Tendinopathie : quelle prise en charge en kinésithérapie ?
Une tendinopathie correspond à une douleur et une diminution de fonction associées à la mise en charge d’un tendon.
Une tendinopathie correspond à une douleur et une diminution de fonction associées à la mise en charge d’un tendon. Elle peut concerner notamment le tendon d’Achille, le tendon rotulien, les tendons glutéaux, la coiffe des rotateurs, les épicondyliens ou les tendons du poignet.
La prise en charge ne consiste pas à « réparer » une image. Elle vise à réduire l’irritabilité, augmenter la capacité du tendon et du système musculo-tendineux, puis préparer le patient aux contraintes réelles.
Confirmer que la présentation est compatible
Une tendinopathie est généralement évoquée devant :
- une douleur localisée ;
- une douleur reproductible lors de la mise en charge ;
- une diminution de force ou de fonction ;
- une sensibilité à certains volumes, vitesses ou compressions ;
- une évolution progressive.
La palpation ou l’imagerie ne suffisent pas. Une fracture, une rupture, une atteinte articulaire, une irritation nerveuse, une infection ou une maladie inflammatoire doivent être considérées selon le contexte.
Une perte fonctionnelle brutale, une déformation, une ecchymose importante, une douleur osseuse précise ou des signes généraux imposent une orientation.
Expliquer la douleur tendineuse
Les messages essentiels sont :
- le tendon a besoin de charge pour développer sa capacité ;
- le repos complet soulage parfois à court terme mais ne prépare pas au retour ;
- une douleur légère pendant l’exercice n’indique pas nécessairement une lésion ;
- l’évolution n’est pas toujours linéaire ;
- la progression dépend de la réponse individuelle ;
- l’imagerie peut rester anormale malgré une bonne récupération clinique.
Adapter temporairement les contraintes
Il faut identifier les activités qui dépassent actuellement la capacité :
- sauts ou sprints ;
- côtes ;
- gestes répétés au-dessus de la tête ;
- préhension forte ;
- positions compressives ;
- hausse brutale du volume ;
- manque de récupération.
On réduit leur dose plutôt que de supprimer toute activité. Le maintien d’un entraînement alternatif aide à préserver la condition physique et la confiance.
Les isométriques sont-ils indispensables ?
Les contractions isométriques constituent une option, particulièrement lorsque le mouvement est très sensible :
- 3 à 5 séries ;
- efforts de 20 à 45 secondes ;
- intensité modérée à élevée selon la tolérance ;
- récupération suffisante.
Elles ne produisent pas un effet antalgique chez tout le monde et ne sont pas supérieures dans toutes les situations. Elles servent surtout de point d’entrée vers un chargement plus complet.
Développer la force avec un chargement progressif
Le programme peut combiner :
- contractions concentriques ;
- contractions excentriques ;
- résistance lente et lourde ;
- travail unilatéral ;
- amplitudes progressivement plus grandes ;
- exercices spécifiques à la région.
Une base possible est 3 à 4 séries de 6 à 15 répétitions, deux à quatre fois par semaine. Le poids, l’amplitude et la vitesse sont adaptés à l’irritabilité. L’excentrique n’est pas la seule méthode efficace.
Développer la capacité à stocker et restituer l’énergie
Une personne qui court, saute ou lance doit ensuite tolérer des charges rapides :
- mouvements rapides sans impact important ;
- petits sauts ou rebonds ;
- impacts bilatéraux ;
- impacts unilatéraux ;
- accélérations et freinages ;
- changements de direction ;
- gestes sportifs sous fatigue.
Cette phase ne doit pas être commencée uniquement parce que la douleur au repos a disparu. La force et la tolérance aux charges lentes doivent être suffisantes.
Gérer la douleur pendant les exercices
Il n’existe pas un seuil universel. Une gêne légère à modérée peut être acceptable si :
- la technique reste contrôlée ;
- la douleur ne monte pas fortement au fil des séries ;
- les activités quotidiennes ne sont pas nettement aggravées ;
- le retour au niveau habituel survient dans un délai convenu ;
- la confiance ne diminue pas.
Une aggravation durable conduit à diminuer la charge, le volume, l’amplitude ou la fréquence. L’objectif n’est ni « zéro douleur obligatoire » ni « no pain, no gain ».
Les traitements complémentaires
La thérapie manuelle, le taping, certaines orthèses ou les conseils de matériel peuvent faciliter temporairement la fonction. Leur utilité doit être évaluée par rapport à un objectif concret.
