Comment réaliser un bilan kiné pour une douleur au dos ?

La douleur du dos peut concerner la région thoracique, thoraco-lombaire ou lombaire.

Publié le 28 juillet 2026Mis à jour le 6 septembre 2026 9 min de lecture

La douleur du dos peut concerner la région thoracique, thoraco-lombaire ou lombaire. Elle peut rester axiale, s’étendre vers la fesse ou le membre inférieur, varier avec les activités ou s’accompagner de symptômes neurologiques.

Dans la majorité des situations courantes, une structure unique ne peut pas être identifiée avec certitude. Le bilan doit donc éviter deux écueils : banaliser une présentation préoccupante et médicaliser inutilement une douleur non spécifique.

Le raisonnement associe dépistage, classification clinique, évaluation fonctionnelle et compréhension biopsychosociale. Il sert à choisir une stratégie active, individualisée et réévaluable.

Pourquoi le bilan ou le traitement doit-il être individualisé ?

Une même localisation douloureuse peut correspondre à plusieurs présentations, et une même anomalie structurelle peut être symptomatique chez une personne mais non pertinente chez une autre. La décision clinique repose sur la concordance entre l’histoire, l’examen, la fonction, l’évolution et les objectifs.

Quels sont les objectifs ?

  • Exclure les urgences et pathologies spécifiques.
  • Distinguer douleur axiale, douleur radiculaire et symptômes neurologiques.
  • Décrire le comportement mécanique et l’irritabilité.
  • Identifier les facteurs physiques, psychologiques, sociaux et professionnels pertinents.
  • Mesurer la fonction et les capacités plutôt que rechercher une prétendue asymétrie parfaite.
  • Déterminer si une imagerie ou un avis médical modifierait la prise en charge.
  • Construire des objectifs centrés sur les activités importantes.

Commencer par un entretien clinique précis

Le kinésithérapeute précise notamment :

  • Localisation, irradiation, intensité, temporalité et évolution;
  • Traumatisme, effort inhabituel ou augmentation de charge;
  • Douleur nocturne et réponse aux positions;
  • Symptômes dans la jambe, engourdissement ou faiblesse;
  • Troubles urinaires ou fécaux, anesthésie en selle et fonction sexuelle;
  • Fièvre, cancer, infection, corticothérapie, fragilité osseuse ou perte de poids;
  • Marche, assise, flexion, extension, port de charge, toux et éternuement;
  • Épisodes antérieurs et stratégies déjà essayées;
  • Sommeil, stress, humeur, inquiétudes, évitement et contexte professionnel;
  • Attentes, objectifs et niveau d’activité;

Il faut rechercher les changements récents de charge, de récupération, de matériel, de travail ou d’activité. Une augmentation des contraintes peut contribuer aux symptômes sans constituer, à elle seule, un diagnostic.

Préciser la localisation et le comportement des symptômes

Douleur lombaire axiale

Analyser les mouvements, positions, charges et activités qui modifient les symptômes sans supposer qu’un disque ou une facette en est nécessairement la cause.

Douleur irradiée dans la jambe

Préciser si elle descend sous le genou, si elle s’accompagne de paresthésies, et si l’examen neurologique est concordant.

Douleur thoracique

Une vigilance accrue est nécessaire face aux causes viscérales, traumatiques, inflammatoires ou osseuses.

Douleur après traumatisme

Le mécanisme, l’âge, la fragilité osseuse et l’examen déterminent la nécessité d’une orientation.

Douleur persistante

Explorer la fonction, les croyances, la détresse, le sommeil et les obstacles au retour à l’activité.

Rechercher les signes nécessitant une orientation médicale

Une orientation rapide ou urgente peut être nécessaire devant :

  • Syndrome de la queue de cheval suspecté : troubles sphinctériens récents, anesthésie en selle ou déficit neurologique sévère;
  • Déficit moteur progressif;
  • Traumatisme avec risque de fracture, fragilité osseuse ou corticothérapie prolongée;
  • Fièvre, immunodépression, infection récente ou usage de drogues injectables;
  • Antécédent de cancer, perte de poids inexpliquée ou douleur non mécanique progressive;
  • Douleur thoracique ou abdominale, malaise, dyspnée ou suspicion de cause viscérale ou vasculaire;
  • Douleur nocturne inhabituelle non modifiée par les positions;
  • Tableau inflammatoire marqué ou altération générale;

La présence d’un élément isolé n’établit pas toujours une pathologie grave, mais elle doit modifier le niveau de vigilance, l’examen et, si nécessaire, conduire à une coordination médicale.

Construire l’examen clinique

Observer les mouvements fonctionnels

Il n’existe pas une manière unique et obligatoire de bouger. L’objectif est de comprendre ce qui est toléré et modifiable.

  • Marche et transferts;
  • Se pencher, s’accroupir et se relever;
  • S’asseoir et se lever;
  • Porter ou soulever selon le contexte;
  • Stratégies de protection et appréhension;

Examiner les mouvements du rachis

La centralisation ou la périphérisation peut aider à guider certains exercices, sans constituer un diagnostic anatomique.

