Prescription d’activité physique : les enseignements du consensus ACTIVATE 2026

L’activité physique améliore la santé, mais elle reste encore rarement évaluée et prescrite de façon structurée pendant les consultations.

Publié le 28 juillet 2026Mis à jour le 30 août 2026 9 min de lecture

L’activité physique améliore la santé, mais elle reste encore rarement évaluée et prescrite de façon structurée pendant les consultations. Publié en 2026 dans le British Journal of Sports Medicine, le consensus ACTIVATE propose un cadre pratique pour aider les professionnels de santé à évaluer, prescrire et promouvoir l’activité physique chez les personnes vivant avec une maladie non transmissible.

Pour les kinésithérapeutes, le message est important : la prescription d’activité physique ne doit pas être réservée à une consultation spécialisée. Elle peut devenir une composante normale du bilan, du traitement et du suivi.

Qu’est-ce que le consensus ACTIVATE ?

ACTIVATE est une étude de consensus initiée par l’International Federation of Sports Physical Therapy.

Elle a réuni :

  • 27 experts ;
  • 13 pays ;
  • plusieurs professions de santé ;
  • trois représentants de patients.

La méthode a associé une enquête initiale, un cadre conceptuel, trois revues rapides de revues et plusieurs tours de Delphi.

Le consensus s’intéresse principalement aux consultations de patients vivant avec des maladies non transmissibles, par exemple maladies cardiovasculaires, diabète, cancer, affections respiratoires ou troubles musculosquelettiques persistants.

Quel est le message central ?

Les professionnels de santé devraient :

  1. évaluer régulièrement l’activité physique ;
  2. documenter le niveau observé ;
  3. proposer une prescription personnalisée lorsque la personne n’atteint pas les recommandations ;
  4. soutenir la mise en œuvre ;
  5. organiser un suivi.

Dire simplement « il faut bouger davantage » est insuffisant. Une véritable prescription doit être compréhensible, adaptée et réévaluée.

Pourquoi l’évaluation doit-elle être systématique ?

Sans mesure, l’activité physique risque de ne jamais être abordée ou de l’être uniquement à partir d’une impression.

Une évaluation courte peut préciser :

  • le nombre de jours actifs ;
  • la durée hebdomadaire ;
  • l’intensité ;
  • le renforcement musculaire ;
  • le temps sédentaire ;
  • les activités déjà appréciées ;
  • les obstacles ;
  • les symptômes ;
  • la confiance.

L’outil doit rester suffisamment simple pour être utilisé en routine. Une montre connectée ou un test d’effort n’est pas indispensable pour chaque patient.

Quels outils peut utiliser le kinésithérapeute ?

Selon le contexte :

  • quelques questions standardisées ;
  • un questionnaire validé ;
  • un nombre de pas ;
  • un journal d’activité ;
  • les données d’un téléphone ou d’une montre ;
  • un test de marche ;
  • une mesure de la capacité cardiorespiratoire ;
  • une évaluation de la force et de la fonction.

Les données d’un objet connecté peuvent aider, mais elles doivent être interprétées avec prudence. Elles ne mesurent pas toujours correctement le vélo, la natation, le renforcement ou les activités domestiques.

Comment transformer l’évaluation en prescription ?

Une prescription utile précise plusieurs dimensions, souvent résumées par le cadre FITT :

  • fréquence ;
  • intensité ;
  • temps ;
  • type d’activité.

Elle doit aussi préciser la progression et les adaptations en cas de symptômes.

Exemple trop vague :

Marchez davantage.

Exemple plus opérationnel :

Marchez 15 minutes à une intensité permettant de parler par phrases, cinq jours cette semaine. Si la fatigue et les symptômes reviennent au niveau habituel dans les 24 heures, ajoutez cinq minutes à deux séances la semaine suivante.

Faut-il viser immédiatement les recommandations de l’OMS ?

Non. Les recommandations de santé publique constituent une direction, pas nécessairement le point de départ.

