Les recommandations HAS qui changent la pratique des kinés en 2026

En 2026, la publication française la plus directement susceptible de modifier la pratique musculosquelettique du kinésithérapeute concerne la prise en charge des tendinopathies rompues de la coiffe

Publié le 30 juillet 2026Mis à jour le 19 septembre 2026 8 min de lecture

En 2026, la publication française la plus directement susceptible de modifier la pratique musculosquelettique du kinésithérapeute concerne la prise en charge des tendinopathies rompues de la coiffe des rotateurs et la place de la chirurgie. Elle renforce une logique déjà centrale : décision partagée, traitement conservateur adapté, rééducation précoce après chirurgie et progression personnalisée. D’autres recommandations HAS, même plus anciennes, restent structurantes et ne doivent pas être présentées à tort comme « nouvelles ».

Veille arrêtée au 29 juillet 2026. Une recommandation publiée après cette date n’est pas incluse. Vérifiez toujours la page officielle HAS, la date, la population et le grade avant d’appliquer une synthèse.

Comment identifier une recommandation qui change réellement la pratique ?

Une recommandation n’est pas une recette. Avant de modifier un protocole, vérifiez :

  • l’organisme auteur ;
  • la date et la version ;
  • la population concernée ;
  • les professionnels destinataires ;
  • le niveau de preuve ;
  • les accords d’experts ;
  • les contre-indications ;
  • les critères d’orientation ;
  • la faisabilité pour le patient.

Il faut distinguer une recommandation de bonne pratique, une fiche de synthèse, un avis économique, un parcours de soins et une simple actualité. Leur portée n’est pas identique.

Coiffe des rotateurs rompue : la publication majeure de juillet 2026

La HAS a publié en juillet 2026 une recommandation sur les tendinopathies rompues de la coiffe des rotateurs. Le document aborde la place du traitement conservateur, de la chirurgie, de l’imagerie et de la rééducation périopératoire.

Ce que cela change au bilan

Le bilan ne doit pas se limiter à la douleur et à l’amplitude. Il intègre :

  • histoire traumatique ou progressive ;
  • âge et niveau d’activité ;
  • travail manuel ;
  • objectifs du patient ;
  • mobilité active et passive ;
  • capacité d’élévation ;
  • force tolérée ;
  • retentissement fonctionnel ;
  • sommeil ;
  • comorbidités ;
  • attentes et préférences.

Une lésion à l’imagerie ne détermine pas seule le traitement. La décision dépend du tableau clinique, de la réparabilité, du contexte et de l’évolution.

Traitement conservateur

La rééducation conserve une place importante. Elle associe éducation, adaptation des activités, restauration progressive de la mobilité, renforcement et retour fonctionnel. La réponse doit être réévaluée avec des mesures répétées.

Le traitement conservateur ne signifie pas attendre passivement. Il faut définir :

  1. objectifs ;
  2. programme réalisable ;
  3. dosage ;
  4. critères de progression ;
  5. délai de réévaluation ;
  6. conditions de réorientation.

Après réparation chirurgicale

La fiche de synthèse recommande un port d’attelle généralement conseillé pendant quatre à six semaines, une rééducation précoce active aidée puis active, et une autorééducation supervisée. Le renforcement progressif est envisagé à partir d’environ trois mois et une restauration fonctionnelle personnalisée peut être ajoutée à partir de six mois.

Ces délais ne sont pas des autorisations automatiques. Ils doivent être adaptés :

  • au geste ;
  • à la taille et au caractère de la rupture ;
  • à la qualité tissulaire ;
  • aux consignes du chirurgien ;
  • à la douleur ;
  • à la mobilité ;
  • au contrôle moteur ;
  • à l’objectif professionnel ou sportif.

Transmission au suivi chirurgical

La recommandation souligne l’intérêt d’un courrier du kinésithérapeute lors du suivi postopératoire. Celui-ci peut préciser :

  • évolution de la douleur ;
  • observance de l’attelle ;
  • amplitudes ;
  • qualité du mouvement ;
  • exercices réalisés ;
  • incidents ;
  • objectifs suivants ;
  • questions nécessitant une décision médicale.

Cette transmission renforce la coordination et évite les progressions contradictoires.

Balnéothérapie : complément possible, pas passage obligé

La HAS indique que la balnéothérapie peut améliorer la récupération de mobilité à court terme chez certains patients, sans supériorité démontrée à long terme sur la rééducation terrestre. Elle peut aider en cas de raideur, anxiété ou douleur, mais ne doit pas être systématique.

Le choix repose sur :

  • objectif précis ;
  • sécurité de la cicatrice ;
  • accessibilité ;
  • coût ;
  • préférences ;
  • transfert vers les tâches terrestres.

Reprise du travail et du sport

La reprise ne doit pas reposer uniquement sur le nombre de mois. Les activités professionnelles, sportives et de loisirs sont réintroduites progressivement, avec une phase de réathlétisation possible chez le sportif ou travailleur manuel.

