Tendinopathie proximale des ischio-jambiers : quel traitement ?

La tendinopathie proximale des ischio-jambiers provoque une douleur profonde sous la fesse, près de la tubérosité ischiatique.

Publié le 29 juillet 2026Mis à jour le 14 septembre 2026 12 min de lecture

La tendinopathie proximale des ischio-jambiers provoque une douleur profonde sous la fesse, près de la tubérosité ischiatique. Elle est fréquente chez les coureurs, mais peut aussi concerner des personnes exposées à la position assise prolongée, aux accélérations, aux fentes ou aux étirements répétés. La prise en charge repose principalement sur la gestion de charge et un renforcement progressif des ischio-jambiers.

Le traitement ne consiste pas à attendre que toute douleur disparaisse avant de solliciter le tendon. Il faut d’abord réduire les contraintes les plus irritantes, notamment la compression en flexion de hanche, puis reconstruire la capacité du tendon et de l’ensemble de la chaîne postérieure. Les techniques passives peuvent aider à court terme, mais elles ne remplacent pas ce processus.

Qu’est-ce qu’une tendinopathie proximale des ischio-jambiers ?

Les tendons proximaux des ischio-jambiers s’insèrent sur la tubérosité ischiatique. Ils sont sollicités lors de la course, surtout à haute vitesse, des accélérations, du soulevé de terre, des changements de direction et des mouvements combinant flexion de hanche et extension du genou.

Dans une tendinopathie, le tendon devient moins tolérant à certaines charges. La douleur n’indique pas nécessairement une lésion qui s’aggrave à chaque mouvement. Elle reflète une interaction entre la capacité tissulaire, la charge récente, la sensibilité et le contexte.

Le terme « tendinite » est souvent utilisé, mais il suggère une inflammation aiguë isolée. La réalité est plus complexe : les changements structurels, la réponse cellulaire et la sensibilité ne se réduisent pas à une simple inflammation.

Quels symptômes sont typiques ?

Le tableau associe souvent :

  • douleur localisée à la partie basse de la fesse ;
  • gêne en position assise, surtout sur une surface dure ;
  • douleur à la course rapide ou en côte ;
  • douleur lors des fentes ou du soulevé de terre ;
  • gêne pendant ou après un étirement des ischio-jambiers ;
  • douleur à l’accélération ;
  • début progressif sans traumatisme unique.

La douleur peut s’échauffer pendant l’activité puis augmenter plusieurs heures plus tard. Dans les formes irritables, la position assise devient le principal problème.

Une douleur apparue brutalement pendant un sprint, accompagnée d’un claquement, d’un hématome ou d’une faiblesse marquée, évoque davantage une lésion aiguë. Le protocole présenté dans l’article sur la déchirure des ischio-jambiers est alors plus adapté.

Quel bilan réaliser ?

L’entretien

Il précise :

  • début et évolution des symptômes ;
  • sport et niveau de pratique ;
  • augmentation récente de vitesse, volume ou dénivelé ;
  • temps passé assis ;
  • exercices de musculation ;
  • étirements ;
  • réaction dans les 24 heures ;
  • antécédents lombaires et des ischio-jambiers ;
  • objectifs du patient ;
  • sommeil, stress et récupération.

L’évolution de la charge est souvent plus informative qu’une posture isolée. Un coureur peut avoir augmenté simultanément les séances rapides, les côtes et la musculation.

Tests de provocation

Plusieurs tests peuvent reproduire la douleur :

  • palpation de la tubérosité ischiatique ;
  • contraction résistée du genou ;
  • extension de hanche résistée ;
  • bent-knee stretch test ;
  • modified bent-knee stretch test ;
  • Puranen-Orava test ;
  • pont ou hip extension test.

Aucun test ne doit être interprété seul. Le diagnostic repose sur la localisation, le comportement de la douleur, la charge déclenchante et un ensemble de résultats concordants.

Évaluer la force et la fonction

Le kinésithérapeute examine :

  • force de flexion du genou à différents angles ;
  • extension de hanche ;
  • endurance de la chaîne postérieure ;
  • pont unipodal ;
  • soulevé de terre ;
  • fente ;
  • tolérance aux sauts ;
  • course et accélération ;
  • contrôle du bassin et du tronc si pertinent.

Les déficits servent à construire le programme, sans supposer qu’une asymétrie visuelle est nécessairement la cause.

Quels diagnostics différentiels faut-il exclure ?

Une douleur sous-fessière peut aussi correspondre à :

  • radiculopathie lombaire ;
  • douleur référée du rachis ;
  • syndrome douloureux fessier profond ;
  • irritation du nerf sciatique ;
  • atteinte ischio-fémorale ;
  • douleur sacro-iliaque ;
  • lésion aiguë ou avulsion ;
  • bursite ischiatique ;
  • pathologie de hanche ;
  • fracture de fatigue.

Des paresthésies, une faiblesse neurologique, une douleur lombaire dominante, une douleur nocturne inexpliquée, de la fièvre, une perte de poids ou une incapacité après traumatisme justifient une orientation médicale.

L’imagerie est-elle nécessaire ?