Pour un adulte, l’objectif général peut tendre vers :

  • 150 à 300 minutes d’activité aérobie modérée par semaine ;
  • ou 75 à 150 minutes d’activité vigoureuse ;
  • du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine ;
  • une réduction du temps sédentaire.

Mais une personne très inactive, douloureuse ou déconditionnée peut commencer bien en dessous. Toute augmentation réaliste peut déjà être utile.

Le principe est de progresser vers les recommandations lorsque cela est possible, sans transformer leur non-atteinte immédiate en échec.

Comment choisir l’intensité ?

Plusieurs méthodes sont possibles :

  • test de la parole ;
  • échelle de perception de l’effort ;
  • fréquence cardiaque ;
  • vitesse de marche ;
  • charge externe ;
  • nombre de répétitions possibles.

La meilleure méthode dépend du patient, de ses traitements et de la précision nécessaire.

Chez une personne prenant un bêtabloquant, la fréquence cardiaque calculée à partir de l’âge peut être peu pertinente. Le test de la parole ou l’effort perçu peuvent alors être plus utiles.

Comment personnaliser la prescription ?

Le consensus insiste sur une prescription adaptée :

  • à la condition médicale ;
  • aux symptômes ;
  • à la capacité physique ;
  • aux préférences ;
  • au contexte culturel ;
  • à l’environnement ;
  • aux ressources ;
  • aux objectifs ;
  • au niveau de confiance.

Le meilleur programme n’est pas celui qui paraît idéal au professionnel, mais celui qui associe bénéfice, sécurité, plaisir et faisabilité.

Une personne peut préférer danser, jardiner, marcher avec un proche, faire du vélo ou participer à un cours. Ces choix peuvent améliorer l’adhésion.

Faut-il vérifier les contre-indications avant toute activité ?

Le professionnel doit évaluer la nécessité d’une précaution ou d’une orientation, sans médicaliser inutilement chaque reprise.

Une évaluation complémentaire peut être nécessaire devant :

  • une douleur thoracique ;
  • une syncope ;
  • une dyspnée inexpliquée importante ;
  • des symptômes cardiaques non contrôlés ;
  • une affection aiguë ;
  • une instabilité métabolique ;
  • une détérioration récente ;
  • des signes d’alerte propres à la pathologie.

Pour la plupart des personnes stables, une activité légère à modérée peut débuter progressivement. Les exigences de dépistage augmentent avec l’intensité, les symptômes et le risque individuel.

Quel rôle pour l’entretien motivationnel ?

Informer ne suffit pas toujours à modifier durablement un comportement.

Le professionnel peut :

  • demander l’autorisation d’aborder l’activité physique ;
  • explorer ce qui compte pour la personne ;
  • identifier les obstacles ;
  • valoriser les réussites ;
  • proposer plusieurs options ;
  • fixer un objectif précis ;
  • anticiper les situations difficiles ;
  • laisser le patient choisir.

Le discours culpabilisant est contre-productif. L’inactivité peut être liée à la douleur, la fatigue, la précarité, le temps, l’environnement, la peur ou l’absence de soutien.

Pourquoi le suivi est-il indispensable ?

ACTIVATE insiste sur des contacts réguliers. Une prescription donnée une seule fois a peu de chances d’être maintenue si elle n’est jamais réévaluée.

Le suivi permet de :

  • mesurer ce qui a été réellement fait ;
  • identifier les obstacles ;
  • ajuster la dose ;
  • gérer les symptômes ;
  • renforcer l’autonomie ;
  • prévenir l’abandon ;
  • actualiser les objectifs.

Le suivi peut être intégré aux séances, réalisé à distance ou coordonné avec d’autres professionnels.

Que faut-il documenter dans le dossier ?

Le dossier peut comporter :

  • le niveau d’activité initial ;
  • les préférences ;
  • les facteurs de risque ;
  • la prescription ;
  • les objectifs ;
  • les adaptations ;
  • les conseils de sécurité ;
  • la réponse ;
  • la progression prévue.

Cette traçabilité transforme l’activité physique en véritable intervention clinique et facilite la coordination.