Les injections, les ondes de choc et les autres traitements médicaux dépendent du tendon, de la durée des symptômes et du profil du patient. Ils ne remplacent généralement pas une progression de charge bien construite. Les infiltrations de corticoïdes peuvent soulager certaines douleurs à court terme, avec des résultats moins favorables ou des risques selon la localisation et la répétition.
Faut-il faire une imagerie ?
L’imagerie n’est pas systématique lorsque la présentation est typique. Elle peut être utile devant :
- une suspicion de rupture ;
- une évolution atypique ;
- une douleur osseuse ;
- un traumatisme ;
- une absence de progression malgré une prise en charge adaptée ;
- une décision médicale susceptible d’être modifiée.
La structure du tendon et les symptômes ne progressent pas toujours au même rythme.
Préparer le retour au sport ou au travail
Les critères peuvent inclure :
- une douleur stable ;
- une force proche des exigences ;
- une endurance suffisante ;
- la tolérance aux tâches répétées ;
- la capacité à produire et absorber de la force rapidement ;
- la confiance ;
- la réaction dans les 24 heures ;
- une progression du volume réel d’entraînement ou de travail.
Pour les atteintes du membre inférieur, la reprise doit intégrer course, sauts, changements de direction et fatigue. Pour le membre supérieur, elle doit reproduire la préhension, le lancer, la frappe ou le travail au-dessus de la tête.
Exemple clinique
Un coureur de 45 ans présente une douleur du tendon d’Achille à mi-corps depuis trois mois après l’ajout de côtes et de fractionné. Il tolère la marche mais les premières minutes de course sont douloureuses. Une rupture et une douleur d’insertion sont exclues.
Le programme réduit temporairement les séances rapides, maintient deux footings courts tolérés et introduit des élévations de mollet lourdes. Il progresse vers des rebonds, puis des côtes et du fractionné. Le VISA-A, la force, la raideur matinale et la réaction le lendemain guident la charge.
Les erreurs fréquentes
Prescrire uniquement du repos
Le repos ne restaure pas la capacité nécessaire au retour.
Appliquer le même protocole à tous les tendons
Les contraintes compressives et les exigences diffèrent selon la localisation.
Croire que seul l’excentrique fonctionne
Plusieurs formes de chargement peuvent être efficaces.
Faire progresser uniquement selon la douleur
La force, l’endurance, la vitesse, la fonction et la confiance doivent aussi être suivies.
Chercher à normaliser l’imagerie
Le retour à la fonction ne nécessite pas toujours une image tendineuse normale.
Intégrer les facteurs psychosociaux
La douleur ne se résume pas à l’état d’un tissu. Le bilan et le traitement prennent aussi en compte les inquiétudes, les croyances, la peur du mouvement, l’évitement, le sommeil, le stress, les contraintes professionnelles, les expériences antérieures et les objectifs. Ces facteurs peuvent modifier la tolérance à l’effort, l’adhésion et la récupération sans rendre la douleur « imaginaire ».
Comment suivre l’évolution ?
Quelques indicateurs reproductibles sont généralement plus utiles qu’une accumulation de tests :
- l’intensité de la douleur pendant une activité choisie ;
- la fonction rapportée par le patient ;
- une amplitude pertinente ;
- une mesure de force ou d’endurance ;
- le volume d’activité toléré ;
- la qualité d’une tâche fonctionnelle ;
- la réaction dans les 24 heures ;
- le niveau de confiance.
Le programme est ajusté selon l’évolution de ces mesures, et pas uniquement selon la douleur au repos.
Ce qu’il faut retenir
Une prise en charge de qualité associe dépistage, raisonnement clinique, éducation, adaptation temporaire des contraintes, exercice progressif et retour aux activités importantes. Aucun test, exercice ou traitement passif ne convient à toutes les présentations.
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Ressources associées
- Chimenti RL, et al. Achilles Pain, Stiffness, and Muscle Power Deficits: Midportion Achilles Tendinopathy Revision 2024. JOSPT. Consulter la source.
- Silbernagel KG, et al. Current Clinical Concepts: Conservative Management of Achilles Tendinopathy. J Athl Train, 2020. Consulter la source.
- Scott A, et al. ICON 2019: International Scientific Tendinopathy Symposium Consensus. BJSM. Consulter la source.
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