Le diagnostic est souvent clinique. Une IRM ou une échographie peut être demandée en cas de doute, de traumatisme, de suspicion d’avulsion, d’échec prolongé ou avant une procédure invasive.

Des anomalies tendineuses sont parfois présentes chez des personnes sans douleur. L’imagerie ne doit donc pas être utilisée seule pour mesurer la gravité ou prédire le délai de récupération. Une image très modifiée peut coexister avec une bonne fonction, et l’amélioration clinique ne nécessite pas toujours une normalisation du tendon.

Pourquoi la position assise est-elle douloureuse ?

La flexion de hanche augmente la compression du tendon contre la tubérosité ischiatique. Une chaise basse, un siège dur, la conduite ou le rameur peuvent devenir irritants.

Au début, on peut proposer :

  • coussin réduisant la pression ;
  • chaise légèrement plus haute ;
  • pauses régulières ;
  • alternance assis-debout ;
  • réduction temporaire des positions de flexion profonde ;
  • éviter de s’asseoir directement sur une surface dure.

Ces adaptations sont temporaires. L’objectif n’est pas d’éviter éternellement la flexion, mais de diminuer la compression pendant que la capacité se reconstruit.

Faut-il arrêter les étirements ?

Les étirements combinant flexion de hanche et extension du genou compriment et mettent en tension l’insertion. Dans une phase irritable, ils peuvent entretenir la douleur.

Il est souvent pertinent de les réduire temporairement, surtout s’ils provoquent une douleur sous la fesse ou une aggravation différée. Cela ne signifie pas que le patient est « trop raide » ou que les étirements sont dangereux pour toujours.

Une mobilité plus importante n’est pas automatiquement bénéfique. Les amplitudes sont réintroduites progressivement lorsque la compression devient mieux tolérée.

Phase 1 : diminuer l’irritabilité sans déconditionner

La première phase vise à contrôler les contraintes aggravantes tout en conservant une activité.

Isométrie de flexion du genou

En position allongée, le talon pousse dans le sol avec un angle de genou confortable. Le patient maintient 20 à 45 secondes. La force est augmentée progressivement.

Pont isométrique

Le bassin est soulevé et maintenu. La position des pieds module la sollicitation : talons plus éloignés, travail plus important des ischio-jambiers.

Extension de hanche isométrique

Le patient pousse la cuisse vers l’arrière contre un support sans aller dans une amplitude irritante.

Maintenir les autres capacités

Le programme peut inclure :

  • renforcement du mollet ;
  • quadriceps ;
  • abducteurs ;
  • tronc ;
  • vélo avec hanche peu fléchie si toléré ;
  • marche ;
  • piscine.

L’isométrie peut soulager certains patients, mais son effet antalgique n’est pas systématique. Elle sert surtout de point d’entrée pour charger.

Phase 2 : reconstruire la force

Lorsque la douleur quotidienne est plus stable, les exercices isotoniques deviennent centraux.

Pont avec répétitions

Le pont bilatéral progresse vers :

  • pont pieds éloignés ;
  • pont décalé ;
  • pont unipodal ;
  • pont chargé.

Flexion de genou

Une machine, un élastique ou des sliders permettent de renforcer les ischio-jambiers. La charge et l’amplitude augmentent progressivement.

Soulevé de terre roumain

Cet exercice charge les ischio-jambiers en position allongée. Au départ, l’amplitude est limitée pour éviter une compression excessive. Une charge externe est ajoutée avant de rechercher une flexion de hanche maximale.

Hip thrust

Le hip thrust sollicite fortement l’extension de hanche avec moins de flexion profonde. Il constitue souvent un exercice bien toléré.

Split squat

La fente statique renforce le membre inférieur. La longueur du pas, l’inclinaison du tronc et la profondeur modulent la demande.

Phase 3 : développer la force à grande longueur musculaire

Le tendon doit progressivement tolérer les positions qui étaient initialement irritantes. On peut augmenter :

  • amplitude du soulevé de terre roumain ;
  • profondeur des fentes ;
  • flexion de hanche ;
  • travail du Nordic hamstring adapté ;
  • flexion de genou avec hanche fléchie ;
  • deadlift unipodal ;
  • charge externe.

Cette phase est importante pour le coureur et le sportif. La protection permanente contre toute flexion laisse un écart entre les exercices et les contraintes réelles.

La douleur doit rester acceptable et la réaction à 24 heures stable. Une forte aggravation indique que la progression est trop rapide, pas que l’exercice est interdit définitivement.

Phase 4 : retrouver vitesse et stockage d’énergie

Le renforcement lent ne prépare pas complètement aux sprints, aux sauts et aux changements de direction. La phase avancée introduit :

  • pogos ;
  • sauts bilatéraux puis unipodaux ;
  • bonds ;
  • swings légers ;
  • accélérations progressives ;
  • courses en côte ;
  • changements de direction ;
  • drills spécifiques au sport.

Les séances rapides nécessitent une récupération suffisante. On commence avec un faible volume et une intensité sous-maximale, puis on progresse.

Comment doser la charge ?