Quelle place pour le renforcement musculaire ?

La promotion de l’activité physique ne doit pas se limiter au nombre de pas.

Le renforcement peut améliorer :

  • la force ;
  • la fonction ;
  • la santé osseuse ;
  • la santé métabolique ;
  • l’autonomie ;
  • la prévention des chutes.

La prescription doit préciser les groupes musculaires, exercices, séries, répétitions, résistance et progression. Chez les débutants, l’apprentissage et la régularité priment avant la recherche d’une intensité élevée.

Comment réduire le temps sédentaire ?

Une personne peut atteindre une séance d’exercice et rester assise le reste de la journée. L’activité physique et la sédentarité sont deux dimensions liées mais distinctes.

Des stratégies simples peuvent être proposées :

  • se lever régulièrement ;
  • marcher pendant certains appels ;
  • fractionner les périodes assises ;
  • effectuer de courts trajets à pied ;
  • placer des rappels ;
  • utiliser les escaliers lorsque cela est possible.

Ces changements ne remplacent pas toujours l’exercice, mais peuvent constituer une première étape accessible.

Quel rôle spécifique pour le kinésithérapeute ?

Le kinésithérapeute est bien placé pour :

  • relier l’activité aux objectifs fonctionnels ;
  • adapter la prescription à la douleur et aux limitations ;
  • mesurer la capacité ;
  • enseigner les exercices ;
  • accompagner la progression ;
  • rassurer sur des symptômes non dangereux ;
  • repérer une situation nécessitant un avis médical ;
  • coordonner avec les acteurs du sport-santé.

La rééducation d’une région douloureuse peut ainsi devenir une porte d’entrée vers une amélioration plus globale de la santé.

Exemple de prescription

Un patient de 58 ans, peu actif, consulte pour une gonarthrose et un diabète de type 2 stabilisé. Il marche environ 3 000 pas par jour et craint d’augmenter sa douleur.

Une première prescription peut comprendre :

  • marche de 10 minutes après le déjeuner, cinq jours par semaine ;
  • intensité légère à modérée selon le test de la parole ;
  • deux séances hebdomadaires de renforcement ;
  • interruption des périodes assises toutes les 60 minutes ;
  • suivi des pas sans objectif rigide ;
  • réévaluation dans deux semaines.

Si la réponse est favorable, la durée ou la fréquence peut être augmentée progressivement.

Les limites du consensus

ACTIVATE fournit un cadre international, mais plusieurs questions restent ouvertes :

  • quel outil est le plus efficace dans chaque contexte ?
  • quelle fréquence de suivi est optimale ?
  • comment intégrer la prescription dans des consultations très courtes ?
  • quelles stratégies sont les plus efficaces selon les populations ?
  • comment financer et coordonner ce suivi ?

Un consensus guide la pratique, mais ne remplace pas les essais cliniques ni l’adaptation au système de santé local.

Ce qu’il faut retenir

Selon ACTIVATE :

  • l’activité physique doit être évaluée en routine ;
  • son niveau doit être documenté ;
  • une prescription doit être personnalisée ;
  • elle doit préciser fréquence, intensité, durée et type ;
  • les recommandations générales constituent une cible progressive ;
  • les préférences et obstacles du patient sont essentiels ;
  • le renforcement et la réduction de la sédentarité doivent être abordés ;
  • le suivi régulier fait partie de l’intervention ;
  • la prescription doit s’intégrer au parcours de soins ;
  • le kinésithérapeute possède un rôle central dans sa mise en œuvre.

Ressources associées

  • Bricca A, et al. ACTIVATE: physical activity assessment, prescription and promotion in clinical practice by healthcare professionals—a consensus study initiated by the International Federation of Sports Physical Therapy. Br J Sports Med. 2026. Consulter l’article.
  • Bricca A, et al. Résumé indexé dans PubMed. Consulter PubMed.
  • World Health Organization. WHO Guidelines on Physical Activity and Sedentary Behaviour. 2020. Consulter les recommandations.

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