Pubalgie du sportif : quels exercices et quelle rééducation ?
Le terme « pubalgie » décrit une douleur de l’aine ou de la région pubienne chez le sportif, mais ne constitue pas un diagnostic anatomique unique.
Le terme « pubalgie » décrit une douleur de l’aine ou de la région pubienne chez le sportif, mais ne constitue pas un diagnostic anatomique unique. L’accord de Doha distingue les douleurs liées aux adducteurs, à l’ilio-psoas, à la région inguinale, au pubis et à la hanche. Plusieurs entités peuvent coexister. La rééducation doit donc partir du profil clinique, puis restaurer progressivement force, course, changements de direction et gestes sportifs.
Comment classer la douleur ?
Douleur liée aux adducteurs
Douleur à la palpation des adducteurs et lors de l’adduction résistée.
Douleur liée à l’ilio-psoas
Sensibilité de l’ilio-psoas, douleur en flexion résistée ou lors de l’étirement.
Douleur inguinale
Douleur du canal inguinal aggravée par les abdominaux, la toux ou le Valsalva, sans hernie palpable.
Douleur liée au pubis
Sensibilité locale de la symphyse et de l’os adjacent, sans test résisté spécifique.
Douleur liée à la hanche
Elle doit toujours être envisagée. Des symptômes mécaniques, une limitation importante ou un tableau atypique peuvent orienter vers une atteinte intra-articulaire.
Que mesurer au bilan ?
- localisation précise et durée des symptômes ;
- évolution des charges : sprint, frappe, changements de direction ;
- palpation et tests résistés ;
- force d’adduction et d’abduction ;
- squeeze test, avec angle et douleur standardisés ;
- mobilité de hanche ;
- capacité de course, accélération, freinage et frappe ;
- antécédents et facteurs psychosociaux ;
- score HAGOS lorsque pertinent.
L’imagerie ne remplace pas l’examen : des anomalies pubiennes ou de hanche existent chez des sportifs asymptomatiques.
Une douleur testiculaire, abdominale ou viscérale, une masse, de la fièvre, une douleur nocturne inhabituelle, un traumatisme osseux ou une incapacité d’appui nécessitent une orientation adaptée.
Pourquoi privilégier une rééducation active ?
Les exercices supervisés obtiennent de meilleurs résultats que les traitements passifs seuls dans les douleurs persistantes liées aux adducteurs. Une revue de 2025 conclut que les programmes actifs et multimodaux peuvent réduire sensiblement la douleur, même si l’hétérogénéité des études empêche de proposer un protocole universel.
Massage, thérapie manuelle ou modalités antalgiques peuvent faciliter temporairement l’exercice, mais ne développent pas la capacité nécessaire au sport.
Exercice 1 : adduction isométrique
Placer un ballon ou un coussin entre les genoux et presser à une intensité tolérée.
- 4 à 5 répétitions ;
- maintien de 20 à 45 secondes ;
- récupération suffisante ;
- progression de l’intensité ou du levier.
L’isométrique peut être utile au début mais n’a pas besoin d’être indolore ni de produire un effet antalgique immédiat.
Exercice 2 : adduction couchée
En décubitus latéral, lever la jambe inférieure pour renforcer les adducteurs.
Progression :
- faible amplitude ;
- davantage de répétitions ;
- lest à la cheville ;
- tempo lent ;
- passage au Copenhagen court.
Exercice 3 : Copenhagen adduction
Le Copenhagen charge fortement les adducteurs. Il doit être introduit selon la capacité.
Progression
- levier court, genou soutenu ;
- répétitions dynamiques ;
- levier long, cheville soutenue ;
- charge ou volume accru ;
- variantes rapides.
Commencer par 2 à 3 séries de 6 à 10 répétitions, deux à trois fois par semaine. Éviter de passer directement au levier long chez un sportif irritable.
Exercice 4 : renforcement global
Le programme ne doit pas se limiter aux adducteurs. Ajouter selon le bilan :
- squat et split squat ;
- soulevé de terre ;
- travail des fléchisseurs et extenseurs de hanche ;
- mollets ;
- anti-rotation et port de charges ;
- travail abdominal dynamique progressif.
L’idée d’un simple « déséquilibre abdos-adducteurs » est trop réductrice.
Exercice 5 : course et changements de direction
La course se réintroduit progressivement :
- marche rapide et jogging ;
- course continue facile ;
- accélérations linéaires ;
- freinages ;
- changements de direction planifiés ;
- réactions imprévues ;
- gestes spécifiques comme la frappe.
Une progression basée uniquement sur le temps est insuffisante. Il faut surveiller la douleur, la confiance, la vitesse et la réaction le lendemain.
Comment doser la douleur ?
Une douleur faible et stable peut être acceptable si elle n’augmente pas de séance en séance et revient rapidement au niveau habituel. Les règles doivent être individualisées.
Si la réaction est trop importante :
- réduire l’amplitude ;
- raccourcir le levier ;
- diminuer le volume ;
- espacer les séances ;
- réduire temporairement sprints et frappes.
Exemple de rééducation par étapes
Étape 1 : restaurer une charge tolérable
- adduction isométrique ;
- adduction couchée ;
- pont et squat ;
- vélo ou course très légère si tolérée.
Étape 2 : développer la force
- Copenhagen court ;
- split squat ;
- soulevé de terre ;
- travail abdominal et anti-rotation ;
- reprise de course continue.
Étape 3 : développer la vitesse
- Copenhagen long ;
- accélérations ;
- freinages ;
- changements de direction ;
- pliométrie.
Étape 4 : retour au sport
- séances spécifiques ;
- frappes progressives ;
- opposition contrôlée ;
- entraînement complet ;
- reprise de la compétition avec gestion du volume.
Les étapes peuvent se chevaucher.
Quels critères avant le retour au sport ?
Il n’existe pas de batterie universelle. Rechercher au minimum :
- douleur faible et stable à la palpation et aux contractions ;
- force d’adduction proche du côté opposé et compatible avec le sport ;
- squeeze test bien toléré ;
- sprint, freinage et changements de direction à haute intensité ;
- gestes spécifiques comme la frappe ;
- entraînement complet sans réaction excessive ;
- confiance du sportif.
La symétrie seule ne suffit pas si les deux côtés sont déconditionnés.
Quand envisager un avis spécialisé ?
Un avis complémentaire est indiqué en cas de diagnostic incertain, suspicion de hernie ou d’atteinte de hanche, symptômes systémiques, échec d’une rééducation active bien conduite ou déficit persistant empêchant le sport. La chirurgie n’est pas le traitement initial automatique.
Les erreurs fréquentes
- Utiliser « pubalgie » comme diagnostic final.
- Prescrire uniquement repos et étirements.
- Commencer trop tôt par un Copenhagen long.
- Négliger sprint, freinage et frappe.
- Se fier uniquement à l’IRM.
- Autoriser le retour dès que la douleur au repos disparaît.
Ce qu’il faut retenir
La prise en charge repose sur une classification clinique précise et une exposition graduée aux charges sportives. Le renforcement des adducteurs est central, mais doit s’intégrer à un programme global et spécifique au sport.
Ressources associées
- Weir A, et al. Doha agreement meeting on terminology and definitions in groin pain in athletes. Br J Sports Med. 2015.
- Tedeschi R. Optimizing conservative management of groin pain in athletes. 2025.
- Serner A, et al. Return to sport after criteria-based rehabilitation of acute adductor injuries. Br J Sports Med. 2020.
- Massachusetts General Brigham. Rehabilitation protocol for athletic pubalgia—non-operative management.
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