  • Flexion, extension et inclinaisons;
  • Rotation thoracique;
  • Mouvements répétés lorsque pertinents;
  • Effet sur la douleur locale et irradiée;
  • Réponse immédiate et différée;

Réaliser l’examen neurologique

Documenter précisément tout déficit et son évolution. La concordance entre histoire, examen et fonction est essentielle.

  • Myotomes;
  • Dermatomes;
  • Réflexes;
  • Marche sur talons et pointes;
  • Lasègue et slump si indiqués;

Évaluer les hanches et les régions voisines

Une douleur de hanche, une pathologie viscérale ou une atteinte vasculaire peut parfois se présenter comme une douleur du dos.

  • Mobilité de hanche;
  • Force du membre inférieur;
  • Abdomen et région thoracique selon les symptômes;
  • Pouls et examen vasculaire si nécessaire;

Évaluer force, endurance et capacité

Les mesures choisies doivent refléter les exigences du patient, non une batterie standard imposée.

  • Sit-to-stand;
  • Marche ou test d’endurance;
  • Contrôle du tronc lors d’une tâche;
  • Port de charge progressif;
  • Capacité aérobie;

Explorer les facteurs psychosociaux

Ces facteurs ne signifient pas que la douleur est imaginaire. Ils peuvent influencer la récupération et doivent orienter la communication et la progression.

  • Peur du mouvement;
  • Catastrophisme;
  • Auto-efficacité;
  • Humeur et stress;
  • Satisfaction et contraintes professionnelles;

Évaluer la fonction réelle

Une tâche significative et reproductible est souvent le meilleur indicateur de progrès.

  • Durée d’assise;
  • Distance de marche;
  • Sommeil;
  • Travail;
  • Soins aux enfants;
  • Sport et loisirs;

Intégrer les facteurs psychosociaux

Le bilan explore les inquiétudes, les croyances sur la douleur, la peur du mouvement, l’évitement, la confiance, le sommeil, le stress, les contraintes professionnelles, les expériences antérieures et les attentes. Ces dimensions ne s’opposent pas aux facteurs physiques : elles participent ensemble à la tolérance, au comportement et à la récupération.

L’imagerie est-elle nécessaire ?

L’imagerie n’est pas systématique. Elle devient pertinente lorsqu’une fracture, une lésion grave, une infection, une atteinte neurologique progressive ou une autre pathologie spécifique est suspectée, ou lorsque le résultat est susceptible de modifier concrètement la prise en charge. Une anomalie visible ne prouve pas qu’elle explique les symptômes.

Choisir des indicateurs reproductibles

Quelques mesures fiables et directement liées aux objectifs sont plus utiles qu’une accumulation de tests :

  • Échelle numérique de douleur;
  • Oswestry Disability Index ou Roland-Morris;
  • Patient-Specific Functional Scale;
  • STarT Back Screening Tool si approprié;
  • Distance ou durée de marche;
  • Sit-to-stand standardisé;
  • Mouvement ou tâche de charge choisie;
  • Auto-efficacité et confiance;

Transformer les résultats en programme individualisé

Le programme relie chaque intervention à un déficit ou une activité identifiée. Il peut associer explications, maintien d’une activité tolérable, adaptation temporaire des contraintes, mobilité, renforcement, exposition graduée, travail sensorimoteur et retour progressif aux exigences professionnelles ou sportives.

Le dosage est ajusté à partir de la réponse pendant la séance, immédiatement après et dans les 24 heures suivantes. Une progression réussie augmente les capacités sans provoquer une aggravation durable.

Exemple clinique

Un manutentionnaire de 42 ans présente une lombalgie depuis trois semaines après une période de travail plus intense. La douleur reste lombaire, varie avec le port répété et s’améliore à la marche. Aucun signe d’alerte ni déficit neurologique n’est retrouvé. Il craint toutefois d’avoir « abîmé un disque » et évite de se pencher. Le bilan montre une capacité réduite au soulèvement répété mais une mobilité disponible. Le programme repose sur l’éducation, la reprise graduée des mouvements, le renforcement progressif et la simulation des charges professionnelles, avec suivi de la PSFS et de la réaction à 24 heures.

Les erreurs fréquentes

Chercher systématiquement une lésion anatomique unique.

Demander une imagerie de routine pour rassurer.

Présenter le dos comme fragile ou déplacé.

Oublier la queue de cheval et le déficit moteur progressif.

Confondre douleur irradiée et radiculopathie confirmée.

Évaluer uniquement la mobilité sans mesurer la fonction.

Prescrire le même programme à toutes les lombalgies.

Ignorer les croyances, le sommeil et les contraintes de travail.

Ce qu’il faut retenir

Une démarche de qualité ne repose pas sur un test ou un exercice unique. Elle commence par l’histoire et le dépistage, sélectionne les tests selon les hypothèses, mesure la fonction, intègre le contexte biopsychosocial et utilise des indicateurs stables pour faire évoluer le programme.

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Ressources associées

  • George SZ, et al. Interventions for the Management of Acute and Chronic Low Back Pain: Revision 2021. JOSPT. Consulter la source.
  • NICE. Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management (NG59). Consulter la source.
  • American College of Physicians. Noninvasive Treatments for Acute, Subacute, and Chronic Low Back Pain. Consulter la source.

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