Les critères utiles comprennent :

  • mobilité compatible avec la tâche ;
  • force suffisante ;
  • capacité à répéter ;
  • contrôle en charge ;
  • tolérance le lendemain ;
  • confiance ;
  • exposition graduée aux gestes réels.

Ce que la recommandation ne dit pas

Elle ne justifie pas :

  • le même protocole pour chaque réparation ;
  • un renforcement lourd automatique à douze semaines ;
  • la recherche agressive d’amplitude ;
  • l’interdiction de tout mouvement ;
  • une reprise sportive fondée sur le calendrier seul ;
  • l’usage systématique de modalités passives.

Épaule douloureuse non traumatique : articulation avec la recommandation de 2023

La recommandation de 2026 complète le travail HAS sur l’épaule douloureuse non traumatique de l’adulte publié en 2023. Le raisonnement commence par l’examen clinique, l’identification des situations urgentes et une utilisation pertinente de l’imagerie.

Pour le kinésithérapeute :

  • ne pas surinterpréter un test spécial ;
  • rechercher un ensemble cohérent de signes ;
  • intégrer le cou et l’examen neurologique ;
  • mesurer la fonction ;
  • expliquer la fréquence des anomalies d’imagerie ;
  • réévaluer la réponse à la charge.

Accès direct : rester attentif au cadre

La HAS a rendu un avis sur l’expérimentation de l’accès direct en CPTS. Même lorsqu’un cadre permet l’accès direct, les responsabilités de bilan, traçabilité, transmission et orientation deviennent encore plus importantes.

Le kinésithérapeute doit connaître :

  • conditions d’éligibilité ;
  • protocoles locaux ;
  • limites de son champ ;
  • signes nécessitant un médecin ;
  • modalités de compte rendu ;
  • durée et nombre de séances autorisés.

Ne transposez pas une expérimentation ou un dispositif local à tous les cabinets.

Recommandations anciennes toujours déterminantes

Une veille centrée sur 2026 ne doit pas faire oublier des recommandations antérieures encore valides.

Bronchiolite

Depuis 2019, la kinésithérapie respiratoire de désencombrement bronchique n’est plus recommandée dans le premier épisode de bronchiolite aiguë du nourrisson de moins de douze mois. Cette recommandation reste un exemple majeur de désimplémentation.

AVC

Les recommandations sur la rééducation motrice de l’adulte après AVC insistent sur l’évaluation fonctionnelle, les objectifs, la répétition et le suivi. Il faut vérifier les mises à jour et les parcours plus récents, mais ne pas abandonner ces principes.

Prothèse totale de genou

Les documents HAS historiques sur l’orientation après PTG restent utiles pour structurer le suivi, sans constituer un protocole d’exercices moderne exhaustif.

Comment appliquer une recommandation au cabinet ?

Étape 1 : formuler la question

Quel comportement doit changer ? Exemple : progression trop calendaire après réparation de coiffe.

Étape 2 : lire le document complet

La fiche de synthèse aide, mais l’argumentaire précise les populations, preuves et limites.

Étape 3 : comparer avec la pratique

Auditez quelques dossiers :

  • délai de premier bilan ;
  • mesures utilisées ;
  • éducation ;
  • progression ;
  • transmissions ;
  • événements indésirables ;
  • critères de reprise.

Étape 4 : modifier un outil

Actualisez une trame de bilan, une fiche patient ou un modèle de compte rendu. Une recommandation non intégrée aux outils reste rarement appliquée.

Étape 5 : réévaluer

Après trois mois, vérifiez l’adhésion et les effets indésirables. Corrigez les obstacles.

Les erreurs fréquentes de veille

  • appeler « recommandation 2026 » un document ancien consulté en 2026 ;
  • ne lire que le titre ;
  • confondre absence de preuve et preuve d’absence ;
  • ignorer les accords d’experts ;
  • généraliser une population ;
  • appliquer une date comme règle absolue ;
  • oublier les préférences du patient ;
  • négliger les conflits d’intérêts ;
  • conserver un protocole après une mise à jour majeure.

Checklist pour le kinésithérapeute

Avant d’appliquer une recommandation :

  • ai-je la dernière version ?
  • concerne-t-elle mon patient ?
  • quel est le niveau de preuve ?
  • quelles sont les limites ?
  • quels critères de sécurité ?
  • quelles mesures utiliser ?
  • quand réévaluer ?
  • quand transmettre ?
  • comment expliquer la décision ?

À retenir

La nouveauté majeure de 2026 concerne la coiffe rompue. Elle soutient une rééducation précoce mais protégée, une autorééducation supervisée, un renforcement progressif et une reprise fonctionnelle personnalisée. Le changement essentiel n’est pas un calendrier : c’est une coordination et une progression guidées par des critères.

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