Prévention des blessures chez les sportives : les enseignements du consensus FAIR 2025
La prévention des blessures chez les femmes et les filles sportives a longtemps reposé sur des données produites majoritairement chez les hommes.
La prévention des blessures chez les femmes et les filles sportives a longtemps reposé sur des données produites majoritairement chez les hommes. Le consensus international FAIR, issu d’une réunion organisée sous l’égide du Comité international olympique en 2025, propose une approche plus spécifique, plus inclusive et surtout plus systémique.
Son message principal est que la prévention ne peut pas reposer uniquement sur la correction d’un mouvement ou sur un programme d’exercices. Elle doit intégrer l’entraînement, la santé, l’équipement, l’environnement, l’accès aux soins et la participation des sportives aux décisions.
Que signifie FAIR ?
FAIR correspond à Female, Woman and/or Girl Athlete Injury pRevention. Le consensus rassemble des recommandations pratiques pour les athlètes féminines de différents âges, niveaux et disciplines.
Les experts ont utilisé une méthodologie de consensus et une synthèse des données disponibles. Ils reconnaissent aussi les limites actuelles de la recherche : certaines recommandations reposent sur des preuves directes, d’autres sur des principes de bonne pratique lorsqu’aucune étude spécifique n’est disponible.
Pourquoi un consensus spécifique était-il nécessaire ?
Plusieurs problèmes justifient cette démarche :
- la sous-représentation historique des femmes dans la recherche sportive ;
- l’application de résultats masculins sans validation suffisante ;
- des différences d’exposition, de ressources et d’encadrement ;
- des équipements parfois conçus à partir de morphologies masculines ;
- des problématiques de santé insuffisamment reconnues ;
- des taux élevés de certaines blessures dans plusieurs sports féminins ;
- des inégalités dans l’accès à la prévention et aux soins.
Le consensus évite toutefois une explication simpliste. Le risque de blessure n’est pas déterminé par le sexe biologique seul. Il résulte d’interactions entre facteurs individuels, entraînement, environnement et organisation du sport.
Faut-il centrer la prévention sur le cycle menstruel ?
Le consensus appelle à ne pas réduire la santé des sportives au cycle menstruel.
Le cycle, les symptômes menstruels, la contraception, la grossesse ou la période post-partum peuvent être pertinents pour certaines athlètes. Mais les preuves ne permettent pas de prédire précisément une blessure individuelle à partir d’une phase du cycle.
En pratique :
- écouter les symptômes rapportés ;
- permettre un suivi volontaire ;
- protéger la confidentialité ;
- éviter les règles rigides fondées sur le calendrier ;
- adapter si un schéma individuel reproductible est observé ;
- orienter en cas de symptômes préoccupants.
Le suivi ne doit pas devenir un outil de contrôle ou d’exclusion.
Les programmes neuromusculaires restent-ils recommandés ?
Oui. Les programmes intégrant force, contrôle neuromusculaire, équilibre, réception et changement de direction peuvent réduire certaines blessures, notamment au membre inférieur.
Pour être efficaces, ils doivent être :
- commencés suffisamment tôt ;
- réalisés régulièrement ;
- intégrés à l’échauffement ou à l’entraînement ;
- progressifs ;
- adaptés à l’âge et au sport ;
- supervisés avec une technique correcte ;
- maintenus sur la saison.
Un programme excellent sur le papier mais rarement réalisé aura peu d’effet. L’adhésion et l’organisation sont donc des composantes de l’intervention.
Quels contenus intégrer à l’entraînement ?
Selon le sport et le profil, un programme peut comprendre :
- renforcement des membres inférieurs ;
- force du tronc ;
- sauts et réceptions ;
- décélérations ;
- changements de direction ;
- équilibre ;
- vitesse ;
- agilité ;
- préparation aux contacts ;
- exposition progressive aux charges spécifiques.
Le kinésithérapeute ne doit pas chercher à imposer une technique identique à toutes. Il doit développer la capacité à produire et absorber des forces dans des situations variées.
Pourquoi la gestion de charge est-elle centrale ?
Les variations brutales d’entraînement, les calendriers denses, le manque de récupération et l’insuffisance de préparation peuvent augmenter le risque.
La surveillance peut intégrer :
- volume et intensité ;
- fréquence des matchs ;
- exposition aux accélérations et décélérations ;
- niveau de fatigue ;
- sommeil ;
- douleurs ;
- contraintes scolaires ou professionnelles ;
- antécédents de blessure ;
- disponibilité des joueuses.
L’objectif n’est pas de trouver un seuil universel, mais d’identifier les changements significatifs et de coordonner entraîneurs, préparateurs, médecins et kinésithérapeutes.
Quel rôle pour la santé énergétique et nutritionnelle ?
Une faible disponibilité énergétique peut affecter la santé osseuse, les fonctions hormonales, la récupération et la performance. Elle peut exister avec ou sans trouble alimentaire visible.
Les signes possibles comprennent :
- fatigue persistante ;
- blessures osseuses répétées ;
- récupération insuffisante ;
- troubles menstruels ;
- baisse de performance ;
- changements d’humeur ;
- infections répétées ;
- relation préoccupante avec l’alimentation.
Le dépistage doit être bienveillant et déboucher sur une prise en charge multidisciplinaire. Le kinésithérapeute ne doit ni diagnostiquer seul un trouble alimentaire ni prescrire une stratégie nutritionnelle dépassant ses compétences.