Un programme de force est souvent réalisé deux à trois fois par semaine. Exemple :

  • 3 à 4 séries ;
  • 6 à 12 répétitions ;
  • effort modéré à élevé ;
  • 2 à 3 minutes de récupération pour les exercices lourds ;
  • augmentation de charge lorsque les répétitions deviennent faciles.

Les exercices isométriques peuvent être plus fréquents au départ. Les exercices à grande longueur et les impacts sont espacés pour observer la réponse.

La douleur pendant l’exercice peut être tolérée si elle reste faible à modérée, n’altère pas le mouvement et revient au niveau habituel dans les 24 heures. Le patient utilise un journal simple : douleur pendant, quelques heures après et le lendemain matin.

Comment reprendre la course ?

Avant de recourir

Le patient devrait tolérer :

  • marche rapide ;
  • exercices de force ;
  • pont unipodal ;
  • tâches de faible impact ;
  • position assise mieux contrôlée ;
  • absence d’aggravation progressive.

Reprise course-marche

On peut commencer par une alternance courte sur terrain plat. La durée totale augmente avant la vitesse. Les côtes et les accélérations sont ajoutées plus tard car elles sollicitent fortement les ischio-jambiers.

Progression vers le sprint

Le sprint est réintroduit par paliers, par exemple :

  • éducatifs et lignes droites faciles ;
  • accélérations à 60 % ;
  • 70 à 80 % ;
  • efforts plus rapides ;
  • répétitions spécifiques au sport.

L’exposition à haute vitesse est indispensable avant un retour complet aux sports qui l’exigent. Elle ne doit pas être testée pour la première fois en compétition.

Quelle place pour les ondes de choc ?

Les ondes de choc peuvent être envisagées dans certaines tendinopathies persistantes. Les données spécifiques à la tendinopathie proximale restent limitées et ne permettent pas de les présenter comme un traitement supérieur pour tous.

Si elles sont utilisées, elles complètent un programme de charge. Elles ne compensent pas une progression absente ou une exposition sportive mal gérée. L’article Ondes de choc : pour quelles pathologies sont-elles réellement efficaces ? détaille les niveaux de preuve.

Les infiltrations sont-elles recommandées ?

Une infiltration cortisonée peut diminuer temporairement la douleur, mais le bénéfice à long terme est incertain et les injections proches d’un tendon soulèvent des précautions. Les injections de PRP présentent des résultats hétérogènes.

La décision appartient au médecin après discussion des bénéfices, risques et alternatives. Une amélioration antalgique ne signifie pas que le tendon a instantanément récupéré sa capacité ; la reprise de charge reste graduelle.

La chirurgie est-elle parfois nécessaire ?

La chirurgie reste rare dans une tendinopathie isolée. Elle peut être discutée après plusieurs mois de prise en charge conservatrice bien conduite, lorsque la douleur et la limitation demeurent importantes, ou en présence d’une lésion structurelle particulière.

Avant de conclure à un échec, il faut vérifier :

  • exactitude du diagnostic ;
  • charge réellement progressive ;
  • adhésion ;
  • exposition suffisante aux positions comprimées ;
  • prise en compte du rachis et du nerf ;
  • qualité de la reprise sportive ;
  • facteurs de récupération.

Quelles erreurs éviter ?

Les erreurs courantes comprennent :

  • étirer intensément une insertion très irritable ;
  • arrêter toute activité pendant des mois ;
  • ne proposer que des massages ;
  • rester sur des isométries faciles sans progression ;
  • reprendre le sprint dès que la douleur diminue ;
  • augmenter simultanément course, force et amplitude ;
  • promettre une guérison selon l’apparence de l’IRM ;
  • rechercher une douleur nulle à chaque étape.

La récupération est rarement linéaire. Une poussée après une hausse de charge sert à ajuster le programme.

Exemple de programme en quatre niveaux

Niveau 1

  • pont isométrique : 4 × 30 secondes ;
  • flexion isométrique du genou : 4 × 30 secondes ;
  • mollets : 3 × 12 ;
  • marche ou cardio toléré.

Niveau 2

  • hip thrust : 3 × 8 à 12 ;
  • leg curl : 3 × 8 à 12 ;
  • split squat : 3 × 8 ;
  • soulevé de terre à amplitude courte : 3 × 8.

Niveau 3

  • soulevé de terre roumain chargé ;
  • deadlift unipodal ;
  • Nordic adapté ;
  • fente plus profonde ;
  • flexion de genou à grande longueur.

Niveau 4

  • sauts ;
  • bonds ;
  • course progressive ;
  • accélérations ;
  • sprint ;
  • gestes spécifiques.

Ce modèle est ajusté au sport, au matériel et à l’irritabilité.

À retenir

Le traitement de la tendinopathie proximale des ischio-jambiers repose sur une progression de charge en plusieurs étapes : réduire temporairement la compression, reconstruire la force, travailler à grande longueur, puis réintroduire l’énergie et la vitesse. Les étirements agressifs et les traitements passifs isolés sont rarement suffisants. Le suivi de la réaction à 24 heures permet d’avancer sans imposer un protocole rigide.

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