doit notamment identifier les drapeaux rouges, les urgences et les situations dépassant son champ de compétences.

Pour structurer cette étape, consultez notre article sur le bilan kiné d’une douleur au dos.

Les séances sont-elles remboursées ?

Les actes réalisés dans le cadre légal de l’accès direct peuvent être pris en charge par l’Assurance Maladie dans les mêmes conditions que les actes prescrits, sous réserve du respect des règles de facturation.

En dehors des structures et expérimentations autorisées, l’absence de prescription peut empêcher le remboursement. Avant de débuter une prise en charge, le professionnel doit donc vérifier son éligibilité et les consignes de sa caisse.

Quels bénéfices sont attendus ?

L’accès direct vise notamment à :

  • raccourcir le délai avant la première évaluation ;
  • faciliter l’accès aux soins ;
  • éviter certaines consultations médicales uniquement destinées à obtenir une ordonnance ;
  • libérer du temps médical ;
  • favoriser une prise en charge plus précoce ;
  • renforcer le rôle du kinésithérapeute dans la prévention et l’orientation.

Ces bénéfices doivent être évalués avec plusieurs indicateurs : sécurité, délais, satisfaction, pertinence des orientations, coûts et continuité du parcours.

Pourquoi l’accès direct n’est-il pas encore généralisé ?

La généralisation suppose de répondre à plusieurs questions :

  • comment organiser la coordination avec le médecin traitant ?
  • comment partager les informations de façon sécurisée ?
  • quels outils utiliser pour repérer les situations à risque ?
  • comment garantir une formation homogène ?
  • quel impact sur les dépenses et les délais ?
  • comment intégrer durablement le dispositif à la convention nationale ?

L’expérimentation en CPTS doit fournir des données avant une éventuelle extension.

En juin 2026, l’Ordre plaidait encore pour une généralisation. Cela confirme qu’en juillet 2026, l’accès direct universel n’est pas encore acquis.

Ce que le cabinet doit mettre en place

Un kinésithérapeute éligible a intérêt à formaliser :

  • une procédure d’accueil ;
  • une fiche de triage ;
  • une liste de signes d’alerte ;
  • un modèle de bilan initial ;
  • une procédure d’orientation médicale ;
  • un modèle de compte rendu ;
  • une méthode de transmission sécurisée ;
  • une vérification de la facturation ;
  • un suivi des épisodes de soins ;
  • une information claire destinée aux patients.

Le secrétariat et les outils de réservation doivent également éviter toute promesse trompeuse : « sans ordonnance » ne signifie pas que chaque motif peut être traité immédiatement.

Ce qu’il faut retenir

En 2026 :

  • l’accès direct existe en France, mais n’est pas généralisé à tous les cabinets ;
  • il est possible dans certaines structures d’exercice coordonné et établissements ;
  • une expérimentation concerne les kinésithérapeutes membres d’une CPTS dans 20 départements ;
  • sans diagnostic médical préalable, la prise en charge est limitée à huit séances ;
  • le bilan, la traçabilité, la coordination et l’orientation restent obligatoires ;
  • la généralisation dépendra notamment de l’évaluation des dispositifs actuels.

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