Les blessures osseuses demandent-elles une vigilance particulière ?
Les lésions osseuses de stress peuvent être favorisées par une combinaison de charges élevées, récupération insuffisante, faible disponibilité énergétique et facteurs individuels.
Une douleur osseuse progressive et localisée doit alerter, surtout si elle apparaît d’abord pendant l’activité puis lors de la marche ou au repos.
Il faut éviter de traiter systématiquement ce tableau comme une tendinopathie. Une orientation et une imagerie adaptées peuvent être nécessaires.
L’équipement peut-il influencer le risque ?
Le consensus souligne l’importance d’un équipement réellement adapté aux sportives :
- chaussures ;
- protections ;
- soutien-gorge de sport ;
- vêtements ;
- matériel ;
- surface de jeu.
La disponibilité d’un produit « pour femme » ne garantit pas qu’il soit validé, confortable ou adapté à la discipline. Les décisions doivent considérer le retour des athlètes, la morphologie, la performance et la sécurité.
Dans le football, par exemple, la chaussure, la surface, l’entretien du terrain et les crampons interagissent. Il serait réducteur d’attribuer une blessure à un seul facteur.
Pourquoi le contexte social et organisationnel compte-t-il ?
Le risque est aussi influencé par :
- la qualité des infrastructures ;
- le temps d’accès à la salle de musculation ;
- la présence de professionnels de santé ;
- le calendrier ;
- la pression à jouer blessée ;
- la sécurité psychologique ;
- le harcèlement ou les violences ;
- les ressources financières ;
- la qualité du signalement des blessures.
Prévenir les blessures suppose donc des décisions prises au niveau du club, de la fédération et de l’organisation, pas seulement au niveau de l’athlète.
Quel rôle pour le kinésithérapeute ?
Le kinésithérapeute peut :
- participer à la surveillance des blessures ;
- identifier les antécédents et déficits pertinents ;
- construire des programmes réalisables ;
- former les entraîneurs ;
- suivre l’adhésion ;
- favoriser un langage non stigmatisant ;
- repérer les problèmes de santé nécessitant une orientation ;
- préparer le retour au sport ;
- défendre un environnement sûr ;
- associer les athlètes aux décisions.
Il doit éviter de présenter un test de dépistage comme une prédiction certaine. Aucun test isolé ne permet d’annoncer précisément qui se blessera.
Peut-on dépister le risque de rupture du LCA ?
Les tests de saut, de force ou de contrôle peuvent identifier des capacités à travailler, mais ils ne prédisent pas avec certitude une rupture du ligament croisé antérieur.
La bonne utilisation du bilan consiste à :
- mesurer les capacités ;
- guider l’entraînement ;
- suivre la progression ;
- préparer aux contraintes du sport ;
- repérer les symptômes ou antécédents.
Elle ne consiste pas à attribuer une étiquette « à risque » sur la base d’un valgus observé pendant un seul squat.
Comment améliorer l’adhésion aux programmes ?
Le consensus accorde une place importante à l’implémentation.
Les leviers comprennent :
- un programme court et compatible avec l’entraînement ;
- l’implication des entraîneurs ;
- une explication du bénéfice sur la performance ;
- des exercices adaptés au niveau ;
- un retour régulier ;
- une responsabilité clairement attribuée ;
- du matériel disponible ;
- un suivi de la réalisation ;
- l’implication des sportives dans la conception.
Le programme doit être intégré au fonctionnement normal du club, pas dépendre uniquement de la motivation individuelle.
Ce que FAIR change dans le raisonnement
FAIR invite à passer :
- d’une approche centrée sur la faute individuelle à une approche systémique ;
- d’une extrapolation masculine à une recherche spécifique ;
- d’un programme ponctuel à une stratégie durable ;
- d’un dépistage prédictif à une mesure des capacités ;
- d’une focalisation hormonale à une vision globale de la santé ;
- d’une prévention imposée à une prévention construite avec les sportives.
Ce qu’il faut retenir
La prévention des blessures chez les sportives doit :
- intégrer les spécificités sans réduire les femmes à leur biologie ;
- utiliser des programmes neuromusculaires réguliers et progressifs ;
- inclure force, réception, décélération et exigences sportives ;
- surveiller la charge, la récupération et la santé ;
- repérer les signes de faible disponibilité énergétique ;
- considérer l’équipement et les surfaces ;
- améliorer l’environnement et l’accès aux soins ;
- associer les athlètes aux décisions ;
- suivre l’adhésion autant que le contenu du programme ;
- reconnaître les limites des preuves actuelles.
Ressources associées
- Crossley KM, et al. Female, Woman and/or Girl Athlete Injury pRevention (FAIR): Practical Recommendations From the 2025 International Olympic Committee Consensus Meeting. Br J Sports Med. 2025;59(22):1546-1570. Consulter le consensus.
- Crossley KM, et al. Résumé indexé dans PubMed. Consulter PubMed.
- Patterson BE, et al. Dissemination and implementation of injury prevention interventions: a scoping review for the FAIR consensus. Br J Sports Med. 2025;59(22):1618-1632. Consulter PubMed.
- FAIR Consensus. Ressources du projet international. Consulter le site FAIR.
Continuez avec BIOPSYCHOSOCIAL
Formations cliniques, bibliothèque d'exercices et communauté pour kinésithérapeutes qui veulent progresser.