Syndrome du tunnel tarsien : bilan et traitement kinésithérapique

Le syndrome du tunnel tarsien est une neuropathie compressive du nerf tibial ou de ses branches sous le rétinaculum des fléchisseurs, en arrière de la malléole médiale.

Publié le 29 juillet 2026Mis à jour le 3 septembre 2026 5 min de lecture

Le syndrome du tunnel tarsien est une neuropathie compressive du nerf tibial ou de ses branches sous le rétinaculum des fléchisseurs, en arrière de la malléole médiale. Il est beaucoup moins fréquent et moins bien documenté que le canal carpien. Son diagnostic est difficile : aucun test clinique isolé ne suffit, et de nombreuses douleurs plantaires ou médiales peuvent lui ressembler.

Quels symptômes rechercher ?

La présentation peut associer :

  • brûlure, fourmillements ou engourdissement de la plante du pied ;
  • douleur en arrière de la malléole médiale ;
  • aggravation à la marche ou à la station debout ;
  • irradiation vers le talon, l’arche ou les orteils ;
  • parfois symptômes nocturnes.

Les symptômes varient selon la branche atteinte. Une cause occupant l’espace, un traumatisme, un œdème, une déformation du pied ou une exposition répétée peuvent contribuer à la compression.

Comment organiser le bilan ?

Anamnèse

Préciser le début, les charges récentes, les antécédents de cheville, les chaussures, les maladies métaboliques et le comportement neurologique des symptômes.

Examen neurologique

Évaluer :

  • sensibilité plantaire ;
  • force des muscles intrinsèques et fléchisseurs des orteils ;
  • réflexes et examen neurologique plus proximal ;
  • éventuels signes d’atteinte du nerf tibial ou d’une racine.

Tests de provocation

La percussion de Tinel derrière la malléole médiale et le test de dorsiflexion-éversion peuvent reproduire les symptômes. Leur résultat doit être confronté au reste du bilan.

Examen mécanique

Observer :

  • mobilité de cheville ;
  • position et mobilité du pied ;
  • force du mollet et du tibial postérieur ;
  • équilibre unipodal ;
  • marche et course ;
  • effet des chaussures ou d’un soutien temporaire.

Quels diagnostics différentiels exclure ?

La douleur plantaire peut provenir d’une fasciapathie plantaire, d’une radiculopathie S1, d’une neuropathie périphérique, d’une atteinte du nerf de Baxter, d’une fracture de stress, d’une tendinopathie ou d’une masse.

Une masse palpable, un traumatisme important, un déficit neurologique progressif, une douleur osseuse focale, une atteinte bilatérale inhabituelle ou des signes systémiques nécessitent un avis médical.

Quelle place pour les examens complémentaires ?

L’électroneuromyogramme peut soutenir le diagnostic, mais un résultat normal ne l’exclut pas toujours. L’échographie et l’IRM peuvent rechercher un kyste, une varicosité, une tumeur, une ténosynovite ou une autre cause locale.

L’imagerie doit répondre à une question clinique et non simplement confirmer une douleur.

Comment adapter les charges ?

La première étape consiste souvent à réduire temporairement l’exposition provocatrice sans imposer un repos complet :

  • fractionner marche ou course ;
  • réduire côtes et terrains irréguliers ;
  • modifier une chaussure compressive ;
  • éviter l’appui prolongé sur la zone ;
  • maintenir une activité cardio mieux tolérée.

La charge est réaugmentée en suivant les symptômes pendant, après et le lendemain.

Les orthèses sont-elles utiles ?

Un soutien de l’arche, une correction temporaire d’une pronation très symptomatique ou une chaussure plus stable peut diminuer la tension mécanique chez certains patients. L’essai doit être évalué sur une tâche concrète.

Une orthèse n’est pas automatiquement nécessaire et ne doit pas être présentée comme une correction définitive du pied.

Quels exercices proposer ?

Les données spécifiques sont limitées. La prescription est donc fondée sur le bilan, la tolérance du nerf et les capacités du pied et de la cheville.

Mobilisation neurodynamique douce

Utiliser plutôt un mouvement de glissement qu’une mise en tension forte. Par exemple, alterner une position légèrement plus provocatrice à la cheville avec une position relâchée du genou, puis inverser.

  • 5 à 10 répétitions ;
  • mouvement lent ;
  • faible amplitude ;
  • absence d’augmentation durable des paresthésies.

Renforcement du mollet

Commencer par des élévations bilatérales :

  • 3 × 8 à 15 ;
  • appui manuel si nécessaire ;
  • progression vers l’unipodal et la charge externe.

Renforcement du pied et du tibial postérieur

Exemples :

  • inversion contrôlée avec élastique ;
  • short foot sans crispation excessive ;
  • flexion des orteils légère ;
  • équilibre unipodal ;
  • step-up et marche graduée.

Le but est d’améliorer la capacité, pas de rigidifier le pied.

Mobilité de cheville

Une dorsiflexion limitée peut être travaillée si elle influence la tâche. Éviter toutefois les étirements agressifs reproduisant les symptômes neuraux.

Exemple de progression

Phase 1 : diminuer l’irritabilité

  • adaptation des chaussures et du volume ;
  • activité cardio non provocatrice ;
  • neurodynamique douce si bien tolérée ;
  • exercices du pied de faible charge.

Phase 2 : restaurer la capacité

  • mollets plus résistés ;
  • tibial postérieur ;
  • équilibre ;
  • step-up ;
  • augmentation graduelle de la marche.

Phase 3 : retour à l’activité

  • marche rapide ;
  • course alternée ;
  • sauts de faible intensité ;
  • changements de direction ;
  • exposition spécifique au sport ou au travail.

La progression n’est pas strictement temporelle. Elle dépend de la stabilité des symptômes et de la fonction.

Quand le traitement conservateur échoue-t-il ?

Une cause occupant l’espace, un déficit neurologique, une conduction très altérée ou l’absence d’amélioration malgré une prise en charge bien conduite peuvent conduire à un avis spécialisé. Les infiltrations ou la chirurgie relèvent d’une décision médicale tenant compte de la cause.

Les erreurs fréquentes

  • Poser le diagnostic sur un Tinel isolé.
  • Confondre automatiquement douleur du talon et tunnel tarsien.
  • Étirer fortement un nerf irritable.
  • Prescrire une orthèse sans tester son effet.
  • Oublier le rachis, les neuropathies et les causes locales.
  • Maintenir indéfiniment une réduction de charge.

Ce qu’il faut retenir

Le syndrome du tunnel tarsien exige un diagnostic différentiel rigoureux. La kinésithérapie associe adaptation transitoire des charges, exercices progressifs et éventuellement neurodynamique ou orthèse, tout en surveillant les signes neurologiques.

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